Travail sous hotte à flux laminaire dans le laboratoire de traitement
génétique et cellulaire de lunité 429 de
lInserm: cest là quont été préparées
les cellules injectées aux "enfants-bulles".
PHOTO:
©INSERM/M.Depardieu
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"C'est
véritablement le premier succès incontestable de la thérapie
génique",
se réjouit le biologiste Axel Kahn. Après des années
de recherches et de désillusions, léquipe du professeur
Alain Fischer de lhôpital Necker-Enfants malades à
Paris, vient de prouver lefficacité de cette approche thérapeutique
en obtenant plusieurs cas de rémission complète sur des
"enfants-bulles".
Atteints dune maladie génétique rare, les tout jeunes
patients (âgés de 8 et 11 mois au moment du diagnostic) étaient
totalement privés de certaines cellules sanguines spécialisées
dans la lutte contre les infections: les lymphocytes T et les cellules
tueuses NK. Sans protection contre le moindre microbe, les jeunes enfants
étaient contraints de vivre dans des bulles stériles en
attendant de pouvoir bénéficier dune hypothétique
greffe de moelle osseuse, seul traitement existant jusquà
présent.
Cette "immunodéficience héréditaire combinée
sévère", ou DICS, résulte de la mutation dun
unique gène impliqué dans la différenciation des
cellules sanguines. Lobjectif des scientifiques était donc
dintroduire une copie normale du gène muté dans les
cellules souches de la moelle osseuse, dont sont issues les cellules manquantes.
"Après avoir prélevé de la moelle osseuse des
jeunes patients, nous avons isolé les précurseurs des lymphocytes
T et des cellules NK, explique Marina Cavazzana-Calvo, spécialiste
de thérapie génique et cellulaire à lhôpital
Necker (Unité 429 de lInserm). Nous
les avons ensuite mis en culture dans un milieu approprié, avant
de les infecter par un rétrovirus contenant une copie normale du
gène déficient." Quelques mois après
linjection des cellules génétiquement modifiées
dans le sang des malades, sont apparus les premiers lymphocytes T et cellules
NK. Bien que rien ne permette à lheure actuelle daffirmer
que ces acquis sont définitifs et que le traitement ne devra pas
être renouvelé, ces résultats constituent le premier
réel succès de la thérapie génique.
Soigner des troubles du système
immunitaire
Il
aura donc fallu dix ans et plus de 350 protocoles dessais cliniques
différents avant dobtenir un tel résultat. Quelles
sont les raisons de cette réussite tant attendue? Les scientifiques
sont à ce propos unanimes. "À
lheure actuelle, lobstacle majeur auquel se heurte la thérapie
génique est le manque defficacité du transfert du
gène thérapeutique dans les cellules cibles,
explique Axel Kahn. Dans tous les cas, le nombre
de cellules ayant intégré ce gène médicament
est très faible et leffet de ce dernier généralement
imperceptible."
Or, le cas des enfants-bulles était un peu particulier. "Contrairement
à ce que lon observe dans la plupart des pathologies que
lon tente de traiter par thérapie génique, les cellules
déficientes chez ces jeunes malades ne sont pas anormales: elles
sont seulement bloquées à un stade précoce de leur
développement, explique le généticien
David Klatzmann, de la Pitié-Salpetrière. Ce
qui leur manque, cest une molécule, une sorte de "signal"
capable dactiver leur différenciation et leur prolifération."
De ce fait, même si le nombre de cellules ayant intégré
le gène thérapeutique dans les expériences dAlain
Fischer est comme toujours très faible, "les
cellules ainsi modifiées seront capables de mener leur développement
à terme et de donner des cellules immunitaires fonctionnelles".
Du fait de la grande capacité de division des lymphocytes T, les
cellules ainsi "réparées" se multiplient ensuite
au point de remplacer totalement les cellules déficientes.
"Si lon doit se garder de conclure
que cette expérience va rendre efficace et simple toutes les autres
stratégies de thérapie génique, dautres pathologies
pourront également être traitées avec le même
succès, indiquent Axel Kahn et David Klatzmann. Pour
cela, il suffit que laddition du gène thérapeutique
dans les cellules déficientes leur confère un avantage tel
sur les cellules non transformées que ces dernières finissent
par être remplacées dans leur intégralité."
Ce pourrait être le cas, en particulier, dans différents
troubles du système immunitaire et pour des pathologies touchant
des organes capables de se régénérer facilement,
comme le foie. Pour Marina Cavazzana-Calvo, ce sont surtout les maladies
sanguines qui devraient récolter les fruits de la thérapie
génique à court terme. "Parce
que, pour ces maladies, les cellules cibles sont faciles à prélever
et à traiter in vitro." Ainsi, sil est peu
probable que la thérapie génique sera à elle seule
à lorigine dune révolution thérapeutique
dans les pathologies les plus fréquentes -notamment le cancer,
elle devrait néanmoins simposer comme un traitement prometteur
de certaines affections bien ciblées.
*CLOTILDE LÉGER
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