REVUE DE PRESSE
Science actualités juin 2000

 
Un nouveau virus déferle sur le parc informatique mondial, déclenchant une vaste épidémie. Même si les éditeurs de logiciels anti-virus organisent la décontamination, ce virus mutant révèle la vulnérabilité du réseau Internet.

 

On ne résiste pas à "I love you"

"Des millions d’utilisateurs d’ordinateurs à travers le monde n’ont pas su dire non, jeudi 4 mai au message électronique “I love you”, constate Christophe Jakubyszyn dans Le Monde du 6 mai. D’autant plus que ce message, invitant à ouvrir le fichier joint baptisé “Love letter for you”, provient à chaque fois, d’une personne déjà connue de l’utilisateur." Or, il suffit d’ouvrir le fichier pour déclencher automatiquement l’invasion du virus. Celui-ci est capable de modifier la page de garde du logiciel de navigation Internet Explorer, de créer plusieurs programmes sur le disque dur, de se propager par le biais d’Internet à l’aide du carnet d’adresse des victimes et surtout, de rendre inutilisables la plupart des fichiers d’images et de sons. "De boîtes e-mail en boîtes e-mail, précise Florent Latrive dans Libération du 5 mai, il a d’abord envahi l’Asie, puis l’Europe [...] avant d’atteindre les État-Unis." Classé en "risque 5", soit le niveau maximum par l’éditeur de logiciels anti-virus Symantec, "I love you a touché le monde entier", selon Pascal Lointier, expert au Club de la sécurité informatique français, qui le décrit comme extrêmement virulent et destructeur.
Si l’origine de ce virus demeure floue à cette heure –il aurait été créé par deux étudiants philippins– on sait néanmoins qu’il s’inscrit dans la lignée de Melissa, "qui avait semé la panique sur Internet en mars 1999 et causé des dégâts estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars dans le monde". Sauf qu’I love you "se propage beaucoup plus vite", précise Stéphane Le Hir, patron de la filiale française de l’éditeur d’antivirus TrendMicro. Il utilise en effet également les canaux de discussions en direct (IRC) pour se diffuser. Par conséquent, "si Melissa était une 2CV, celui-ci est une Ferrari", lance le spécialiste. Mais sa puissance de contamination traduit aussi sa faiblesse: "Il ne peut s’attaquer qu’aux possesseurs de PC avec le système Windows de Microsoft et équipés de la messagerie Outlook", elle aussi signée Microsoft. C’est-à-dire "un équipement parmi les plus répandus sur les ordinateurs du monde entier", constate le journaliste de Libération.
Le bilan des entreprises et des institutions touchées par le virus est, somme toute, impressionnant, même si les heureux macophiles sont épargnés. Dans le cas de la France, la plupart des entreprises "ont fermé leur réseau et leur accès à Internet après la première suée, par précaution". En attendant, le petit programme informatique en forme de déclaration d’amour aurait provoqué, selon le cabinet de recherche américain Computer Economics, des dégâts à hauteur de "4,7 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros)", indique le 9 mai, Philippe Bonnet dans La Tribune.

Menaces sur le Net

Les mesures de protection mises en œuvre dès le 5 mai, avec l’installation de logiciels anti-virus détruisant I love you, n’empêchent pas de rester prudent, car "le ver de terre se présente sous de nombreux déguisements", explique Michel Alberganti dans Le Monde du 9 mai. Alors que la société TrendMicro en identifiait sept, Symantec n’en comptabilisait pas moins de neuf, les dernières versions masquant même leurs messages infectés derrière des intitulés d’alerte, tels que "Virus Warning" ou "Virus Alert". Force est de constater qu’avec leur facilité d’écriture, ces petits virus dévastateurs risquent "de faire des émules", selon les termes d’un spécialiste chez de Cap Gemini, Jean Figer, dans La Tribune. En trois ans, le nombre de virus aurait ainsi triplé, atteignant quelque 50 000 programmes répertoriés. Par ailleurs, la diffusion rapide des virus de type "mass mailer", comme I love you, émane de la croissance exponentielle de la messagerie électronique. Une voie royale aujourd’hui empruntée par "80% des attaques virales", précise le journal. Des milliards de courriers électroniques s’échangent ainsi quotidiennement. Rien qu’aux États-Unis, le site online.com, qui recensait 569 millions de messages par jour en 1999, en prévoit près d’un milliard pour 2002. Semer la pagaille sur le réseau Internet et dans la nouvelle économie deviendrait-il un jeu d’enfant? C’est en tout cas l’avis de Philippe Bonnet, pour qui "ce qui ressemble encore à des plaisanteries de collégiens pourrait bien évoluer un jour en actes terroristes ou de racket", impossibles à contrôler ou à juguler.

On le sait, le virus LoveLetter, avec son message I love you aime à changer de forme. La première version possède un fichier attaché nommé "Love-letter-for-you.txt.vbs". La seconde, "LoveLetter.B (Lithuania)" affiche "Susitikim shi vakara kavos puodukui" et la troisième, "LoveLetter.C (Very Funny)" détient pour objet "fwd: Joke" et pour nom de fichier joint "Very Funny.vbs", apprend-on dans Le Monde des 7 et 8 mai. Ainsi les entreprises spécialisées dans les anti-virus ont, dès le 5 mai, affiné leur antidote en incluant des variantes, histoire de traquer les différents mutants de l’intrus...

* MARIE GUILLAUME


 

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