REVUE DE PRESSE
Science actualités juillet-août 2000

 
18 milliards de données brutes, 90% du génome humain reconstitué, dont 50 % à un stade assez proche de la finition...
Pour certains experts, c’est une étape en biologie aussi décisive que le premier satellite pour l’ère spatiale. Une aventure prodigieuse qui ne fait que commencer.

 

Première ébauche du génome humain

Annonces solennelles, conférences de presse, chefs d’Etat, ministres et chercheurs sous les caméras: l’annonce de la première ébauche du séquençage du génome humain a été digne des espoirs qu’elle soulève. La succession des trois milliards de lettres qui forment le code génétique de l’homme est désormais connue à 90%. "C’est l’achèvement de la première étape d’un effort de 3 milliards de dollars engagé en 1990 par les organismes publics de recherche de dix-huit pays sous la houlette des États-Unis"., rappelle Le Figaro du 26 juin. Les chercheurs de ce consortium international HGP ou "Hugo" pour Human Genome Organisation, "ont divisé le génome en grands fragments d’ADN (1 million de paires de base ou “lettres” chacun) ordonnés et chevauchants qui proviennent d’une carte établie au début des années 1990, grâce notamment aux travaux des chercheurs du Généthon d’Evry", relate Fabrice Node-Langlois dans ce même Figaro. Ces gros morceaux du génome ont ensuite été découpés en grands fragments. Puis, lettre par lettre, les chercheurs ont réassemblé ces petits morceaux dans l’ordre initial. Ce qui est présenté aujourd’hui correspond "à l’ordonnancement de ces grands fragments avec quelques petits trous", selon la formule du professeur Jean Weissenbach, directeur du Génoscope, le centre de séquençage français à Evry. Première ébauche, donc, d’une version beaucoup plus précise qui devrait être réalisée d’ici à la fin de l’année ou dans le courant 2001.

Version finale en 2003

Puis en 2003, vraisemblablement, on parviendra à la version finale, le séquençage à 100% du génome humain. Voilà pour la partie "recherche publique". En face, l’industrie et le privé avec la firme américaine Celera, menée par Craig Venter, dont le projet de séquençage concurrence le projet public depuis 1998. "Après des mois de surenchère et de menaces de rétention d’information sur les gènes de la part de Celera, les deux rivaux ont scellé un accord aux termes encore mal connus", souligne Le Figaro. Celera a utilisé une autre méthode, plus rapide et moins coûteuse, consistant "à casser la totalité du génome en une infinité de petits morceaux et à les rassembler après le séquençage de leurs extrémités. Mais la carte obtenue serait d’une précision moindre que celle de HGP". "On a le livre, reste à le déchiffrer", titre Libération du 26 juin.
Pour la journaliste Nathalie Levisalles, l’aventure génétique ne fait que commencer, mieux, "elle commence à peine. Et le plus intéressant reste à découvrir. Pour reprendre la métaphore classique du génome à l’image d’un livre, c’est comme si l’on venait de découvrir les 3 millions de caractères d’un texte, avec des blancs et pas mal d’erreurs. Et qu’il restait à corriger les erreurs, à trouver le découpage des mots, à découvrir des mots et surtout à en découvrir le sens". Car tout l’enjeu se situe dans la capacité des chercheurs à connaître les fonctions correspondant aux gènes identifiés. Libération cite les propos de Craig Venter de Celera reconnaissant qu’il faudra au moins cent ans pour tirer parti des données accumulées par ses séquençeurs!

Séquençage et traitement n’ont rien à voir

"Il y a d’énormes malentendus entre les scientifiques et le public", explique dans Libération Arnold Munnich du Centre de génétique de l’hôpital Necker à Paris. "A-t-on attendu le séquençage exhaustif du génome pour localiser et identifier les gènes des maladies génétiques? Evidemment non. Les années 1980-2000 ont été nos vingt glorieuses au cours desquelles on a découvert les gènes de plus de mille maladies". Et d’expliquer que l’objectif du séquençage complet est d’obtenir une vision d’ensemble et d’accélérer ainsi la localisation des gènes. Mais on est encore loin de la mise au point d’un traitement. Séquençage et traitement "n’ont rien à voir, affirme Arnold Munnich, le vrai problème aujourd’hui est de transformer toutes ces informations qui sont dans le génome en test génétique de prédiction ou de prévention des maladies. Il s’agit de savoir exploiter ces connaissances pour trouver les gènes d’autres maladies ou les gènes modificateurs des maladies communes".
Pourtant, les milieux industriels et financiers ont déjà réagi et "promettent des nouveaux remèdes d’ici trois ou quatre ans", selon La Tribune du 16 juin. L’annonce du décryptage du génome humain "coïncide avec les prémices d’une polémique majeure portant, en Europe, sur la brevetabilité des fragments composant ce même génome*. Ainsi, au moment où la biologie écrit une page essentielle de la compréhension du vivant, la question est d’ores et déjà soulevée de l’usage, médical et marchand, qui pourra être fait de ce prodigieux travail", commente dans son éditorial Le Monde. "Il ne faut y voir aucun hasard, mais bien au contraire, le symptôme éclairant des considérables enjeux portés par la prochaine maîtrise du vivant, humain, animal et végétal, que nous offrent les biologistes et les généticiens". Dont le statut de l’embryon humain, premier lieu d’expérimentation de la génétique du futur...

* MARTHE COUSIN

*Lire aussi la Revue de presse "Europe et France s’opposent sur les gènes"

Quelques sites pour en savoir plus:
- en français:
http://www.genoscope.cns.fr

- en anglais:
http://www.ornl.gov/hgmis (DOE Human Genome Program)
http://www.gdb.org/


 

Début de la page | A la une

© CSI - Science actualités - Reproduction des photos interdite