- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1999

  Une équipe de chercheurs américains vient de démontrer un mécanisme cellulaire qui transforme des cellules saines en cellules cancéreuses. Un grand pas en avant dans la compréhension du déclenchement du cancer. Mais les applications thérapeutiques ne sont pas pour tout de suite.

Cancer, un nouveau pas...

"Nous ne savons toujours pas le nombre total ou la nature des étapes impliquées dans le cancer, mais le nombre n'est pas extraordinairement élevé. Il pourrait s'élever à deux ou trois. Dans certains cas, simplement deux étapes pourraient entraîner loin une cellule sur la route du cancer", déclarait le 19 août 1983, le professeur Robert Weiberg, du Whitehead Institute for Biomedical Research au Massachusetts Institute of Technology au New York Times. Il semble qu'il ait eu du flair. Quinze ans plus tard, son équipe vient de publier dans la très sérieuse revue scientifique Nature, un article montrant qu'elle est parvenue à rendre cancéreuse une cellule saine, en lui injectant trois gènes. "L'un (H-Ras) pousse la cellule à se reproduire sans fin, l'autre (large-T oncoproteine) bloque les signaux envoyés par l'organisme à la cellule pour qu'elle s'arrête de proliférer. Le troisième bloque un frein naturel à la durée de vie de la cellule, en réactivant dans celle-ci la production de la télomérase, un enzyme qui contrôle la durée de vie des cellules, et leur capacité à se reproduire", explique Patrick Sabatier dans Libération du 30 juilllet. Dans Le Monde du 31 juillet, Paul Benkimoun et Elisabeth Bursaux résument: "Ainsi dotée de ces trois gènes, l'équipe de Robert Weinberg a montré que les cellules humaines se transformaient en cellules malignes cancéreuses. Mieux: injectées à des souris présentant un déficit immunitaire et, de ce fait, ne rejettant pas les cellules étrangères, ces cellules humaines peuvent provoquer l'apparition de tumeurs malignes."
"Un travail qui fait date"
, écrit Le Monde du 31 juillet, "une découverte qui représente un intérêt scientifique indiscutable", note Libération du 30 juillet, "un pas supplémentaire [qui] vient d'être franchi", remarque L'Humanité du 2 août.

Traitements fondés sur la thérapie génique

Les travaux de Robert Weiberg et de son équipe vont permettre de mieux comprendre le processus de développement cellulaire du cancer. Mais "les étapes de formation du cancer que l'équipe de Robert Weiberg vient de mettre en évidence ne suffisent pas à expliquer pourquoi des cellules devenues cancéreuses envahissent l'organisme. Ces étapes ne sont sans doute pas les seules à pouvoir conduire à la cancérisation des cellules. Elles permettent cependant d'identifier des cibles pour des traitements anticancéreux fondés sur la thérapie génique. Ces traitements sont encore loin d'être mis au point", préviennent les journalistes du Monde. Paul Benkimoun et Elisabeth Bursaux ne sont pas les seuls à rappeler que les retombées thérapeutiques d'une telle découverte ne sont pas encore prêts de voir le jour. Les chercheurs, les premiers, restent prudents. Ainsi, le jour même de la publication scientifique, "dans la communauté scientifique américaine, le mot d'ordre était à la prudence, de peur qu'une fois de plus les médias et les malades ne croient à une cure miraculeuse contre le cancer", précise Patrick Sabatier dans Libération.
"Ce que nous avons fait, expliquait le professeur Weiberg sur la chaine de télévision publique américaine PBS, c'est d'ouvrir la boîte noire qu'est la biologie d'une cellule cancéreuse humaine." "Notre rêve, déclarait au New York Times, le docteur William Hanh, un des principaux auteurs de l'article scientifique, est de trouver au bout du compte des thérapeutiques qui s'attaqueront avec précision aux cellules cancéreuses."

* JULIE LASTERADE



Les risques de cancer

Le cancer touche près de 200 000 personnes chaque année en France et en tue 150 000, devenant ainsi, la première cause de mortalité chez l'homme (31%, contre 29% pour les maladies cardio-vasculaires). Les femmes ne sont pas non plus épargnées par le fléau, puisqu'il constitue la deuxième cause de décès chez elles (21%), après les maladies cardio-vaculaires (36%).
D'autre part, si la mortalité par cancer baisse depuis 1950 chez la femme et depuis 1985 chez l'homme, on observe chez ce dernier, une importante augmentation de la mortalité par cancer du poumon ainsi que par cancer de la prostate. Chez la femme, ce sont les cancers du sein qui sont en augmentation (25 000 nouveaux cas chaque année, avec 10% de décès) et depuis les années 80, les décès par cancer du poumon.
Principaux accusés, le tabac et l'alcool, qui sont reponsables de la surmortalité par cancer du poumon. Les supprimer, reviendrait à éviter 22% des morts par cancer, selon les experts. Ils estiment également qu'en 2025, le tabac sera responsable de 160 000 morts en France.

SOURCE: L'Humanité du 2 août 1999



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