REVUE DE PRESSE
Science actualités février 2000

 
Les 26 et 27 décembre 1999, des vents de 100 à 200 km/h ont balayé la France. Imprévisible, cet ouragan soulève la question du réchauffement de la planète et de l’action exercée par les activités humaines. À moins qu’il ne s’agisse d’une étape dans l’évolution naturelle des climats.

 

Climat: que se passe-t-il ?

Après les glissements de terrains au Pérou en 1982, l’ouragan Andrew en 92 aux États-Unis, les inondations en Inde en 96 puis en Chine l’année suivante, ou encore l’ouragan Mitch en novembre 1998 au Honduras, ainsi que, récemment, les torrents de boue dévastateurs au Venezuela, la France vient d’essuyer deux tempêtes majeures. Ces phénomènes seraient-ils liés entre eux et indiqueraient-ils un véritable changement climatique? "[...] Pour beaucoup de climatologues, il s’agit non pas d’un phénomène isolé mais d’un signe de réchauffement de la planète", constatent Jean-Marc Biais et Françoise Monier dans l’Express du 6 janvier 2000. Jean-François Stranart, ingénieur à Météo-France, "n’attribue pas la hausse de 2,5°C de la température minimale enregistrée en fin de nuit à des phénomènes climatiques, mais à l’action humaine, c’est-à-dire aux conséquences de l’urbanisation, avec la multiplication des chauffages et des véhicules automobiles". Des pratiques qui sont responsables d’un rejet massif de gaz carbonique dans l’atmosphère et conduisent à la création du fameux "effet de serre" autour de la Terre. Résultat: "Depuis un siècle, les températures ont augmenté en moyenne de 1°C et d’ici 2050, elles auront gagné 2°C", précise dans La Croix du 29 décembre 99, Michel Desbois, directeur adjoint du laboratoire de météorologie dynamique (CNRS) à l’École polytechnique. Plus précisément, "le changement annoncé se traduit moins par un réchauffement uniforme (il ne serait que de 1° à 3°C au lieu des 5 à 6°C annoncés il y a vingt ans) que par un dérèglement du temps, qui multiplie les événements extrêmes", lit-on dans l’Express. Toutefois, comme l’avance Jean-Paul Besset dans Le Monde du 30 décembre, "pas plus qu’on n’a de certitude absolue en matière de transmission des prions de l’animal à l’homme, pas plus n’est-on certain que le réchauffement climatique conduit inéluctablement à un dérèglement susceptible de fragiliser l’espèce humaine".

Expertises contradictoires

Une complexité extrême des phénomènes climatiques et des connaissances scientifiques encore lacunaires ne permettent que d’avancer des hypothèses. "On connaît maintenant le rôle d’El Niño, cet immense courant qui traverse l’océan Pacifique à intervalles réguliers et modifie le régime des pluies du Sud-Est asiatique et des côtes occidentales des deux Amériques. On mesure désormais la Niña, un autre mouvement qui fait souffler le froid quand El Niño disparaît. On commence à détecter la NAO (North Atlantic Oscillation), une masse d’eau qui se déplace ans le nord de l’océan Atlantique. Celle-ci perturbe les saisons environ tous les dix ans", constate l’Express. Mais l’aspect du problème qui ressort le plus clairement de cette "inextricable complexité de la machine climatique" est la quantité d’eau présente dans l’atmosphère. C’est en tout cas ce qu’explique Sylvie Joussaume, directrice adjointe du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA-CNRS) à Fabien Gruhier dans Le Nouvel Observateur du 6 janvier: "En effet, plus l’air est chaud, plus il est capable d’emmagasiner de la vapeur d’eau, qui tôt ou tard se changera en pluies et neiges plus ou moins diluviennes." Yves Lenoir de l’École des mines de Paris va plus loin dans Le Monde du 4 janvier, jugeant que, "pour ce qui concerne les simulations des changements que pourrait provoquer l’accroissement de l’effet de serre global, les modèles ne s’accordent pas sur la variable la plus importante, la pluviométrie, et qu’il est donc aujourd’hui impossible de prédire là où les changements seraient bénéfiques et là où ce serait l’inverse". Selon certaines hypothèses, le réchauffement pourrait même tendre à faire disparaître le Gulf Stream, ce courant d’eau chaude qui réchauffe les vents océaniques le long de l’Europe. "L’Europe occidentale risque un jour de goûter aux plaisirs des climats sibériens [...]. Dans cent ans, s’accordent ces spécialistes, le climat des îles britanniques devrait ressembler à celui de la Pologne", s’inquiète Fabien Gruhier. Difficile de savoir de quoi tous ces phénomènes retournent au juste et quelle part de responsabilité pourrait être imputée à l’homme dans ces modifications climatiques. D’ailleurs, "le rythme du réchauffement constaté ne coïncide pas vraiment avec celui de la hausse du taux des gaz à effet de serre", constate Jean-Paul Dufour, dans Le Monde du 5 janvier, jugeant qu’"il pourrait s’agir aussi d’un phénomène “naturel”, évolution durable, ou phase montante d’un cycle plus ou moins ample accéléré ou non par les activités humaines". Il précise notamment que "la terre connaît, depuis environ 8 000 ans, en dépit des tempêtes et ouragans actuels, une accalmie météorologique exceptionnelle. Il n’y a aucune raison de croire que cette trêve va durer éternellement". Sale temps en perspective.

* MARIE GUILLAUME

A consulter dans la rubrique "Repères":
la carte des anomalies climatiques de l'année 1999 dans le monde
la carte de la forêt française sinistrée
Dans la revue de presse:
Les forestiers misent sur la biodiversité

 

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