REVUE DE PRESSE
Science actualités février 2000

 
L’ouragan vient remettre en cause le principe d’une sylviculture française tournée vers la rentabilité économique.
Les gestionnaires de forêts publiques et privées réfléchissent à une politique de reboisement en faveur d’une plus grande hétérogénéité des essences et des structures arbustives.

 

Les forestiers misent sur la biodiversité

Les deux tempêtes de la fin décembre ont fait perdre à la forêt française "ce qu’elle avait gagné en dix ans, c’est-à-dire environ 500 000 hectares", précise un expert au journal Le Monde du 7 janvier, sous la plume de Pierre Le Hir. Mais s’il s’agit bien d’une catastrophe, précise Brice de Turkheim expert forestier, dans Libération du 6 janvier, elle est "bien plus économique qu’écologique". En effet, d’après Josette Alia, du Nouvel Observateur daté du 6 janvier, "avec ses 15 millions d’hectares boisés qui font d’elle la troisième d’Europe, après celles de la Suède et de la Finlande, la forêt française rapporte beaucoup d’argent [...]. La filière bois (de l’abattage de l’arbre aux produits finis, pâte à papier ou meubles) a un chiffre global annuel d’environ 435 milliards de francs et elle emploie 550 000 personnes". Quant aux conséquences écologiques, elles pourraient se révéler salutaires pour les forêts françaises, jugées souvent "trop vieilles". "Pour la diversité biologique, rien ne vaut une bonne régénération, naturelle ou pas", lit-on dans Libération, où Jean-Philippe Atger, porte-parole de l’ONF, concède que "ce ravage constitue une occasion incroyable de remodeler le paysage forestier". Il s’agit donc d’éviter de refaire les erreurs qui ont été commises par le passé, à savoir le recours massif aux plantations de résineux, à croissance rapide, ainsi qu’aux alignements excessifs. "Depuis quelques années, cette politique a été ralentie au profit d’essences plus nobles à croissance plus lente [...] Cette tabula rasa imposée par la nature doit nous faire réfléchir" suggère Alain Lompech dans Le Monde du 6 janvier. De l’avis de Pierre Breman, responsable de la Mission paysage à l’ONF, interrogé par Chantal Aubry dans La Croix du 7 janvier, "dans les forêts entièrement dévastées, il faudra de vingt à trente ans avant que la diversité ne se manifeste à nouveau de façon claire et durable [...]. Notre action consistera à aider la régénération naturelle à la fois en replantant les mêmes espèces et en favorisant le mélange".

Protection, gestion patrimoniale et production

Pour réorienter la reconstruction forestière, il va donc falloir concilier à la fois la protection, la gestion patrimoniale et la production. Pour mener à bien ce projet, l’ONF dispose "d’une carte des paysages remarquables et des sensibilités paysagères" confectionnée en 1992 à partir de modèles numériques fournis par l’Institut géographique national. Elle est réalisée à partir de la hauteur des sols, non des peuplements d’arbres. "Elle permet donc de repartir de zéro pour la reconstitution des peuplements", indique Peter Breman. "En attendant, poursuit-il, il faut préalablement laisser le terrain se reposer, surveiller les modifications de la nappe phréatique. Et aussi procéder à l’enlèvement et à l’exploitation du bois". Avec moults précautions cependant, car "le sol reste détrempé", s’inquiète le paysagiste Pascal Cribier auprès de Matthieu Ecoiffier, dans Libération. "Il ne faut pas faire entrer d’engins lourds pour déblayer. Cela va tasser la terre sur un mètre de profondeur. Si l’on replante immédiatement dans ces conditions, dans dix ans on s’apercevra que ces arbres ne poussent pas bien". "Concrètement, donc, l’ensemencement ne pourra débuter qu’en 2005", estime Didier Hassoux dans La Croix. Une replantation massive qui pourrait avoir des effets positifs sur le climat, puisque "les arbres, lorsqu’ils sont en croissance, absorbent davantage de CO2 par la photosynthèse qu’ils n’en produisent par la décomposition végétale", précise Hélène Crié dans Libération du 11 janvier.

* MARIE GUILLAUME



L'atout des futaies hétérogènes

La forêt du Morvan a souffert de la tempête, réveillant ainsi le débat sur le remplacement des feuillus originaires par l’implantation massive de résineux. Ainsi, dans Le Monde du 6 janvier, Eric Fedoroff, chargé de mission environnement au Parc naturel du Morvan, prédit qu’"il faudra revenir sur le peuplement régulier et à haute densité qui a prévalu jusqu’alors pour des raisons économiques", estimant qu’"il est logique que les résineux aient le plus souffert: ils ont un système racinaire superficiel et gardent leurs feuilles en hiver, offrant donc plus de résistance au vent". La sylviculture homogène, dense et régulière a montré ses faiblesses. Les forestiers de l’association Prosylva le martèlent: "Tout ce qui est pur et régulier est plus fragile que ce qui est mélangé et irrégulier", explique Marc Verdier, secrétaire général à Jean-Louis Andréani dans le même journal. En cas de coups de vent, notamment, "la futaie irrégulière évite les effondrements massifs par effets dominos ou château de carte".


A consulter dans la rubrique "Repères":
la carte de la forêt française sinistrée
la carte des anomalies climatiques de l'année 1999 dans le monde
Dans la revue de presse:
Climat: que se passe-t-il ?

 

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