BOTANIQUE

Science actualités juillet-août 2000

Flore de France en danger

Le dernier recensement de la flore française prouve sa diversité,
elle est l’une des plus foisonnantes d’Europe.
Mais cette richesse est en danger:
des centaines d’espèces sont menacées de disparition.

cartes de France:
© ifen

A lui seul, le territoire français concentre 40% des espèces florales européennes. En analysant, pour la première fois, cette flore abondante, l’Institut français de l’environnement (Ifen)(1) vient de comptabiliser 6 067 espèces dont 4 900 indigènes, c’est-à-dire non introduites ni cultivées. Dans n’importe quel département français, on trouve au moins 1 200 espèces, soit plus que l’ensemble de la flore danoise. 750 espèces ne se trouvent qu’en France: posséder une telle diversité sur son sol est une responsabilité. C’est ce qu’affirment avec force les auteurs de l’étude, Laurent Duhautois pour l’Ifen et Michel Hoff pour le Muséum national d’histoire naturelle.

Or, l’avenir semble plutôt sombre: "On assiste à une régression drastique des populations florales", constate Michel Hoff. 486 espèces sont classées comme étant "très menacées" et 800 autres en péril. Qu’est-ce qui détermine la probabilité de disparition d’une plante? Lorsqu’elle n’est plus présente que dans moins de 30 communes. Ou lorsqu’on constate l’effondrement constant de sa population, reconnue comme abondante il y a encore vingt ou trente ans. Les causes de ces déclins sont multiples et croisées.

Le Sabot-de-Vénus Cypripedium calceolus (ci-contre), belle orchidée sans rival dans la flore française, bien que protégée, est pourtant l’objet d’une cueillette qui la pousse inéluctablement vers sa disparition.
Le cas du Flûteau nageant Luronium natans (ci-dessous), est exemplaire du sort des plantes aquatiques, grandes victimes des aménagements du territoire. "On a enlevé des tas de petites mares lors des opérations de remembrement, explique Michel Hoff, valorisé les zones interstitielles entre les cultures, asséché les marais, drainé et refait le lit des rivières, sans compter les effets de la pollution...".

Les plantes des prairies ont, quant à elles, souffert des engrais qui ont trop enrichi la terre et favorisé des espèces concurrentes. Les mesures de protection semblent quelque peu dérisoires devant l’ampleur du problème. "Il faudrait pour le public la même qualité d’information qu’on a développé pour la protection animale", regrette le chercheur. Pourtant, protéger les fleurs est loin d’être uniquement un geste esthétique.

"Chaque espèce nourrit et abrite des espèces animales spécifiques. La disparition des plantes provoque bien un appauvrissement général de la biodiversité", argumente Michel Hoff. "Il faut aussi souligner un autre appauvrissement insidieux mais grave, celui du pool des gènes. La France est en effet au bord du continent euro-asiatique, une limite des aires de développement naturelle, là où se situe spontanément l’apparition de nouvelles espèces." Jardins botaniques, conservatoires et espaces protégés ne suffiront pas à enrayer le déclin des fleurs. La seule solution semble être de gérer au mieux les milieux naturels.

*MARTHE COUSIN

 


 

1-"Les données de l’environnement", mai 2000, n°54 – Lire aussi "L’Inventaire des plantes protégées en France," éd. Nathan, 1995.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

llustrations:
© Philippe Danton Inventaire des plantes protégées en France,

 

 

Sabot-de-Vénus
Cypripedium calceolus

 

 

 

 

Flûteau nageant
Luronium natans

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi la rubrique "Repères"

 

 

 

Début de la page | A la une

© CSI - Science actualités - Reproduction des photos interdite