Le Changement Climatique en Questions

Dimanche 20 mai 2007, 17:26

Les problématiques du développement durable

in Académiciens, Actualités, Chercheur ]

developpement durable

Le débat continue sur le bog CES-Académies entres les académiciens, les spécialistes du CES et les citoyens ! Nous revenons, actualité oblige, sur les problématiques du développement durable, sur les questions de “décroissance”, sur la pertinence du développement de l’énergie nucléaire, et même sur le bien-fondé des causes anthropiques du changement climatique, après la publication du livre de Claude Allègre. Avec l’économiste Benjamin Dessus, le ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables Alain Juppé, et Marcel Boiteux, du Groupe CES-Académies-Climat, et membre de l’Académie des technologies. Extraits…

Nos vous proposons 4 points de vue, avec des liens Web pour en approfondir l’intérêt, et nous vous proposons bien évidemment d’en discuter ici.

Nous commençons avec une interview de Benjamin Dessus, ingénieur et économiste. Il préside l’association Global Chance qui regroupe des experts indépendants sur l’énergie et l’environnement. Il a débuté au labo de Marcoussis dans la physique avant de rejoindre EDF sur la centrale solaire Thémis. Il a participé à la création de l’Agence de maîtrise de l’énergie avant d’entrer au CNRS.

Question (Libération) : L’Allemagne, qui sort du nucléaire, accroît ses émissions de gaz à effet de serre…
- Elle sort du nucléaire, se lance dans les renouvelables et s’équipe de centrales à gaz. Pas étonnant qu’elle ait du mal à respecter l’engagement pris de réduire de 25 % ses émissions en 2012 dans le cadre de Kyoto ! Et ce ne sont pas les éoliennes qui vont la sauver ! Il lui faut un vaste plan de sobriété énergétique ! En France, où le nucléaire est omniprésent, il ne représente que 17 % de l’énergie finale consommée. Dire qu’il va nous sauver du changement de climat n’est pas raisonnable ! Tout passe par la sobriété et la maîtrise de l’énergie.

Lire l’article >>

Voir aussi :


Claude Allègre
, dans son dernier livre qui vient de sortir “Ma vérité sur la planète”, Edt. Plon , persiste et signe en estimant qu’il est inopportun pour l’avenir de notre société d’accorder le moindre crédit aux marchands d’illusions et tout aussi urgent de mettre un frein aux pleurnicheries écologiques.

Question (Le Matin) : Il y a à la base de l’agitation qui vous énerve une idéologie qui a inspiré le «Global Warning», un avertissement général, une prise de conscience à l’échelle de la planète, d’où découlent divers protocoles, dont celui de Kyoto, qui s’attaque aux émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas rien.
- Cette idéologie, c’est le refus du progrès. Je suis pour le progrès. Voyons ce qui se passe. Il y a d’une part un changement climatique. Il y a d’autre part, dû à l’homme, une augmentation du gaz carbonique dans l’atmosphère et, dans l’hémisphère nord, depuis trente ans, une certaine augmentation de température. Mais au dernier interglaciaire, il y a 20 000 ans environ, il faisait plus chaud qu’aujourd’hui. Ce qui me distingue de toute cette clique d’écologistes, c’est que je ne pense pas que ce changement climatique soit dû à 100% à l’homme. Autrement dit, ce n’est pas la réduction du gaz carbonique dans l’atmosphère qui empêchera que le changement climatique continue.

Lire l’article >>

En regard, voici le tout récent point de vue d’Alain Juppé, ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, reccueillit par le JDD :

“À échéance de 3 ou 4 décennies le nucléaire n’est pas la solution, mais il n’y a pas de solution sans le nucléaire. Il faut donc équiper la France de centrales de 3e génération, tout en travaillant à la 4e. Nombreux sont les écologistes qui en conviennent. Cela dit, il faut amplifier les programmes de développement des énergies renouvelables, solaire, éolienne, sans oublier les ressources de la bio-masse. Mais il faut surtout relancer avec force les politiques d’efficacité énergétique et d’économies d’énergie. Il y a là une marge de manoeuvre considérable. On sait aujourd’hui construire des maisons qui produisent quasiment toute l’énergie dont elles ont besoin. C’est un magnifique chantier.”

Lire l’article >>

Complèté sur RTL-LCI-LeFigaro : En matière de transports, M. Juppé a appelé les constructeurs automobiles français à “développer des voitures moins polluantes”: “Il faut qu’ils s’y mettent, aujourd’hui quand on veut une voiture hybride on fait comme moi, on va chez Toyota”, le constructeur de la Prius hybride. Il a jugé que la lutte contre le réchauffement climatique supposera de “s’attaquer aux transports aériens”. “On peut décider qu’on ne peut rien faire et que tous les lobbies vont se coaliser pour nous expliquer qu’il ne faut toucher à rien. Mais si on ne fait rien on va dans le mur”.
Voir aussi : le site Web du ministère

Enfin, pour Marcel Boiteux, du Groupe CES-Académies-Climat, et membre de l’Académie des technologies, le nucléaire, à lui seul, ne sauvera pas le monde, mais il peut contribuer utilement à freiner le changement climatique.

1. Sa place dans le bilan énergétique d‘un pays comme la France n‘est nullement négligeable (mais, dans les statistiques officielles, sa part - 17 % - est systématiquement sous-estimée faute de tenir compte des inégales pertes de rendement dans les usages finals).

2. Le nucléaire n‘est absolument pas condamné par nature à fonctionner “en base” tout le long de l‘année. C‘est pour des raisons économiques qu‘on fait appel à lui avant de mobiliser des centrales thermiques classiques, dont le kwh est plus coûteux. Ce qui est vrai, c‘est que son fonctionnement manque de souplesse instantanée : on peut prévoir de ne le faire fonctionner que pendant les heures pleines du matin, puis de l‘après-midi, mais on ne peut pas lui demander au dernier moment de renoncer ou d‘intervenir. Quant à la “pointe”, elle exige de toute manière des moyens spécifiques, barrages hydrauliques ou turbines à gaz.

3. Si l’énergie nucléaire avait continué à se développer dans les pays de l‘OCDE pour atteindre aujourd‘hui, non 78 % de la production d’électricité comme en France, mais seulement 50 %, les émissions annuelles de Co2 seraient réduites aujourd‘hui de 2,5 milliards de tonnes. Qui dit mieux ?

4. Cela dit, il est vrai qu‘après vingt cinq ans d‘arrêt des programmes nucléaires, l‘impact d‘une relance ne pourra commencer à devenir massif avant le même délai, soit vers 2030-2035. Raison de plus pour ne pas attendre.

5. Mais, de toute manière, le monde occidental - et l‘oriental bientôt - n’échappera pas à l‘obligation d‘aller vers des modes de vie plus sobres. Le nucléaire peut permettre de combler l’écart qui sépare les effets d‘une sobriété supportable, et consentie, de ceux d‘une sobriété de détresse, imposée par la force.

A lire en complément, l’édito du Sénateur honoraire René Trégouet :
Hydrogène et énergies renouvelables : la synergie énergétique de l’avenir

Photos, de gauche à droite : Power at Dawn, d’Alexander Abolinsh; São Paulo - Brasil, de Renato Cardoso

Commentaires

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Joel T.

Est-ce que la position de Claude Allègre n’est pas irresponsable ? Car en substance, n’est-ce pas dire aux gens “continuer de consommer à fond, rouler encore plus en polluant plus, car de toute façon nos activités ne sont pas responsables d’une augmentation de l’effet de serre…” Qu’il y aient d’autres facteurs méconnus, pourquoi pas, mais on ne peut pas jeter le bébé avec l’eau du bain !


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Réponse à Joel T. - 20/05/07 : 20h40

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MAGNIN

le problème avec Claude Allègre, c’est qu’il ne comprend rien.
D’abord il y a 20000 ans ce n’était pas interglaciaire, c’était glaciaire, un peu avant ou après c’était interglaciaire et je ne crois pas qu’il y avait plus de quelques millions d’habitants sur terre à cette période, ce qui fait une différence non négligeable avec les 6.5 milliards que nous sommes.
Ensuite il y a effectivement changement climatique (ça se passe comme celà depuis des centaines de milliers d’années) et augmentation des gaz à effet de serre, l’un n’est pas dû à l’autre, mais l’autre va amplifier l’un et raccourcir les délais de passage d’un état glaciaire à un état interglaciaire chaud, des changements se déroulant sur des milliers d’années permettent de s’adapter mais pas quand ça se déroule sur une centaine d’années.
Enfin, comme disait Jean Rostand “tous les espoirs sont permis à l’homme, même celui de disparaître”.


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Réponse à MAGNIN - 21/05/07 : 10h18

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JEesy

Plus de banquise en 2020 ? Et que se passera-t-il si c’est la fourchette haute de 5/6 degrés qui est atteinte ?

Selon les modèles climatiques, la banquise arctique disparaîtra pendant l’été d’ici à 2050 ou 2100. Or un nouveau calcul basé sur les mesures récentes et effectué par l’équipe de la climatologue Julienne Stroeve ( université du Colorado, Boulder ) montre que la banquise, observée en septembre, fond trois fois plus vite que ne le disent les modèles, ce qui avancerait de trente ans la date fatidique (Geophysical Research Letters, 1er mai 2007).


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Réponse à JEesy - 21/05/07 : 13h12

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Mauvéplan

Le réchauffement de la planète s’accélère et sa gravité dépasse maintenant les scénarios les plus pessimistes, a prévenu aujourd’hui le grand patron du protocole de Kyoto, Yvo de Boer. Donc oui, comme le dit Jessy, que se passera-t-il au dessus de 5 ou 6° ? Est-ce que les scientifiques du climat ont un scénario prévu ?

Dans un discours prononcé à Montréal dans le cadre de la Journée internationale de la biodiversité, M. de Boer a fait état d’une étude publiée quelques heures plus tôt par la National Academy of Sciences des États-Unis.

Selon le rapport, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté de 3,1 pour cent par année de 2000 à 2004, alors qu’elles n’avaient progressé que de 1,1 pour cent par année pendant les années 1990.

«Cela nous amène bien au-delà du pire des scénarios prévu par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, a estimé M. de Boer. Pour utiliser une mauvaise analogie, les changements climatiques sont maintenant passés à la vitesse turbo.»

http://www2.canoe.com/techno/nouvelles/archives/2007/05/20070522-181052.html


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Réponse à Mauvéplan - 24/05/07 : 1h17

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Simone

En 2003, un ministre chinois avait préconisé la création de 400 villes d’un million d’habitants d’ici à 2020. Dans la réalité, tout va tellement vite que plus personne n’ose avancer une cartographie prévisionnelle de l’urbanisation.

Le pays va devoir loger entre 350 et 450 millions d’urbains supplémentaires en moins de quinze ans !

Quand, dans quelques années, les revenus des foyers atteindront 6 000 dollars par an, le seuil pour l’achat d’une automobile, vous aurez un vaste réseaux de villages qui se transformera en économie urbaine.

Bon après, vous multipliez tout ça par deux avec l’Inde et nous avons ce qui s’appelle un gros problème de développement durable…

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-915362@51-912381,0.html


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Réponse à Simone - 28/05/07 : 2h51

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Fabrice Maupin

Sir Richard Branson - le flamboyant entrepreneur britannique offre 25 millions $ au scientifique qui développera un moyen de retirer les gaz à effet de serre (GES) de l’atmosphère.

Je propose de planter un arbre. Où est mon chèque?

D’accord, ce n’est pas aussi simple. Le gagnant doit pouvoir extraire au moins un milliard de tonnes de carbone de l’atmosphère chaque année. M. Branson a fait cette annonce un peu éblouissante aux côtés d’Al Gore, le militant environnemental le plus visible de la planète, en février.

http://www2.canoe.com/techno/nouvelles/archives/2007/05/20070523-123832.html


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Réponse à Fabrice Maupin - 29/05/07 : 1h10

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Hélène Stunt

Dixit Alain Juppé sur son Blog : Le Grenelle de l’environnement est bien parti ! Il précise entre autres qu’il faut trouver comment inventer une nouvelle “gouvernance écologique” : en réformant nos institutions ( conseil économique et social, commissions parlementaires…), en renforçant nos capacités d’expertise indépendante et en les mettant au service d’une vraie “démocratie écologique”, en nous dotant aussi de nouveaux indicateurs économiques qui permettent de mesurer les données de la “croissance écologique” etc…
Qu’en pensent les spécialistes du CES et les experts des Académies ?

http://www.al1jup.com/viewPost.php?id=311


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Réponse à Hélène Stunt - 30/05/07 : 23h24

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DI GIROLAMO

La meilleure façon de passer à côté de l’enjeu écologique c’est de noyer l’action et le raisonnement dans la complexité structurelle qui forme aujourd’hui notre système et se décline en de très nombreux secteurs d’activités et de savoirs.
Le fait d’abstraire un élément pour le soumettre au débat sans le relier à une vision politique globale à très long terme, noie le débat public en une infinité de sous débats (nucléaire, éolien, OGN, transports etc) qui sont en eux-mêmes insolubles isolément.
L’objet du débat public doit donc se recentrer sur la vision globale, étudier non les éléments mais l’ensemble.
L’épuisement des ressources, la dégradation et le dérèglement planétaire ne se résoudront pas par des mesures techniques ; on touche là à la culture, au sens de notre présence au monde, au domaine de l’esprit, de l’intelligence et de la volonté collective des peuples.
La condition de possibilité de cet effort citoyen c’est la création d’un outil de recherche et développement adapté méthodologiquement à ce travail.
Il faudra être capable de « tenir les deux bouts de la chaîne » :
- Continuer à gérer au mieux l’existant.
- Imaginer et expérimenter un système durable.

La première et indispensable étape de ce travail est l’expertise collective de l’état des lieux dans un cadre visible (médiatisé), participatif (mobilisation des citoyens) et officiel (légitimé et doté de moyens d’animation).


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Réponse à DI GIROLAMO - 05/06/07 : 7h52

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GEFFROY Alain

Bonjour,
j’ai fait installer un chauffe eau solaire, j’ai branché le lave vaiselle sur l’eau chaude, mais je ne touve pas de lave linge avec entrée eau chaude et eau froide. Il faudrait l’imposer aux fabricants comme on impose des normes anti-pollution pour les constructeurs de voiture.

merci de faire proposer cette loi par le ministre

Alain Geffroy


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Réponse à GEFFROY Alain - 16/06/07 : 14h36

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Laeti

Bonjour
Je pense que monsieur Allègre est irresponsable. Il confond des échelles de temps géologiques de 20 000 ans avec des enjeux climatiques de 30 ans. Il brouille le message qui est de dire que nous consommons trop par rapport aux ressources. Il ne s’agit pas de catastrophisme écologique mais de bon sens ! Dans de nombreuses cultures (nénètes, bushman, amazonie, nos ancêtres…) on prélève modérement à hauteur de ce que la nature peut régénérer…
Claude Allègre est un scientifique (à l’origine géologue) qui a une foi inébranlable dans le progrès. Il oublie dans nombre de ces réfléxions (agrocarburants, OGM…)les dimensions sociales, culturelles, éthiques…etc. Pour moi un progrès doit être aussi socialement accepté. Sa position d’expert qui méprise le bon sens commun est particulièrement désagréable. Il semble dire “ne soyez pas naifs, Hulot vous manipule, moi je sais” mais Monsieur Hulot n’est pas notre seule source d’info ! Que fait il du rapport du GIEC ? d’études de glaciologues ? d’écologues ? etc…
Non vraiment soyons réalistes le progrès ne pourra pas résoudre toutes nos bêtises. L’échec de l’expérience Biosphère a montré les limites de l’homme dans la création d’écosystèmes ! L’expérience a du être stoppée suite à la mortalité importante des participants !
Les écosystèmes de notre planètes sont complexes, ils ont mis des milliers d’années à trouver leur équilibre. L’homme fait partie de ce tout et sa survie dépend des écosystèmes qui l’entoure (air, nourriture…) La planète a environ 4,5 miliards d’année, l’apparition de la vie s’est faite entre 3,5 et 3,8 milliards d’années. Et là ça se dérègle en un siècle, comment peut on décemment considérer que l’homme n’est pas responsable d’un changement si brutal ?


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Réponse à Laeti - 19/07/07 : 14h42

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