ENVIRONNEMENT

Science actualités juillet-août 2000

Six mois après l’Erika

Les oiseaux ont été les principales victimes de la marée noire de l’Erika.
Mais qu’en est-il des autres espèces, animales et végétales, marines et terrestres, exposées à la catastrophe?

Le pompage des
17 000 tonnes de pétrole restant dans les cuves de l’Erika n’est pas sans danger. La fragilité de l’épave, la difficulté des opérations à mener par 120 m de fond et leur caractère inédit laissent craindre de possibles fuites accidentelles. Le fioul lourd sera siphonné des soutes vers un réservoir intermédiaire, fluidifié avec du diester de colza avant d’être remonté à bord d’un tanker. Coût de l’opération: 400 millions de francs.

PHOTO:
©IFREMER


Pour connaître les rapports d’expertises et le suivi des opérations de surveillance, voir "Erika: actions de l’Ifremer"
http://www.ifremer.fr
























 




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Erika: un état des plages












 

 

 

 

 

Avec 61 000 victimes et une estimation globale de 300 000 disparus en mer, les oiseaux ont payé le plus lourd tribut à la marée noire de l’Erika. Au total, 61 espèces ont été concernées, dont certaines sont aujourd’hui menacées. "C’est une catastrophe écologique considérable", estime Denis Bredin du Conservatoire du littoral de Bretagne. Par comparaison, le naufrage de l’Amoco-Cadiz n’avait entraîné la mort "que" de 4 600 oiseaux de mer alors que la quantité de fioul libérée était vingt fois plus importante. "Quant au reste des espèces concernées par cette pollution, poursuit-il, on a très peu de certitudes pour l’instant mais pas d’inquiétude majeure." Les études sont en cours pour établir un état des lieux global de l’impact de la pollution apparue depuis six mois.
Sur le littoral Atlantique, "la concentration des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), éléments toxiques présents dans le pétrole de l’Erika, dans les coquillages est globalement restée inférieure aux normes fixées par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), déclare Patrick Camus, chercheur à l’Ifremer, excepté dans des zones sévèrement touchées par les nappes de fioul", comme à Belle-Ile, au Croisic ou à Noirmoutier.

Effets conjugués

La Direction régionale de l’environnement (Diren) de Nantes a dressé un bilan préliminaire de l’impact de la pollution sur les côtes de Loire-Atlantique, le département le plus touché par la catastrophe. Une mortalité massive de moules a été observée sur les sites les plus pollués. Dans ces mêmes zones, échinodermes, gastéropodes, bivalves et crustacés ont fortement souffert de la pollution. Concernant la flore, une cinquantaine d’espèces de plantes littorales ont été atteintes dans le département, dont trois rares sont menacées: la doradille marine, l’oseille des rochers et le statice à feuilles ovales. Les lichens, à la frontière des milieux marins terrestres, ont également été très touchés par la pollution. Le nombre d’espèces terrestres concernées par cette pollution est beaucoup plus élevé que lors des précédentes marées noires. Ce constat est dû à l’effet conjugué des tempêtes de décembre et des grandes marées qui, au moment de l’arrivée des nappes de pétrole sur les côtes, ont projeté les hydrocarbures au-dessus du niveau habituellement atteint par la mer.
Paradoxalement, les travaux de nettoyage des côtes par jet d’eau chaude à haute pression et la dégradation des dunes -sièges d’une importante diversité florale- liée à ces travaux, semblent également avoir eu un impact négatif sur la végétation. La situation sur les fonds marins, autour de l’épave et au large, est pour l’heure très incertaine. L’Ifremer a mené trois campagnes en mer entre mi-février et début avril pour étudier les organismes qui vivent à proximité de l’épave de l’Erika, essentiellement des langoustines, des merlus et des soles. Malgré une irisation observée en surface, les premiers prélèvements n’ont montré aucune trace visuelle ou olfactive d’hydrocarbures, tant au niveau des sédiments que de la faune capturée.
On sait par contre avec certitude que l’impact sur les mammifères marins est minime. Selon le Centre de recherche sur les mammifères marins de La Rochelle, le nombre de phoques englués récupérés n’a pas été supérieur aux autres années, lorsqu’ils sont victimes de dégazages clandestins au large.

Contamination possible

Toutes ces observations restent bien évidemment très provisoires. Car outre l’engluement ou l’empoisonnement, un pétrole aussi toxique et aussi peu biodégradable que celui de l’Erika entraîne à long terme de graves anomalies sur les organismes qui y sont exposés: mutations, effets immunotoxiques, conséquences sur la reproduction -en particulier chez les poissons, les huitres et les oiseaux- et même contamination possible de la chaîne alimentaire. Du fait de la présence de pétrole sur les terres, il ne faut pas non plus exclure le risque d’une contamination des nappes phréatiques. Plusieurs années de suivi seront donc nécessaires avant d’établir un bilan complet des conséquences de cette marée noire sur l’environnement.


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CÉLINE RAVALLEC

 

 

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