Observé en épifluorescence avant fusion des membranes,
voici lembryon "reconstitué" par micromanipulation,
dans lequel on distingue le noyau de la cellule embryonnaire injectée.
PHOTO:
©P. Chesne / INRA
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A
première vue, les deux brebis qui sébattent sous haute
surveillance dans les locaux de la société PPL Therapeutics
à Edimbourg, nont rien dextraordinaire. Annoncée
à la communauté scientifique lors dun colloque en
août 1999, leur naissance était pourtant le fruit de plusieurs
mois de travail acharné. De fait, ces deux brebis ont vu le jour
grâce aux avantages combinés de la transgénèse
et du clonage. Ce dernier consiste à reproduire un organisme entier
à partir dune cellule unique prélevée sur un
animal ou un foetus.Mais à la différence de celle de leurs
aînés, la naissance de Cupid et Diana montre,
pour la première fois, quil est possible de cibler un site
précis du patrimoine génétique des animaux. Jusquà
présent, les gènes dont on voulait doter les animaux sinséraient
au hasard dans leur génome, au risque de ne pas sexprimer,
ou pire, de provoquer de graves mutations génétiques. Seule
la souris faisait exception à cette règle:
"Depuis une dizaine dannées, on sait en effet faire
de la transgénèse ciblée chez ces rongeurs, grâce
à la manipulation de cellules embryonnaires un peu particulière,
les cellules ES (cellules souches)", explique Louis-Marie
Houdebine, directeur de recherche à lInra de Jouy-en-Josas.
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Remplacer un gène par
un autre...
Palliant à labsence
de cellules ES chez les bovins, les chercheurs de PPL Therapeutics ont
réussi à les remplacer par des cellules de peau de foetus,
prélevées à un stade extrêmement précoce
de leur développement. "Grâce
à lamélioration des techniques de transfert de gènes
et des conditions de culture cellulaire, les scientifiques écossais
ont réussi à maintenir ces cellules en culture suffisamment
longtemps pour pouvoir en modifier le génome avec précision.
Ce délai leur a également permis de procéder à
tous les tests nécessaires pour ne conserver que les cellules qui
ont bien intégré le gène étranger à
lendroit voulu", commente Xavier Vignon, chargé
de recherche à lInra. Une fois sélectionnées
avec soin, ces cellules modifiées sont introduites dans des oeufs
vidés de leur noyau dorigine, puis réimplantées
dans lutérus dune brebis. Mais cette manipulation sophistiquée
réclame de la patience: il aura fallu plus de quatre cents essais
pour donner naissance à Cupid et Diana. Elles ont
reçu une construction génétique artificielle contenant
le gène de lantitryspine humaine (une protéine qui
pourrait être utile pour traiter les malades atteints de mucoviscidose).
Ce gène est lui-même placé sous le contrôle
dune séquence génétique dirigeant la production
de la protéine dans le lait des animaux. Au final, le lait de ces
brebis contient une quantité non négligeable dantitrypsine
humaine: jusquà 650µg/ml. Si nul ne conteste le caractère
novateur de ces travaux dun point de vue technique, on peut toutefois
sinterroger sur leur utilité. On sait depuis quelques années
fabriquer des animaux pour produire des protéines humaines dans
leur lait, leur sang ou même... leur urine! Mais plus que lajout
pur et simple dun gène étranger dans le patrimoine
génétique dun animal, cest la possibilité
de remplacer précisément un gène par un autre qui
intéresse les scientifiques. "Ainsi,
on pourrait obtenir des vaches chez lesquelles le gène de la caséine
bovine serait remplacé par celui de la caséine humaine,
projette Louis-Marie Houdebine. Cela permettrait
déviter de nombreuses réactions allergiques au lait."
Cette nouvelle approche de la transgénèse ouvre par ailleurs
la possibilité de construire, pour certaines maladies, de nouveaux
modèles animaux tels que les lapins, susceptibles de remplacer
avantageusement les souris de laboratoire.
...ou le neutraliser
Enfin et surtout, il devient
possible dinactiver des gènes existants par insertion dune
séquence génétique neutre. Là encore, les
applications potentielles sont nombreuses. On peut, par exemple, envisager
de fabriquer des animaux chez qui on neutraliserait les antigènes
responsables du rejet suraigu, en vue de xénogreffes. Enfin, "il
serait utile de supprimer le gène Prp (codant la protéine
Prion) chez les animaux délevage", estime
Louis-Marie Houdebine. À la clef: la possibilité déradiquer
les neuropathies telles que la maladie de la vache folle et autres tremblantes.
Mais pour cela, les cheptels entiers devraient descendre de clones ou
être eux-mêmes des clones. Compte tenu de la complexité
actuelle de la technique de clonage, cette perspective nest pas
encore pour demain...
*CLOTILDE LEGER
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