Vendredi 16 mars 2007, 20:11
État des lieux : signes de réchauffement répétés
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“L’état d’urgence est décrété”. Voilà ce qui ressort du lancement de la quatrième Année polaire internationale (API 2007-2008), organisée sous l’égide du Conseil international des sciences et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Les travaux se dérouleront sur deux ans, de mars 2007 et mars 2009, ce qui permettra d’“étudier un cycle entier Arctique-Antarctique sur deux saisons complètes”, explique Yves Frenot, directeur adjoint de l’Institut Paul-Emile-Victor (IPEV, à Brest). Désormais, les climatologues reconnaissent que les calottes polaires jouent un rôle majeur dans la régulation du climat planétaire.
D’où la “nécessité d’une collecte de données fiables sur ces régions”. “Les glaces des pôles sont les témoins privilégiés de nos méfaits sur l’environnement, précise Claude Lorius, président du comité français de parrainage de l’Académie des sciences. Les chercheurs sont particulièrement attentifs à la fonte du Groenland, qui aurait de graves conséquences sur l’élévation du niveau de la mer et sur les courants marins, avec un ralentissement possible du Gulf Stream. L’explorateur Jean-Louis Etienne rappelle que “si le rétrécissement de la banquise arctique se poursuit au rythme actuel, elle pourrait disparaître totalement en été à l’horizon 2050″. Le médecin des pôles est d’ailleurs interviewé sur le site Web de la Cité des sciences et de l’industrie qui vient d’ouvrir une exposition “Pôle Nord-Pôle Sud” (jusqu’au 30 juin), accompagnée de nombreuses rencontres et conférences.
Ces derniers mois nous avons vécu un record mondial de chaleur puisque les températures mondiales répertoriées entre décembre et février ont été, en moyenne, supérieures de 0,72°C à la moyenne du XXe siècle. L’Europe a connu son hiver le plus doux depuis le début des relevés météorologiques fiables, soit une centaine d’années, entraînant floraisons précoces et avancée de certaines récoltes, dérangeant les cycles des animaux et faisant planer une menace de sécheresse.
En France comme ailleurs les records de douceur sont battus : l’Italie a connu son hiver le plus doux depuis 1800, selon l’Institut des sciences de l’atmosphère et du climat (Isac) de Bologne, avec 2,27° C de plus que la moyenne 1961-1990. À Stockholm le thermomètre affichait 10 degrés mercredi alors que l’an dernier à la même date, il faisait moins dix avec 20 cm de neige au sol. Aux Pays-Bas, où les récoltes de blé d’hiver ont près d’un mois d’avance, les chercheurs en environnement de l’université de Wageningen aux Pays-Bas pointent le risque de virus pour les champs de céréales en raison du développement des pucerons. La faune est également perturbée. En Autriche, les crapauds de Styrie ont entamé leur migration printanière avec quinze jours d’avance, risquant ainsi de se faire écraser en route, rien n’ayant encore pu être mis en place pour les protéger. En Hongrie, les cigognes sont déjà revenues d’Afrique.
Enfin, selon une étude scientifique récente d’une équipe internationale menée par Frédéric Gazeau, chercheur à l’Institut néerlandais d’écologie, les huîtres et les moules, dont l’élevage génère des milliers d’emplois sur les côtes françaises, sont menacées par l’acidification des océans découlant de l’augmentation des rejets de gaz carbonique.
PS : À noter que L’Académie des technologies est Établissement Public Administratif depuis le 6 décembre 2006 (Journal officiel), une étape essentielle pour la reconnaissance de l’Académie a donc été franchie.
Photo : Image satellite de la NASA montrant la couche de glace au pôle nord le 21 septembre 2005. Les satellites se révèlent comme les meilleurs observateurs de l’évolution des pôles face au réchauffement climatique, même si les instruments actuellement embarqués ne permettent pas encore de mesurer avec précision tous les aspects de la glace. AFP/Nasa/Arch.



Commentaires
(Envoyer un nouveau commentaire)17 mars 2007 à 21h22
Vu qu’il y a peu de chances que la situation ne s’améliore, est-ce que la proposition de M. Boiteux, pour embêtant qu’elle paraisse à cause des risques du nucléaire, n’est pas la plus rationnelle pour assurer un développement à grande échelle, cad à 9 milliards, de conserve avec le développement des énergies renouvelables ? Etre contre l’EPR n’est-ce pas simplement inconséquent ?
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19 mars 2007 à 11h51
L’EPR n’apporte rien aux technologies existantes, qui elles même n’apporteront pas grand chose aux 9 milliards de futurs habitants (à moins de construire des milliers de centrales dans les pays du sud et des milliers de lignes à haute tension et d’aller chercher sur une autre planète le combustible nucléaire qui sera vite épuissé sur terre) à part pour l’industrie nucléaire française.
La solution pour l’effet de serre et les terriens est dans la sobriété et les énergies renouvelables : voir la démarche Négawatt
http://www.negawatt.org/
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26 mars 2007 à 13h12
On y va ? Soit. Mais où ? Il est vrai en tout cas qu’EPR n’apporte pas d’amélioration notable aux techniques existantes, et continue notamment à n’utiliser que 0,7 % de l’uranium extrait – les autres isotopes étant stockés pour alimenter plus tard les filières nouvelles. En tout état de cause, les réserves de matières premières nucléaires sont considérables. Après l’uranium, nouveau ou récupéré, on passera au thorium le moment venu, etc ….
Il faudra des milliers de centrales et (de km) de lignes à haute tension pour faire face en 2050 ? Peut-être. Mais sinon, ce sera des milliards d’éoliennes et de km² de panneaux solaires … et des lignes quand-même, et des centrales aussi – fossiles et/ou nucléaires – pour alimenter les industries et secourir les énergies locales, non garanties.
Autrefois, les effectifs de l’espèce humaine étaient régulés par la famine et la maladie. En s’extrayant de ces équilibres naturels grâce aux progrès de la Science, l’Homme a échappé à la cruauté de ces régulations ancestrales. Mais il n’a pas su y substituer à temps de nouvelles régulations volontaires, et l’espèce humaine a envahi le monde. 1 milliard d’individus au début du XIXème siècle ; 1,5 milliards au début du XXème ; 6 milliards au début du XXIème … Les démographes annoncent un plafonnement, vers le milieu du siècle, aux alentours de 9 milliards. C’est beaucoup :
- 9 milliards d’hommes prospères « à l’occidentale », la Terre le supportera très mal, à supposer qu’elle y parvienne : vu de maintenant, cela paraît impossible. Il faudra en tout cas recourir massivement à toutes les formes de ressources nouvelles, nucléaires notamment.
- 9 milliards de miséreux, suite à des guerres intestines et à l’effondrement de nos vieilles civilisations minées par l’intolérance, la violence et la bêtise ? La Terre saura faire. Mais ce n’est pas vraiment un idéal.
- Entre les deux, il y a quand-même la possibilité d’imaginer un avenir vivable, et d’y faire face, avec du bon sens, une sobriété acceptée … et du nucléaire aussi.
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18 mars 2007 à 19h00
Bonjour, je viens de lire une page de réponse de Jean-Marc Jancovici aux propos de M. Allègre parus dans Le Monde du 26 octobre 2006. Qu’en pensent les académiciens ? Que s’est-il passé lors de la réunion récente à l’Académie des sciences sur cette polémique ? Merci de nous éclairer.
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19 mars 2007 à 11h53
Climatologues - Allègre Team 10-0
Terrain: bon, éclairage: satisfaisant, temps: glacial
Spectateurs: n.c.
Arbitre: Académie des sciences
Buts pour Climatologues:
Hervé le Treut (5e, 24e, 43e, 59e, 78e, 88e), Édouard Bard (19e, 65e, 71e, 80e)
Pas d’incidents.
Le fait du match: l’absence remarquée et courageuse du capitaine de l’équipe Allègre Team: Claude Allègre lui-même.
Voir l’article de Libération :
http://www.liberation.fr/actualite/sciences/240724.FR.php
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19 mars 2007 à 17h40
En tablant sur un réchauffement compris entre 2 et 4,5 degrés au-dessus des valeurs de 1990, les scientifiques évaluent entre 1 et 3,2 milliards le nombre d’humains touchés par des pénuries d’eau. Et pendant de temps là, au sommet du G8 + 5 consacré à la lutte contre le réchauffement climatique, qui s’est tenu à Potsdam (Allemagne), les 16 et 17 mars, les USA font tojours la sourde oreille. Et la Chine, dont les émissions de gaz à effet de serre égaleront celles des Etats-Unis vers 2015, rejette aussi les accusations d’immobilisme : “Je doute du droit des pays industrialisés, qui n’ont pas rempli leurs propres engagements dans la réduction du CO2, de critiquer les autres pays”, a affirmé au Bild am Sonntag le chef de la délégation chinoise.
Tout ça est bien parti
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19 mars 2007 à 17h55
Oui, je suppose que vous faites référence au nouveau rapport du GIEC (en discution) : En tablant sur un réchauffement compris entre 2 0C et 4,5 0C au-dessus des valeurs de 1990, les scientifiques évaluent entre 1 et 3,2 milliards le nombre d’humains touchés par des pénuries d’eau (avec un degré de confiance “moyen”). Des “centaines de millions de personnes” seront menacées par la hausse du niveau des océans. Si le réchauffement atteint 4°C, un cinquième de la population mondiale pourrait être confrontée à des inondations. Une broutille…
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21 mars 2007 à 18h58
Face à tant d’évidences, le représentant du lobby des énergies fossiles qui a “privatisé” la présidence des Etats-Unis sera-t-il un jour poursuivi pour crime contre l’humanité ??
La question mérite d’être diffusée.
David
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22 mars 2007 à 4h34
L’ancien candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, Al Gore, s’est livré mercredi à un vibrant plaidoyer en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, face au Congrès américain.
Al Gore est l’une des personnalités plébiscitées par les grands électeurs pour l’investiture démocrate bien qu’il ait dit ne pas souhaiter se présenter. Quelques semaines après son passage triomphal à la 79e cérémonie des Oscars où son documentaire sur le changement climatique, “Une vérité qui dérange” a remporté deux récompenses, Al Gore a attiré les foules lors de son discours sur ce qu’il a qualifié de “véritable urgence planétaire” devant la Chambre des représentants et le Sénat.
Il s’est inscrit en faux contre une approche politicienne ou partisane du problème climatique, mais a essuyé les critiques des Républicains qui n’ont pas manqué de mettre en doute son engagement personnel pour réduire les dépenses énergétiques et le substrat scientifique de son film.
“Vous n’êtes pas juste un peu à côté de la plaque, vous vous trompez complètement”, a ainsi déclaré le représentant du Texas Joe Barton, président républicain de la commission du commerce et de l’énergie, contestant les conclusions d’Al Gore qui attribuent l’augmentation des températures globales aux émissions de dioxyde de carbone. L’échange entre les deux hommes a été particulièrement houleux: Barton a fini par demander à son interlocuteur d’en venir au fait, lequel lui a répondu qu’il apprécierait de pouvoir prendre le temps de répondre sans être interrompu.
“Les connaissances sur le réchauffement global sont inégales et évoluent”, a plaidé Barton.
Le lien entre émissions de CO2 et réchauffement est admis par tous et fait l’objet d’un consensus parmi la communauté scientifique, a pour sa part insisté Al Gore.
“Le planète a de la fièvre”, s’est-il alarmé. “Si votre bébé a de la fièvre, vous allez chez le docteur. Si le docteur vous conseille d’intervenir, vous ne répondez pas ‘Heu, je suis en train de lire un roman de science-fiction où il est écrit que ce n’est pas grave’ (…) Vous agissez.”
Dialogue édifiant je trouve, car bien sûr, comme certains scientifiques français persistent à le dire “nous n’y sommes pour rien”…
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22 mars 2007 à 11h55
Hello
Il suffit de rappeler que la plupart des scientifiques qui refusent la réalité du changement climatique (de-en-nombreux) sont liés par des financements de groupes petroliers.
Ils vont peut etre rétorquer que l’hiver le plus doux depuis deux cents ans n’est du qu’aux mauvais thermomètres fabriqués en Chine.
David
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23 mars 2007 à 0h30
Oui, c’est comme la canicule de l’été 2003 qui a fait plus de 70.000 décès supplémentaires en Europe, d’après Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) qui coordonne le projet CANICULE, financé par l’Union Européenne, dont émanent ces données. Encore le hasard… décidemment…
http://fr.news.yahoo.com/22032007/202/canicule-l-ete-2003-a-fait-plus-de-70-000.html
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23 mars 2007 à 1h49
Nouvelle conséquence du réchauffement climatique : la dégradation des récifs coralliens. L’élévation de la température des eaux marines engendre le blanchissement, voire la mortalité des coraux.Le Giec (groupement intergouvernemental d’experts sur le changement climatique) affirme même qu’avec une élévation de la température des océans de 2 à 3 degrés par rapport à 1990, les coraux seront exposés à une « mortalité de grande échelle ».
Bernard Salvat, professeur à l’université de Perpignan, spécialiste de l’écologie tropicale, est alarmiste : « Sur une surface totale de 600 000 km² de récifs et lagons, on estime que 20 % des récifs coralliens ont été irrémédiablement détruits ou présentent peu de chances de récupération, 25 % sont dans un état critique, 25 % sont menacés, 30 % seulement sont dans un état satisfaisant ».
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23 mars 2007 à 13h13
Le médecin des pôles - Jean-Louis Etienne - cité dans l’article m’a accordé une interview audio. La première partie est en ligne sur mon blog: http://surterre.typepad.fr
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