ENVIRONNEMENT

Science actualités mars 2000

Biodiversité = Fertilité

Baisse de la productivité, prolifération des mauvaises herbes et
des parasites, pollution des eaux… Voilà ce qui menace les prairies européennes si la biodiversité n’est pas préservée.

Le projet Biodepth est devenu l’une des études de la diversité et des fonctions de l’écosystème les plus complètes à l’heure actuelle.
(voir également notre infographie dans la rubrique "Repères")


PHOTO : © L. Fayolle - J.C. Malausa - J. Daumal / CNRS

 

La terre devient moins productive à mesure que la diversité des plantes se réduit. C’est le constat alarmant qui émane des conclusions du projet Biodepth (Biodiversité et processus écologiques dans les écosystèmes terrestres herbacés terrestres). Cette étude écologique pionnière a examiné l’impact de la perte de biodiversité dans les prairies à travers toute l’Europe. Et sa conclusion est sans appel: la biodiversité doit être restaurée et préservée afin de maintenir la productivité des terres arables et pour diminuer le recours aux engrais et aux pesticides. Les prairies représentent 50% des terres cultivables en Europe, soient 60 millions d’hectares. La survie de nombreuses espèces animales et végétales est de plus en plus menacée par la destruction de leur habitat et les effets de la pollution atmosphérique. La prairie est une zone d’autant plus fragile que la tendance depuis une vingtaine d’années est au productivisme et à l’uniformisation du paysage agricole. "Il est difficile de mesurer la perte de diversité biologique. Actuellement on estime qu’environ 20 000 espèces disparaissent par an dans le monde", explique Michel Loreau enseignant-chercheur (CNRS-Université Paris VI-ENS) et responsable français de ce projet. "Jusqu’à présent, il n’y avait pas d’éléments expérimentaux suffisants pour interpréter l’impact de cette diminution sur la biosphère", ajoute-t-il. En réalisant la même expérience standardisée à travers toute l’Europe, le projet Biodepth est devenu l’une des études de la diversité et des fonctions de l’écosystème les plus complètes à l’heure actuelle.

Références:
"Plant Diversity and Productivity Experiments in European Grasslands", Science vol.286,
5 novembre 1999;
http://forest.bio.ic.ac.uk/
cpb/cpb/biodepth

 

 

Des prairies moins fertiles

Coordonnée par le professeur John Lawton de l’Imperial College de Londres, cette étude expérimentale a mobilisé une cinquantaine de scientifiques spécialisés en écologie issus de onze universités de huit pays européens sur une durée de trois ans. Au total, 480 parcelles ont été créées pour reconstituer des modèles d’écosystèmes de prairie sur huit sites en Europe, de la Grèce à la Suède. La terre a été débarrassée de toute la végétation existante puis réensemencée avec 200 assemblages d’espèces parmi trois grands groupes fonctionnels: les graminées, les légumineuses fixatrices d’azote et les herbacées non fixatrices d’azote. Le nombre et le type d’espèces végétales ont ensuite été réduits pour reproduire la perte graduelle de la biodiversité dans les prairies. La biomasse aérienne des parcelles, c’est-à-dire la quantité de matière végétale cueillie puis séchée, a tenu lieu de mesure de la productivité. La respiration, la décomposition des plantes ont également été prises en compte ainsi que la rétention des nutriments et de l’eau dans le sol.
Résultat majeur: la perte de diversité rend les prairies moins fertiles. La réduction de moitié du nombre d’espèces entraîne une baisse de productivité d’environ 80 g par mètre carré en moyenne. Les données recueillies sur les sites mettent en lumière la complémentarité écologique des différentes plantes: la suppression d’un seul groupe fonctionnel engendre une diminution de 100g par mètre carré. "Les mêmes résultats ont été observés sur des sites très différents les uns des autres, ce qui permet de généraliser leur portée à l’échelle du continent", commente Michel Loreau. Les chercheurs ont également constaté une diminution du taux de recyclage et de rétention des nutriments azotés, qui se traduit par une baisse de la qualité des eaux souterraines. Autrement dit, non seulement les risques de pollution par les nitrates augmentent, mais le déclin de la biodiversité favorise la prolifération de mauvaises herbes et de parasites.

Favoriser haies et cultures mixtes

Financé par l’Union européenne à hauteur de 2 millions d’euros, soit plus de 13 millions de francs, le projet Biodepth marque un réel engagement politique en faveur de la protection de l’environnement amorcé en 1992 par la Convention pour la Bbiodiversité à Rio. Cette étude apporte des arguments scientifiques et économiques en faveur de la préservation de la biodiversité: les engrais et les pesticides sont moins utiles dans les biosystèmes diversifiés qui sont plus fertiles et plus résistants. De telles découvertes pourraient avoir des implications pratiques sur l’exploitation des prairies et sur le paysage agricole: favoriser les systèmes de cultures mixtes plutôt que la monoculture, reconstituer haies et parcelles... Mais la préservation de la biodiversité ne se limite pas aux prairies: "Pour nous, conclut Michel Loreau, cette étude est à resituer dans l’ensemble des écosystèmes terrestres. Elle montre combien la préservation de la diversité biologique dans le monde constitue une garantie de stabilité, de résistance et d’équilibre indispensable".


*MAUD BUISINE

 

 

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