Percer le mystère des rayonsPour lever le voile sur les mystérieux rayons cosmiques de haute énergie, une collaboration internationale se concrétise sous la forme d'un instrument géant à l'échelle d'un département: l'observatoire Pierre-Auger. |
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Le plus grand instrument astronomique
mondial n'aura ni miroir géant, ni antenne parabolique. Il se fera
même plutôt discret. L'observatoire Pierre-Auger qui devrait
commencer à fonctionner dès 2001 ne sera en effet qu'un réseau
de petites cuves de 12 m3
disséminées sur le sol argentin. Au nombre de 1 600,
elles occuperont un territoire hexagonal de 3 000 km2,
soit trente fois la surface de Paris! Dix-neuf pays -dont la France- se
sont ainsi lancés dans l'étude d'un des points les plus obscurs
de l'astrophysique: celui des rayons cosmiques de haute énergie.
On sait, depuis 1912, que la Terre reçoit une incessante pluie de
particules provenant de l'espace: plus de 200 par mètre carré
d'atmosphère et par seconde. Des particules de plus en plus puissantes
ont pu être mesurées mais sans qu'on puisse comprendre ni leur
origine , ni leur nature. Ainsi, en 1938, le physicien français Pierre
Auger découvrait des particules de 1015
eV (voir encadré).
Et, depuis trente-cinq ans, une dizaine d'objets de plus de 1020
eV ont été relevés, ce qui est incompréhensible:
rien dans notre galaxie n'est assez puissant pour diffuser une telle énergie.
Même si la source est plus lointaine dans l'Univers, le bain de rayonnement
fossile issu du big-bang interdirait à ces particules d'acquérir
une énergie supérieure à 1019
eV. Déceler les particules secondairesDeux difficultés s'opposent pourtant à l'étude directe
des rayons cosmiques. La première vient du fait que, malgré
leur formidable énergie, ils ne peuvent pas franchir notre atmosphère.
La seconde, c'est que ces événements très énergétiques
sont d'autant plus rares qu'ils sont plus puissants: quelques-uns par kilomètre
carré et par siècle! En se heurtant à notre atmosphère,
les rayons cosmiques produisent une formidable gerbe de particules secondaires.
"Ce sont elles que détecteront les cuves de Cerenkov,
explique Jean-Michel Brunet, physicien au Collège de France. Dix
fois par seconde, elles communiqueront leurs informations à un ordinateur
central qui déterminera si ces données correspondent à
une particule de très haute énergie. Dans l'affirmative, il
sera possible de déterminer l'énergie de la particule, sa
direction à un degré près et aussi quelques éléments
concernant sa nature." L'étendue du réseau laisse
ainsi espérer que l'on pourra observer une trentaine d'événements
par an. Pour compléter le système, trois détecteurs
"oeil de mouche"* scruteront le ciel nocturne
à la recherche de lueurs que laissent parfois ces particules lorsqu'elles
heurtent l'atmosphère. *OLIVIER BOULANGER |
Focus1 électron volt (eV) correspond à l'énergie acquise par un électron accéléré dans un potentiel électrique de 1 volt: grossièrement l'énergie que délivre une lampe de poche. Un tube cathodique fournit ainsi une énergie de 1000 eV et les plus gros accélérateurs de particules jusqu'à 1012eV (un "1" suivi de douze "0"). L'observatoire Pierre-Auger s'intéresse à des particules incroyablement plus énergétiques, 1020 eV, soit un milliard de milliard d'eV: des valeurs que nos connaissances actuelles sont incapables d'expliquer. |
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