Lettres mortes
Voyelle, consonne, consonne, voyelle,
consonne... Ces deux composantes des mots du langage ont-elles une réalité
dans notre câblage cérébral? Le neuropsychologue Alfonso
Caramazza de luniversité Harvard, à Cambridge, en
est persuadé depuis quil a dégoté les deux
malades ad hoc pour apporter la preuve implacable de sa discipline:
la double dissociation. Voici donc AEIOU, femme de 41 ans, et ZRGLB, homme
de 52 ans. Pour les deux, depuis leur attaque cardiaque, dénomination,
lecture et même répétition, toutes pourtant simples
tâches langagières, sont devenues rudes à engager.
Mais analysant à la lettre leurs réponses aux tests, Alfonso
saperçoit que AEIOU fait trois fois plus derreurs sur
voyelles que sur consonnes et ZRGLB cinq fois plus sur consonnes que sur
voyelles. Tout comme les mots, certaines consonnes sont plus hautes que
dautres, les rapprochant des voyelles. Ainsi en va-t-il du L et
du R. Mais aucun écho sonore détecté dans les performances
des deux patients. Conclusion: il y aurait bien un coin de cervelle épluchant
les voyelles et un bout de cerveau décodant les consonnes. Ouf!
Enfin une vérité scientifique à prendre... au pied
de la lettre!
*Nature, vol.403, p.428

Ils sont fous,
ces Romains
Christophe Colomb aurait-il enfoncé
des continents ouverts? Pièce
à conviction: une petite tête de barbu en terre cuite déterrée
en 1933 dans la vallée de Toluca, à 65 km de la ville de
Mexico, retrouvée au fin fond dun musée de la même
mégapole par lanthropologue Roman Hristov en 1994. Après
passage à la moulinette thermoluminescente du Max Planck Institute
à Heidelberg, le diagnostic est catégorique: le barbu a
eu le chou rôti il y a 1 800 ans et pose donc lherculéenne
question: est-il le témoin dun préhispanique contact
transocéanique? En effet, Roman saccorde avec dautres
experts sur son faciès de Romain et, après enquête,
confirme quil avait été enterré bien avant
larrivée des conquistadors. Betty Meggers du National Museum
de Washington nest pas surprise, vu que ses poteries dEquateur
et du Japon ont bien aussi des airs de famille. Mais David Grove de luniversité
dIllinois doute. Après tout,
le barbu est peut-être simplement sorti dun bateau naufragé.
Bref, cest pas lAmérique qui nous fera retrouver notre
latin!
*Ancient Mesoamerica, vol.10, p.207

Chanteurs
de variétés
Mais pourquoi donc les oiselles préfèrent-elles
les mâles fredonnant de riches répertoires à ceux
déversant les mêmes et sempiternelles ritournelles? La musique
serait-elle élixir damour? En tout cas, même sil
est bien établi que le poussin de rousserolle turdoïde possède
une espérance de vie dautant plus grande que son paternel
a le flûtiau raffiné, Anders Møller de luniversité
Pierre-et-Marie-Curie de Paris sest demandé à son
tour pourquoi les oiseaux se foulaient la rate à déployer
de subtiles trilles. Il na pas hésité à mesurer
chez 38 espèces différentes de Caruso la taille de cet organe
qui, rappelons-le, imunitairement parlant, joue un rôle de premier
plan. Résultat: corrélation parfaite rate/répertoire.
Voilà pourquoi, pour mener sa couvée avec toutes les chances
de son côté, la femelle ailée guidée par son
intuition préfèrera au chanteur sépoumonant
comme un dératé, le ténor bien dilaté.
*Proceedings of the Royal Society of London B, vol.267, p. 65

Réhabilitation
Prion égale pas bon, du tout, du
tout! Voilà ce que lon aura retenu de cette pauvre protéine,
appelée PrP, suite au battage médiatique et après
que Stanley Prusiner sest payé le prix Nobel en 1997 pour
en avoir fait la responsable, dans sa version déformée,
de la folie bovine et, par transmission, du creutzfedt-jacobinisme new-look
humain. Mais attention, Prp, avec sa gueule cassée, nest
pas toujours une bonne à rien, affirment Susan Lindquist de luniversité
de Chicago et Jonathan Weissman de luniversité de Californie.
Une de ses petites surs servirait même, chez la levure, à
éliminer des protéines indésirables. Autrement dit,
il existe peut-être un moyen pépère dexploiter
son côté pervers. Tant quil y a de la folie, il y a
de lespoir!
*Cell, vol.100, p.277

Vieille branche
Il y a belle lurette que le divorce est
consommé entre les streptophytes, essentiellement plantes terrestres,
et les chlorophytes ou algues vertes. Huit cents millions dannées
pour être précis. Chacun a dès lors fait branche à
part et mené sa vie évolutive comme il lentendait.
Mais, en séquençant le génome de Merostigma viride,
Claude Lemieux de luniversité de Laval, au Québec,
a trouvé des ressemblances frappantes entre ce micro-organisme
et chacun des deux groupes aujourdhui séparés. Claude
pense donc leur avoir trouvé un ancêtre datant davant
la débandade... ou alors nous voilà en présence dun
Pacs génétique "pas ordinaire".
*Nature, vol.403, p.649
|