AGRO-ALIMENTAIRE

Science actualités février 2001

ESB: des tests de tous côtés

Depuis janvier 2001 les vaches européennes subissent des tests en rafale, avec deux objectifs: évaluer l’épizootie et contrôler la chaîne alimentaire. En France, se croisent deux campagnes distinctes. Le point avec quelques questions-clés.

juin 2000: Première campagne de surveillance active

Cette démarche de recherche scientifique qualifiée "d’étude-pilote" vise à connaître beaucoup plus précisément l’ampleur de l’ESB en France. Le réseau de "surveillance active" consiste à appliquer des tests à des animaux qui ne présentent aucun signe clinique de la maladie. Il vient compléter le réseau de "surveillance passif" en place depuis 1990 qui rapporte tous les cas d’ESB repérés par un diagnostic des symptômes de la maladie.

Pour quels animaux?
Les tests Prionics s’appliquent aux bovins de 24 mois et plus, dits "à risque":
- morts à la pâture ou à la ferme, que la cause de la mort soit identifiée ou non,
- abattus parce que malades,
- abattus pour cause de blessure.

Combien?
L’étude vise un échantillon de 48 000 bovins sur le territoire national dont 40 000 sur les trois régions les plus touchées: Bretagne, Basse-normandie et Pays-de-la-Loire. Le nombre de tests a été fixé par un calcul statistique en fonction de la prévalence supposée de la maladie (de 0,1 à 3 pour mille), de l’importance du cheptel bovin (un peu plus de 20 millions de têtes) et de la précision souhaitée pour la mesure.

Quels résultats à ce jour?
Du 7 août au 24 octobre, 32 cas ont été trouvés parmi les premiers 15 000 bovins testés. Soit une prévalence de la maladie de 2,1 pour mille en moyenne, un chiffre situé dans le haut de la fourchette prévue. La proportion d’animaux positifs atteint 1,3 pour mille chez les animaux morts de mort naturelle; 4,1 pour mille chez les animaux tués pour maladie et 3 pour mille chez les animaux abattus pour blessure. 90% des animaux positifs sont nés entre 1993 et 1995. Dans la même période, le réseau de détection passive a diagnostiqué 11 animaux malades, trois fois moins que l’étude-pilote, démontrant ainsi l’importance de ce nouveau réseau de surveillance active.
En guise de conclusion intermédiaire, l’AFSSA (http://www.afssa.fr) estime que les bovins les plus susceptibles de présenter un danger pour la consommation humaine sont ceux de plus de 48 mois et ceux abattus d’urgence lesquels, jusqu’alors, entraient dans la chaîne alimentaire.

janvier 2001: le programme européen

Le conseil agricole de l’Union européenne du 4 décembre 2000 a fixé au 1er juillet 2001 la date d’obligation du dépistage systématique de bovins susceptibles de développer la maladie. Mais de nombreux pays européens ont décidé d’anticiper cette date, dont la France, qui l’a mis en place depuis le 1er janvier 2001. Trois tests ont été approuvés en Europe: Prionics (Suisse), Biorad (qui vend un test développé par le CEA français) et Enfer (irlandais, non agréé en France à ce jour).

Quelle cible?
Les tests s’appliquent à tous les bovins de plus de 30 mois, au moment où ils sont conduits à l’abattoir, en l’absence de tout signe de santé défaillante.

Quels moyens?
La Commission européenne finance une partie de ces tests, à hauteur d’environ 100 francs (15 euros) par test, soit environ 20% du prix de revient moyen. Pour le reste, chaque pays doit mettre en place les moyens complémentaires -à la charge des abattoirs aujourd’hui en France- y compris sur le plan logistique et en terme de choix des laboratoires agréés à traiter les prélèvements. Une fois pris le régime de croisière, ce programme devrait représenter jusqu’à 20 000 tests par semaine en France.

Quels résultats?
On peut s’attendre à l’apparition de cas dans les zones jusque-là supposées indemnes de la maladie. Ces tests ne pourront cependant pas empêcher des animaux en phase d’incubation d’entrer dans la chaîne alimentaire. En effet, la détection de l’infection n’est possible que dans les derniers mois du développement de la maladie qui dure en moyenne cinq ans. Certains bovins -âgés de 30 à 40 mois- apparaissent négatifs au test alors qu’ils sont en période d’incubation, l’infection n’étant pas suffisante pour être mesurée. Le degré d’infectiosité de ces animaux devrait cependant être peu élevé, sous réserve d’un maintien efficace du retrait systématique des abats à risque.

Quelles conséquences?
La plus attendue serait le retour de la confiance des consommateurs envers la viande bovine, avec d’importantes retombées positives sur le plan économique et social. On peut aussi s’attendre à une augmentation des prix de détails de la viande de boucherie due à la répercussion du coût des tests.

*PHILIPPE DORISON
MARTHE MARANDOLA-COUSIN

Focus

"Tous les tests sont pratiqués post-mortem sur le cerveau et la moelle épinière de l’animal. Il n’existe pour l’instant pas de test utilisable sur le sang [...]. Les tests utilisés sont réalisés en moins de huit heures en moyenne. Un manipulateur en laboratoire peut réaliser des dizaines d’échantillons par jour. [...] Même si les tests laissent passer des animaux en période d’incubation, ceux-ci ne sont porteurs que de très petites quantités d’agents infectieux. C’est un gain de sécurité supplémentaire en plus de l’enlèvement des organes à risques."

Jacques Grassi, chef de service de pharmacologie et d’immunologie au CEA. Conférence du 12 décembre 2000.

Pour en savoir plus sur la crise de la vache folle et les autres dangers menaçant notre alimentation, voir notre dossier "Sûreté alimentaire" et la revue de presse du mois.

   

 

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