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| Remarquée pour la première fois en 1984, la Caulerpa taxifolia menace les fonds marins. D'où vient-elle, comment y faire face? Libération revient sur cet épineux problème qui divise la communauté scientifique et, en cinq pleines pages, en fait son feuilleton de l'été. |
L'algue tueuse met le feu sous la mer Qui est-elle? "Son feuillage tapisse les fonds sableux, pénètre
les forêts sous-marines de posidonies. Et les colmate peu à
peu. [...] Elle a colonisé des milliers d'hectares de fonds marins
le long du littoral, entre -5 et -35 mètres depuis 1984. [...] Au
toucher, elle est soyeuse et caressante. Mais dessous, la vase domine",
écrit Matthieu Ecoiffier dans Libération du 2 août,
ouvrant ainsi le dossier de l'enquête sur la Caulerpa taxifolia.
Celle que certains appellent aussi "l'algue tueuse" ou bien encore
"l'alien des mers". Capable de pousser de 2 cm par jour, lorsque
l'eau dépasse 18°C,
alors qu'un herbier de posidonie ne progresse que de 3 m par siècle,
capable de s'autobouturer "à l'infini sans le moindre rapport
sexuel", profitant du plus petit brin disséminé par
la marée ou d'un filet de pêche pour ancrer d'autres colonies
un peu plus loin, Caulerpa taxifolia n'en finit pas d'envahir les
côtes méditerranéennes françaises. "Les
hauts fonds et les pics sont envahis. Avant, il y avait des algues rouges
et des gorgones jaunes, maintenant, tout est vert", confie Alexandre
Meinesz, professeur de biologie et auteur d'une thèse sur les caulerpes,
au journaliste de Libération. Elle n'est pas toxique pour
l'homme, mais les autres algues n'y résistent pas. Elle les étouffe.
Du véritable chiendent contre lequel personne n'a encore trouvé
de parade. "En 1991, deux plongeurs avec un Zodiac auraient suffi
pour éradiquer les 100m2
envahis. Maintenant, l'algue couvre des centaines d'hectares, regrette l'un
des protagonistes de l'affaire. Il est grand temps de créer une fonction
de jardinier de la mer, remarque Libération du 5 août.
Des poubelles entières vidées en merDès lors, les scientifiques n'ont de cesse de chercher et de mettre
au point les moyens qui viendront à bout de l'algue tueuse. Bâches
en plastique, ultrasons, chalumeaux, pompes à eaux? "Ça
n'a jamais marché qu'en laboratoire", déplorent les
chercheurs. Alors, outre la production d'ions cuivre, (mais "pour
produire ne serait-ce que les 2,5 grammes de cuivre nécessaires pour
éradiquer un mètre carré d'algue, il faut rester deux
minutes et demie avec un courant établi de 50 ampères",
rappelle le quotidien), les biologistes de la mer misent sur Oxynoe olivacea,
une limace croqueuse de taxifolia. Mais Dominique Voynet, la ministre
de l'Environnement, reste méfiante: "Des solutions efficaces,
il n'y en a pas. Celles qui pourraient l'être? Abaisser la température
de la Méditerranée, bravo, mais comment? On ne va pas non
plus tapisser tous les fonds de couvertures! Et quant à la fameuse
limace, ceux qui préconisent son introduction en mer ne disent pas
ce qu'il faudra faire si elle prolifère à son tour. Pour l'instant,
on cherche, on informe et c'est tout!" Et pendant ce temps, l'algue
continue sa progression et la polémique entre scientifiques n'en
finit pas. Car depuis les premières observations de l'algue sur la
Côte d'Azur, les chercheurs ne cessent de s'interroger sur son origine.
Les uns soupçonnant l'aquarium de Monaco d'avoir le premier introduit
l'algue en Méditerranée, les autres, les responsables dudit
aquarium rejetant toute responsabilité, soutenant la thèse
selon laquelle la Caulerpa taxifolia aurait en réalité
toujours vécu en Méditerranée et aurait bénéficié
des hivers plus doux, voire "serait une résurrection d'une
espèce tropicale dormante. Venue de la mer Rouge, elle aurait effectué
une migration par le Canal de Suez", rapporte encore Libération
du 4 août. Pour Alexandre Meinesz, la réalité est toute
autre, il laisse entendre qu'elle viendrait des aquariums de Monaco. Denis
Ody par exemple, un ancien de l'équipe Cousteau, se souvient de ce
responsable des aquariums de musée lui racontant "comment,
lorsqu'il était nécessaire de nettoyer les bassins envahis
par la Caulerpa, des poubelles entières remplies d'algues
fraîchement arrachées étaient jetées à
la mer par les fenêtres. Pourquoi? tout simplement parce que le trajet
qu'il fallait emprunter pour les amener jusqu'au dépôt d'ordures
était long et difficile avec une poubelle encombrante et que personne
n'aurait imaginé à l'époque qu'une algue tropicale
puisse survivre en Méditerranée". Études génétiquesD'analyses biochimiques en analyses génétiques, il semblerait que la théorie d'Alexandre Meinesz soit la bonne. En effet, "deux études génétiques de l'algue tueuse, publiées en octobre 98, devraient mettre fin à la polémique, explique le journaliste de Libération daté du 4 août. La première réalisée par des chercheurs suisses conclut à des similarités étonnantes entre les séquences d'ADN des Caulerpa taxifolia prélevées dans les aquariums où elle est apparue la première fois (Stuttgart et Nancy -qui ont alimenté celui de Monaco-), et celle retrouvée en Méditerranée. La seconde, hollandaise, montre que les Caulerpa mexicana et taxifolia n'ont pas la même carte d'identité génétique. Exit la théorie de la métamorphose..." * JULIE LASTERADE | |