- SCIENCE ACTUALITES - SEPTEMBRE 1999

  Vingt-cinq ans après le vote de la loi sur l'avortement en France, Martine Aubry, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, parle d'une révision de la loi de 1975. D'une part, en prolongeant de deux semaines le délai légal d'intervention, d'autre part, en supprimant l'autorisation parentale pour les mineures.

IVG: la prudence est de rigueur

Les réactions ne se sont pas fait attendre. "C'était trop pour les opposants à l'interruption volontaire de grossesse, pas assez pour les militants qui réclament un assouplissement de la loi et estiment que Martine Aubry ne s'y est pas engagée", rapportent Michèle Biétry et Martine Perez dans Le Figaro du 23 juillet. Prudente et s'appuyant sur le rapport sur l'IVG du professeur en gynécologie, Israël Nisand, Martine Aubry n'a pourtant "de cesse de répéter, quitte à esquisser un petit pas en arrière, qu'elle se borne à réfléchir, étudier et soupeser", peut-on lire dans les colonnes du Point également du 23 juillet, se donnant ainsi, un an de réflexion avant de prendre des décisions.
Passer d'un délai légal d'IVG de dix à douze semaines de grossesse n'aurait pas d'inconvénient médical précisait la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, interrogée par les journalistes du Figaro. En outre, indique-t-elle, "c'est le délai admis dans tous les pays industrialisés, à part l'Espagne et la France". Pour le professeur Nisand interrogé dans Le Point, "une augmentation du délai légal ferait diminuer le nombre de Françaises qui se rendent à l'étranger, de près de 80%". En effet, selon lui, le délai légal de 10 semaines de grossesse, pénalise 5 000 femmes, souvent socialement défavorisées et les contraint à aller se faire avorter dans un autre pays.

La pilule de troisième génération

Autre problème soulevé par le professeur Nisand, "certainement celui qui sera le plus débattu": le cas des jeunes filles en difficultés qui doivent demander l'autorisation parentale avant de subir une IVG. Sur les 220 000 interventions pratiquées chaque année en France, six mille sont faites sur des mineures. Mais néanmoins, Martine Aubry affirme: "Je suis beaucoup plus réservée sur ce point-là. [...] Supprimer l'autorisation parentale pourrait inciter les jeunes filles à s'en dispenser systématiquement, à ne pas faire l'effort, certes difficile dans ce contexte, de parler à la famille qui peut l'accompagner dans ce moment toujours pénible et traumatisant." Le professeur en gynécologie, lui, justifie cette mesure en pensant à ces jeunes filles enceintes qui "prennent d'énormes risques physiques et psychologiques" en l'annonçant à leurs parents. En attendant de prendre position, Martine Aubry a donc d'abord choisi de relancer une campagne sur la contraception. En effet, explique Emilie Lanez dans Le Point, "il est établi qu'en augmentant la prévalence de la contraception de 50%, on diminue les IVG de 32%". Or, explique, la ministre aux journalistes du Figaro, "aucune campagne générale n'avait été faite depuis 1981". D'autre part, continue-t-elle, "en faisant le point, je me suis aperçue que trois dossiers essentiels étaient bloqués et devaient progresser: la pilule du lendemain, le prix des pilules de troisième génération et le RU 486". Résultat: "nous sommes le premier pays à avoir mis à la disposition des femmes, une pilule du lendemain en vente libre". Les pilules de troisième génération restent encore très chères, mais, Martine Aubry affirme "qu'à la fin de l'an 2000, les brevets tomberont dans le domaine public. Si nous n'arrivons pas à faire baisser les prix, nous rechercherons un laboratoire qui proposera une pilule générique à un coût bien moindre". Quant au RU 486, l'aide au redémarrage de la production permet maintenant de répondre aux besoins. Car, insiste la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, "l'interruption volontaire de grossesse doit être le dernier recours: tout doit être fait pour que les femmes et les jeunes filles utilisent la contraception".

* JULIE LASTERADE



Avorter l'été relève du parcours du combattant

Des effectifs hospitaliers divisés par deux, des demandes d'IVG (interruption volontaire de grossesse) toujours aussi importantes: avorter au mois d'août devient une vraie course contre la montre.
"En été, l'IVG répond aux abonnés absents", titre Libération du 3 août qui consacre une pleine page à l'incapacité des hopitaux à répondre à la demande durant les grandes vacances. "La demande est la même qu'au cours de l'année mais les effectifs sont réduits de moitié", résume le directeur adjoint du CHU de Rouen. Services fermés, listes d'attente interminables... Autorisé jusqu'à dix semaines de grossesse en France, l'avortement devient une véritable "course contre la montre qui vire au cauchemar pour celles qui ont eu un "accident" fin juin ou début juillet", écrit la journaliste Blandine Grosjean. Aussi, fin juillet, le ministère de la Santé a demandé aux directeurs d'hopitaux que la continuité du service public soit assuré et que les centres fermés assurent l'orientation des femmes pour que diminue le nombre de femmes contraintes à réaliser une IVG hors délai à l'étranger.

SOURCE: Libération du 3 août 1999



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