Lundi 6 novembre 2006, 00:01
L’energie nucléaire, une solution ou un probleme ?
Les deux.
[ in Académiciens ]

Certains voient dans l’énergie nucléaire le successeur naturel du charbon et du fuel, trop encombrants, trop polluants, en voie d’épuisement. D’autres la refusent à cause des risques d’accident, des déchets à évacuer, des liens avec les armes nucléaires.
Et puis la radioactivité fait peur. Pour en juger objectivement, il faut d’abord savoir que la radioactivité – ce rayonnement qui pénètre partout et qui peut donner des cancers si on s’y expose trop fort ou trop longtemps – la radioactivité n’est pas un phénomène artificiel créé par les hommes. C’est aussi, c’est d’abord un phénomène naturel et universel. L’homme lui-même est radioactif, à hauteur de 8.000 à 10.000 Becquerels. Certaines eaux minérales des Vosges et du Massif Central le sont aussi (et s’en vantaient autrefois !). Les sous-sols de la Bretagne et du Massif Central, notamment, sont tellement radioactifs que les caves des maisons dépassent parfois les normes officielles – heureusement très prudentes.
Ces remarques préliminaires doivent conduire à examiner calmement, sans passion ni panique, les avantages et les inconvénients du nucléaire.
1. L’énergie nucléaire prend très peu de place : l’équivalent d’une centrale-type de 4 fois 1.300 MW (soit 5.200 MW, ou encore 5.200.000 Kw ) comme Paluel, dans la falaise normande, c’est la totalité des Houillères de Lorraine lorsque ces houillères étaient en pleine production (12 à 13 millions de tonnes par an), avec les centrales thermiques à installer et les trains ou bateaux à mobiliser pour les alimenter.
2. Elle ne pollue pas l’environnement : pas de rejets gazeux comme à la cheminée d’une centrale à charbon, ni plus ni moins de chaleur rejetée à la mer ou dans la rivière qu’avec une centrale à charbon.
3. Elle ne tue pas ? Abstraction faite de Tchernobyl, l’industrie nucléaire civile est la première industrie à n’avoir jamais tué personne depuis sa naissance. Ça ne s’était jamais vu. Et cela, parce que considérée comme dangereuse dès l’origine, toutes les précautions nécessaires ont été prises en temps utile. Reste Tchernobyl dont on a dit que ce n’était pas un accident nucléaire, mais un accident soviétique ; le fait est que cet accident fut la conséquence d’un cumul d’erreurs invraisemblables.
Mais peut-on dire qu’il n’y aura jamais d’accident dans des centrales convenablement exploitées ? Scientifiquement, aucun risque n’est nul : la question c’est de savoir si le risque est assez faible pour être d’un niveau acceptable. En l’état actuel des techniques le risque que chacun de nous, vous ou moi, a de mourir des suites d’un accident nucléaire est du même niveau que celui de mourir en recevant sur la tête une météorite. C’est un niveau de risque que nos sociétés acceptent … sans quoi nous ne circulerions que dans de solides souterrains.
Reste à parler maintenant des déchets des centrales, des risques terroristes, et des armes nucléaires
4. Les déchets. Certains sont inoffensifs et peuvent être utilisés dans des remblais ; d’autres voient leur radioactivité diminuer rapidement – et il suffit d’attendre ; certains, enfin, conservent très longtemps une forte radioactivité, et ce sont ceux-là qui font problème. Mais leur volume, leur poids est très faible : une famille moyenne produit trois tonnes d’ordures par an ; les déchets radioactifs gênants dont elle est statistiquement responsable n’excèdent guère chaque année la dizaine de grammes.
Ces tout petits volumes, il faut quand-même s’en débarrasser. La croûte terrestre étant pleine de zones radioactives plus ou moins enfouies dans le sol (c’est la radioactivité qui subsiste encore après les quelques milliards d’années au cours desquelles l’énorme radioactivité initiale de la boule de gaz dont est née la Terre a décru peu à peu, de millénaires en millénaires, de siècles en siècles), il faut imiter la Nature et son expérience millénaire en enfouissant nous aussi nos quelques déchets, aussi bien que possible, dans les profondeurs du sous-sol.
5. Les risques d’attentats. Tout est fait pour qu’on ne puisse approcher aisément d’une centrale avec de mauvaises intentions, et qu’il soit vraiment difficile de causer un accident. Le résultat, c’est que l’analyse coût/bénéfice doit normalement conduire un terroriste intelligent à chercher d’autres manières plus économiques de terroriser les populations. Mais un risque subsiste, dont la catastrophe de Tchernobyl donne la dimension extrême. D’où les interminables controverses sur le nombre de morts dus à cette catastrophe. Chargé de faire périodiquement une évaluation de ce nombre, un comité ad hoc de scientifiques de l’ONU a accepté, la dernière fois et pour en finir, de porter leur estimation de 1.000 à 4.000 décès (acquis et probables) pour être sûr de couvrir l’enveloppe des possibles. Les opposants aboutissent par des méthodes d’évaluation qui leur sont propres à 60.000, si ce n’est à 600.000 … Tout est là.
6. Les armes nucléaires. Il fut un temps où le plutonium obtenu par retraitement des combustibles nucléaires usagés (à La Hague) était indispensable pour construire une bombe. C’est d’ailleurs pour cela que le retraitement des combustibles avait été prévu à l’origine. Aujourd’hui, malheureusement, n’importe qui peut construire une « ultra centrifugeuse » dans son grenier pour produire de l’uranium très enrichi, équivalent au plutonium. Le nucléaire civil n’a donc plus, dorénavant, aucun lien significatif avec le nucléaire militaire, et renoncer à l’énergie nucléaire parce qu’il y a des bombes n’a pas plus de sens que de renoncer à la chimie pharmaceutique parce qu’il existe des armes chimiques.
Moralité : l’énergie nucléaire n’a pas que des avantages. Mais les réels problèmes qu’elle pose tiennent essentiellement aux risques terroristes (point 5) et – il faut penser à tout – au relâchement dans la « culture de sûreté » que pourraient susciter des désordres sociaux durables (point 3).
En contrepartie, elle ne prend pas de place, elle est abondante, peut être très rentable, et elle ne rejette pas de ce désastreux gaz carbonique qui nourrit l’effet de serre.
Marcel Boiteux, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques et ancien président d’EDF. Il a également présidé le Conseil mondial de l’énergie.
Photo : Joseph Zlomek (Centrale nucléaire de Limerick, USA)
Qu’en pensez-vous ? Donnez-nous votre avis…



Commentaires
(Envoyer un nouveau commentaire)6 novembre 2006 à 12h52
Est-ce que nous avons vraiment le choix ? Remplacer le nucléaire par le charbon, qui va d’ailleurs prendre de plus en plus de poids et donc dégager de plus en plus de co2 ?
Ne peut-on pas continuer le nucléaire en faisant très attention, notamment en renforçant la protection anti-terroriste, tout en développant à fond les énergies renouvelables?
Faire une sorte de pacte présent-avenir, l’énergie du soleil (nucléaire) à court terme et l’énergie solaire qui prendra le relais petit à petit…
Ni diaboliser, ni angéliser l’un ou l’autre.
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8 novembre 2006 à 19h09
Si tous les pays du monde passaient au nucléaire il y aurait une prolifération de transport de matière fissible, avec un risque d’utilisation terroriste… a dit Al Gore quand il est venu en France devant le Parlement. Il disait que tous les cas de trafic de produits dangereux ces dernières années se sont fait à partir de centrales civiles.
En plus les pays en développement qui n’ont pas les moyens de se payer de grosses centrales, comment peuvent-ils faire ? Y a pas de petites centrales je crois…
Quelles réponses avez-vous ?
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9 novembre 2006 à 2h07
L’énergie nucléaire est actuellement produite par 443 réacteurs répartis dans 31 pays et représente 15% de l’électricité mondiale, soit 368 gigawatts en 2005, rappelle-t-elle.
“Nous sommes dans une voie énergétique à la fois vulnérable, sale et chère”, a récemment expliqué l’économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol. Le nucléaire permettrait au contraire d’aller vers “un système plus propre, moins coûteux et plus sûr”.
Voir la dépêche AFP : Le nucléaire, une alternative face aux hydrocarbures chers, selon l’AIE
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13 novembre 2006 à 16h15
Peut on affirmer que l’énergie nucléaire est l’unique source du futur?Pourriez vous me repondre svp a mon adresse mail.Merci d’avance
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25 novembre 2006 à 17h18
bjr je suis lycéen j ai établie de nombreuse recherche sur le nucléaire pour un travaille scolaire j aurai bien aimé avoir d avantage de connaissance sur se sujet et en quoi cette énergie est elle sale
Pourriez vous me repondre svp a mon adresse mail cela me serai de grande utilité Merci d’avance
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21 mars 2007 à 17h43
Bonjour Maxime,
Je n’ai pas vraiment d’info pour toi. Je t’écris plutôt parce que je suis en train de faire une recherche sur le nucléaire et je me demandais si tu avais des trucs pertinents à partager avec moi.
niniletourneau@gmail.com
Merci
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25 novembre 2006 à 18h04
à Maxime : Vous pouvez déjà aller voir sur le site de l’Académie des technologies où vous trouverez
10 questions sur les déchets nucléaires
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30 novembre 2006 à 18h33
ca fait peur : La Russie va renforcer ses contrôles sur les avions des compagnies étrangères après la découverte de traces de substances radioactives dans deux avions de British Airways
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5 décembre 2006 à 1h53
Bonjour je fais un projt pour mon école et je voudrais savoir qu’elle sont les impact que l’énergie nucléaire aura sur le future de notre planète et sur nos enfants.
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5 décembre 2006 à 22h50
Vous ne traitez pas de la question du véritable coût du kW nucléaire
“Le coût du kW nucléaire doit prendre en compte les charges futures qui lui sont imputables”, en l’occurence, le démantèlement des centrales.
Quel véritable coût pour la nation ?
250 milliards d’euros ?
En attendant, prétextant une rentabilité absolue, le nucléaire empêche le développement des énergies alternatives en France.
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7 décembre 2006 à 22h07
1. L’énergie nucléaire prend très peu de place : l’équivalent d’une centrale-type de 4 fois 1.300 MW (soit 5.200 MW, ou encore 5.200.000 Kw ) comme Paluel, dans la falaise normande…
Il faut ajouter la place pour entreposer les déchets, une surface condamnée à vie, une concentration en production énergétique qui demande un réseau de distribution électrique conséquent, etc… etc…
Sous une éolienne, on cultive ! Pas en lieu et place d’une centrale et d’entrepôts de déchets.
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21 décembre 2006 à 12h39
“Le coût du KW nucléaire doit prendre en compte les charges futures qui lui sont imputables ».
Bien sûr, et on aimerait que toutes les autres industries soient aussi vertueuses. Car l’industrie nucléaire civile est bien la seule qui ait entièrement « provisionné sa fin de cycle », autrement dit, la seule qui, dès l’origine, ait mis de côté et incorporé dans ses coûts les sommes à prévoir pour pouvoir payer, le jour venu, le démantèlement pour les centrales, leur part de retraitement et d’évacuation pour les combustibles.
Que, malgré cela, les énergies alternatives soient beaucoup plus coûteuses, c’est dans la nature des choses. A puissance égale, il faut deux fois plus de béton et trois fois plus de métal pour construire des éoliennes que des centrales nucléaires. Mais comme une centrale nucléaire standard, à quatre tranches, a une capacité 5000 fois plus grande qu’une éolienne moderne, on perd le sens des ordres de grandeur !
Quant à la place à consacrer aux déchets, elle est tout à fait négligeable – c’est là encore une question d’ordres de grandeur – par rapport à celle, relativement modérée, des centrales elles-mêmes. Mais, quant au fond, c’est vrai, il faut en tenir compte.
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15 décembre 2006 à 18h55
Avec les réacteurs de génération IV surrégénérateurs sur lesquels des recherches sont en cours, et dont la mise en service industrielle pourrait avoir lieu dans les années 2020/2030, la production de déchets radioactifs sera considérablement réduite et la ressource uranium mieux exploitées. Mais, pour le démarrage de ces réacteurs, il faudra disposer de matière fissile, en particulier le plutonium qui est produit dans les réacteurs actuels.
Une autre voie consiste à utiliser le thorium à la place de l’uranium naturel et, dans ce cas, il faut aussi de la matière fissile, uranium 233 ou plutonium 239 pour démarrer le réacteur.
Le nucléaire (de fission) du futur s’inscrit ainsi dans la continuité du nucléaire actuel.
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19 décembre 2006 à 17h05
Mesdames Messieurs,
En ma qualité de secrétaire de la Fondation Relax-énergies 0%CO2, je vous contacte par rapport à l’extrême gravité de la situation de la Planète face au réchauffement climatique.
En effet, nous, I R C, disposons d’une technologie permettant la modification des moteurs thermiques de tous types, tous modèles, pour leur conversion vers un combustible propre , le Di-hydrogène (H2), injecté dans la chambre de combustion. (avec augmentation du rendement des moteurs de 20%)
Ce vecteur d’énergie (H2) ne peut être produit de façon massive sans émission de CO2 qu’à partir du nucléaire par procédé VHTR (Very High Temp.) de génération IV cycle Iode/Soufre avec un rendement de 50% environ.
Ce procédé nucléaire moins dangereux que les formes classiques, génère de la chaleur pour dissocier la vapeur d’eau à 950 °C et utilise des billes enrobées de thorium qui sont envoyés dans le réacteur comme combustible.
Super-Phénix, aurait pu faire la transition dans le cycle chaleur / hydrogène, et nous aurait permis de commencer la production de H2, mais on le démonte !
Il faudrait environ 50 centrales de 600MW pour satisfaire la demande en France et produire du Di-hydrogène et de l’ électricité, nécessaires, dans un même temps.
La société AREVA possède l’expertise et les plans pour cette configuration.
Actuellement, il est produit par reformage du pétrole avec dissémination massive du CO2, c’est absurde !.
D’autre part, le Di-hydrogène pourrait circuler dans les tuyaux de GDF mélangé au gaz de ville pour réduire à la fois les coûts et la pollution par le CO2, à l’usage des chaudières.
En ce qui concerne le stockage, le Di-hydrogène est aujourd’hui sécurisé et peut être retenu sous forme cryogénique dans des containers capables de le conserver 40 jours sans la moindre perte.
Je constate l’immense difficulté à promouvoir cette solution alternative, qui fait partie d’une piste potentielle et durable parmi d’autres technologies.
A cause de lobbies très puissants des financiers, de l’économie peu motivée au changement, de l’incompétence des décideurs actuels, des politiques qui ne s’impliquent pas, nous perdons du terrain sur la catastrophe qui nous attend.
Alors ? Pourquoi tant de résistances au progrès, de lenteurs, de sourde oreille, en d’autres termes, la Terre souffre et va nous le faire savoir avant 40ans !
Je vous contacte afin de savoir si nous pouvons agir ensemble, au plus vite dans l’intérêt général …
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28 mars 2007 à 16h06
“A cause de lobbies très puissants des financiers”!? Il me semble que ces lobbies sont plutôt ceux qui poussent au redémarrage du nucléaire, source de profits très alléchants!
Et il faudrait construire 50 centrales nucléaires uniquement pour pouvoir garder sa voiture individuelle. Ca laisse rêveur…
Désolé de vous le dire, mais la première absurdité est de présenter votre moteur thermique à carburant “propre” comme une solution d’avenir.
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27 décembre 2006 à 22h34
Monsieur Boiteux, vous dites que”le nucléaire civil n’a… aucun lien significatif avec le nucléaire militaire” Pourquoi y en irait-il différemment en Iran ?(une candidate à l’election présidentielle veut interdire à l’Iran d’investir dans le nucléaire civil sous pretexte que…etc )
Accepteriez vous qu’on enfouisse des déchets radioactifs dans le fond de votre jardin?
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10 janvier 2007 à 1h38
Le nucléaire civil « n’a plus aucun lien significatif avec le nucléaire militaire » ? Faisons un petit retour en arrière. Pour fabriquer des bombes, il faut avoir soit du plutonium, soit de l’uranium très enrichi (90 à 95 %). On peut enrichir l’uranium par voie gazeuse – c’est l’usine française de Tricastin : le procédé est intéressant pour les faibles enrichissements dont on a besoin pour faire de l’électricité (passer de 0,7 % à 3,5 %) mais son coût augmente de façon exponentielle avec le taux d’enrichissement souhaité, et il devient prohibitif au-delà de 10 %. Impossible par ce procédé de faire de l’enrichissement militaire. Mais, pour faire concurrence à Tricastin (et à la France), un consortium anglo-germano-hollandais s’est attaché – finalement avec succès – à développer un procédé concurrent : l’ultracentrifugation.
Le coût d’enrichissement est (était) un peu supérieur à celui de la voie gazeuse pour les petits enrichissements civils, mais il ne croît que proportionnellement à l’enrichissement souhaité, et l’ultracentrifugation constitue donc, avec la production d’uranium très enrichi, un procédé idéal de prolifération relativement discrète, et bon marché. Cela étant, quand pour alimenter son futur nucléaire civil l’Iran dépendait de l’usine française de Tricastin (dont il possédait une part de capital), pas de problème. Mais, dès lors que ce même Iran construit à tour de bras des ultracentrifugeuses, l’arme nucléaire arrive à sa porte. Le nucléaire civil n’y est plus pour rien, c’est du recours massif à l’ultracentrifugation que naît maintenant le risque de prolifération nucléaire.
Moralité : Mieux eut valu s’intéresser en temps utile aux menaces de l’ultracentrifugation. Maintenant il est trop tard.
Quant à savoir si j’accepterais qu’on enfouisse des déchets nucléaires durables dans mon jardin, la réponse est oui. Mais je n’ai pas plus envie que vous de voir s’accumuler chez moi les ordures du village : il y a des décharges et des usines de traitement pour cela, comme pour les déchets nucléaires courants à durée courte. La question importante est celle des déchets nucléaires à durée longue, qu’on enserre dans des enveloppes vitrifiées pour les enfouir en profondeur sous terre : qu’on veuille utiliser le sous-sol profond de mon jardin à cette fin me laisse parfaitement indifférent (je serai même intéressé par la redevance généreuse à laquelle j’aurai droit !).
Reste que, à poser une pareille question, vous semblez avoir une idée pas très flatteuse du sens des responsabilités des acteurs de la politique nucléaire de la France. Je ne me serai jamais lancé dans l’épopée nucléaire si je n’avais pas été assuré qu’on avait au moins une solution de base pour les déchets à long terme. Qu’on veuille chercher à faire mieux dès lors qu’il n’y a pas urgence (il faut que ces déchets « refroidissent » un peu avant d’être enfouis) est tout naturel. En déduire que si on cherche, c’est qu’on ne sait pas, relève de la simple polémique.
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28 décembre 2006 à 21h42
Marcel,
merci pour cet exposé.
quelques remarques:
- des centaines de futs radioactifs éventrés sur le site de la Hague (source ANDRA). La Manche servant de tout à l’égout, le Raz Blancard de chasse d’eau (cf conduite radioactive à la sortie de la Hague) . pour l’instant le stockage , c’est la galère…
- le cout de stockage est inconnu puisque les solutions de stockage sont inconnues, comme le sont les solutions stationnaires de recyclage du combustible. (cf site du CEA) Ayez le courage de dire simplement: oui nous faisons du nucléaire aujourd’hui, ce sera aux générations futures de s’ingénier à gérer les conséquences.
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30 décembre 2006 à 2h38
Pour la première fois, la Commission européenne commence à plaider pour cette source d’énergie, mais de façon suffisamment discrète pour ne pas heurter de front les Etats membres ayant programmé la fermeture de leurs centrales atomiques. De leur côté, des producteurs de gaz et de pétrole comme la Russie et l’Iran veulent développer l’atome civil pour produire leur électricité et réserver à l’exportation ces hydrocarbures qui assurent une grande part des rentrées de devises.
Climat : « Réchauffement du climat et pétrole cher relancent le nucléaire »
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4 janvier 2007 à 15h55
Cette ouverture à la discussion sur le nucléaire mérite de trouver un écho plus large. Le soi-disant débat mis en place il y a peu a été très silencieux pour le grand public. Aujourd’hui encore, votre démarche se révèle à demi-mot alors que cela est un enjeu planétaire. Vos explications s’en trouvent claires, simples, voire simplistes…
Qu’avez vous à cacher ? La complexité ? Les incertitudes ? Les risques ?
Seuls les doutes subsistent, des doutes qui s’accroissent quant on sait que le projet Iter a été validé. Les centrales nucléaires en activité se révèlent déjà obsolètes et le modèle de remplacement n’en est qu’à l’état de recherche !
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11 janvier 2007 à 13h59
La clarté n’est pas vraiment un défaut ! Au surplus, il s’agissait aussi de pouvoir être lu et compris par des élèves de terminale et de « prépa ». Mais, pour être court et clair, il faut faire l’effort d’aller à l’essentiel, et donc prendre le risque d’écarter les nuances ou les détails secondaires… et de se le faire reprocher. Je prends le risque, quitte à être ensuite plus explicite en réponse aux questions ou objections ultérieures qui seraient suscitées par mon texte. En tout cas, je n’ai rien à cacher.
Les centrales en activité sont obsolètes, dites-vous, et le modèle de remplacement n’en est qu’à l’état de recherche ? On ne peut d’un coup de baguette magique effacer vingt-cinq ans d’arrêt des programmes nucléaires. La reprise sera progressive et c’est seulement dans une trentaine d’années que l’énergie nucléaire, si l’on veut de nouveau tabler sur elle, pourra reprendre une place importante, si ce n’est décisive, dans la production occidentale d’électricité et la lutte contre l’effet de serre. (Comme je l’ai indiqué dans une autre réponse, le refus du nucléaire dans les pays de l’OCDE coûte d’ores et déjà à la planète, chaque année, l’émission de deux milliards et demi de tonnes de Co2 !).
Cela posé, vos doutes subsistent, dites-vous. Lesquels ? Nous sommes là pour essayer d’y répondre… clairement, soit en les dissipant, soit en les partageant.
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11 janvier 2007 à 20h06
Vous dites que l’homme est radioactif naturellement. Pensez-vous sérieusement que vous allez démocratiser l’énergie nucléaire avec de tel propos ? Votre article n’est pas objectif, mais très orienté. Heureusement qu’il existe des ONG qui peuvent contredire vos propos.
Merci
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17 janvier 2007 à 21h22
Mon « article » n’est pas objectif, dites-vous. On ne peut en discuter si vous ne me dites pas ce que vous contestez. Il existe des ONG, heureusement, « qui peuvent contredire mes propos » ? Bien sûr. Mais sur quels points ? Après tout, l’Académie des Sciences morales et politiques, qui m’a délégué sur ce blog, est aussi une ONG. Et depuis le temps que je n’appartiens plus qu’à moi-même, je suis aussi une ONG : si vous voulez consulter ma « profession de foi » sur le développement durable, reportez-vous à mon discours présidentiel sous la coupole de l’Institut, le 18 novembre 2002, à l’adresse courriel :http://www.asmp.fr/travaux/solennelles/president/2002_boiteux.html.
Quant au fait que l’homme soit naturellement radioactif, le reconnaître a beaucoup plus d’importance que vous ne semblez l’admettre. D’abord parce que les radioactivités dénoncées dans la presse en Provence ou ailleurs en France, suite à Tchernobyl, sont du même ordre de grandeur. Mais surtout parce que l’admettre, c’est constater qu’il existe à un certain niveau un seuil au-dessous duquel la radioactivité est sans danger. Et s’il existe un seuil en fait, même s’il n’existe pas en droit, tout change pour le calcul des conséquences des catastrophes.
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14 janvier 2007 à 1h14
Marcel Boiteux : “il faut imiter la Nature et son expérience millénaire en enfouissant nous aussi nos quelques déchets, aussi bien que possible, dans les profondeurs du sous-sol”.
Je ne comprends pas cette phrase. Merci.
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14 janvier 2007 à 1h23
Marcel Boiteux : “Le résultat, c’est que l’analyse coût/bénéfice doit normalement conduire un terroriste intelligent à chercher d’autres manières plus économiques de terroriser les populations.”
Et si le terroriste n’a pas cette intelligence ?
(le sont-ils tous ?)
Suite aux attaques du 11/9 à New York, la France a lancé un programme de recherche sur le comportement du béton soumis a de fortes contraintes. Où en sont les recherches ? L’enceinte d’un réacteur nucléaire peut-elle résister à l’impact d’un boeing chargé au maximum en kérosène ?
“GIGA, une machine d’essais unique au monde pour tester la résistance du béton à des contraintes extrêmes. (…) Avec une production de 1 m3 par an et par habitant, le béton est aujourd’hui le matériau le plus utilisé, notamment pour les barrages, les ponts, les tunnels, les bâtiments, les complexes industriels, les centrales productrices d’énergie et de nombreux ouvrages de protection. Son comportement mécanique, très complexe, reste toutefois mal connu, en particulier dans les situations violentes de chocs, d’impacts, de vibrations, de souffles… (…)”
Sur le site de la DGA : GIGA, une machine d’essais unique au monde pour tester la résistance du béton à des contraintes extrêmes.
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22 février 2007 à 12h53
Bonjour a tous
j’aurais besoin (urgemment) d’une petite aide…
Je travaille sur un dossier sur le nucléaire et je cherche a apporter des preuves pour montrer que l’énergie nucléaire est une énergie durable.
Pourriez vous me donnez des infos?
Merci infiniment de votre aide
Guilhem
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14 mars 2007 à 17h31
Quels Seraient les solutions dans l’ésprit du développement durable dans le cas de l’énergie nucléaire du côté de l’usage et des consommateurs?
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16 mars 2007 à 20h24
L’énérgie nucléaire exprimée en électricité est la seule énergie qui pourra faire face à la demande générée par le développement des pays émergeants.
L’électricité non polluante et sans masse est particulièrement adaptée aux besoins énergétiques individuels,domestiques et industriels
La mobilisations des ressources nécessaires aux recherches liées à la valoristion des déchets nuclèaires et au développement du stockage de l’électricité devrait aparaitre comme la priorité absolue pour les pays du G8.
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28 mars 2007 à 15h57
1. L’énergie nucléaire prend très peu de place : Il ne me semble pas que cela réponde à un problème majeur, mais soit.
2. Elle ne pollue pas l’environnement : pourtant les centrales françaises ont dû bénéficier d’une dérogation pour pouvoir rejeter dans les cours d’eau plus de chaleur qu’il ne leur était autorisé durant la canicule de 2003. Comment gérer les événements similaires qui vont se multiplier dans l’avenir? Une seule solution, abaisser les normes de rejet de chaleur, au détriment de la faune et de la flore des cours d’eau concernés.
3. Elle ne tue pas ? Tchernobyl a quand même fait un gros paquet de victimes, à moins qu’on s’en tienne aux statistiques ukrainiennes, pardon onusiennes, scandaleusement sous-évaluées (voir le point 5). Et à côté des décès n’oublions pas ceux qui survivent en ayant perdu la santé, ceux qui sont nés malformés et ceux qui sont encore à naître dans le même état. Quant à la notion d’accident soviétique qui ne pourrait pas arriver chez nous, c’est être bien présomptueux de supposer que nos Etats resteront démocratiques, stables et performants pour l’éternité. De plus il me semble que la catastrophe a été évitée de peu à Three Miles Island, USA, et que le japon a lui aussi déjà connu une sérieuse alerte.
« Chez nous », un facteur d’insécurité a déjà commencé à faire son oeuvre, c’est le recours à la sous-traitance qui a pour effet de confier l’entretien des centrales à de la main-d’oeuvre sous-payée et sous-qualifiée. Et quand ce n’est pas la sous-traitance qui est en cause, c’est la pression sur les conditions de travail qui provoque chez les travailleurs du secteur un taux de suicide qu’on ne voit nulle part ailleurs. Plus les impératifs de compétitivité et de rentabilité se renforcent, plus il sera difficile de maintenir un bon niveau de sécurité. Et devinez dans quel sens souffle le vent dans notre société d’économie de marché?
4. Les déchets. C’est peut-être ce problème-là qui effectivement engendre le plus de réactions irrationnelles car émotionnelles. Le fait est que personne ne veut voir les déchets nucléaires enterrés derrière chez soi et qu’il faut bien prendre en compte ce phénomène de NIMBY.
5. Les risques d’attentats. « Tout est fait pour qu’on ne puisse approcher aisément d’une centrale avec de mauvaises intentions, et qu’il soit vraiment difficile de causer un accident ». Vraiment? Je vous signale que les militants de Greenpeace sont montés sur la tour de la centrale de Tihange, en Belgique, à l’automne 2006, au nez et à la barbe des autorités, pour y peindre une grande fissure et y déployer une banderole. Inutile de préciser que l’association n’avait pas demandé à avoir accès au site.
6. Les armes nucléaires. Dire que le nucléaire civil n’a plus aucun lien significatif avec le militaire, c’est faire peu de cas de l’argumentation de pays comme l’Iran qui peuvent développer le nucléaire militaire en prétextant avoir droit au nucléaire civil. Obsolète ou pas, cet argument embarrasse les diplomaties, et prolonge de facto la responsabilité du second dans le développement du premier.
Moralité : Voilà le mot-clé! Malgré tous les inconvénients cités ci-dessus, le noeud du problème n’a pas encore été abordé. En effet, si après des années de recul le nucléaire civil reprend vigueur aujourd’hui, c’est bien parce qu’il apparaît comme un moyen de continuer à alimenter la locomotive du développement insoutenable en espérant éviter l’obstacle du réchauffement climatique. Espoir vain, car il serait inconcevable de construire suffisamment de centrales pour garder nos habitudes de consommation sans rejeter de gaz à effet de serre (soi-dit en passant, la construction d’une centrale génère BEAUCOUP de gaz à effet de serre. Et comment exploite-t-on et transporte-t-on le minerai d’uranium? Ceci pour dire que l’affirmation « elle ne rejette pas de ce désastreux gaz carbonique » est fausse). D’autre part, le ménage énergie nucléaire – énergies renouvelables ne fonctionne pas, les modes de production et la philosophie de chacun étant antinomiques. Les budgets colossaux nécessaires à la construction de nouvelles centrales nucléaires sont autant d’argent en moins pour le développement des énergies renouvelables, dont le potentiel est loin d’être exploité. En exagérant à peine, on pourrait dire que le nucléaire s’oppose aux renouvelables comme les ogm s’opposent à l’agriculture biologique.
Surtout, en plaçant nos espoirs dans le nucléaire, nous nous dédouanons de l’effort nécessaire pour enfin développer une société basée non plus sur l’accumulation et le gaspillage, mais sur la sobriété et le partage des ressources. C’est pourtant cette voie-là qu’il nous faudra prendre, de gré ou de force. Alors pourquoi pas maintenant et en gardant le contrôle sur le processus de changement?
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2 avril 2007 à 0h12
Voir des réponses plus complètes à vos commentaires de M. Marcel Boiteux, sur le nouveau billet :
Énergie nucléaire et climat : le débat continue
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