Une nouvelle vision du monde

Une nouvelle vision du monde

Portrait de Newton
Portrait de Newton

L'émergence d'une science moderne


L’héliocentrisme a d’abord été une affaire germanique, inaperçue du monde catholique bousculé par la Réforme. Simple hypothèse de calcul, l’héliocentrisme permet néanmoins aux savants de la première génération, celle qui suit la mort de Copernic, de poser les questions cosmologiques essentielles et de modeler peu à peu d’autres systèmes du monde, qui trouveront un premier aboutissement avec les travaux de Kepler. Mais, ces nouveaux systèmes ne se dotent pourtant pas d’une nouvelle physique terrestre. Il faudra attendre Galilée pour assister à « une mathématisation » de la science et une défense du copernicianisme devant les autorités religieuses. C’est dans ces brèches ouvertes par ces figures du XVIe siècle ou du XVIIe siècle naissant que des savants et philosophes comme René Descartes (1596-1650) et plus tard Isaac Newton (1643-1727) vont s’engouffrer pour proposer une vision du Monde qui abolit la distinction entre physique terrestre et physique céleste et permettre ainsi l’émergence d’une science moderne.



Portrait de Descartes
Portrait de Descartes

En 1633, apprenant la condamnation de Galilée, Descartes renonce à publier son Monde, véritable traité de cosmologie s’appuyant sur la théorie copernicienne et dans lequel il tente une explication des phénomènes de la nature et qui l’amène à revoir le cosmos hiérarchisé aristotélicien. Il reprendra l’essentiel de son propos dans les Principes de philosophie en tentant de donner une explication causale de la formation de l’univers.


Alors qu’il est âgé de quarante-quatre ans, Newton publie ses Philosophae naturalis principia mathematica (1687) dans lesquels il introduit la loi de la gravitation universelle qui permet la synthèse des travaux engagés depuis Galilée. En soumettant à cette loi les phénomènes célestes et terrestres, Newton comme Descartes applique les mêmes principes à la terre et au ciel. Le cosmos hiérarchisé d’Aristote est définitivement détruit.  La période qui démarre avec la publication du De Revolutionibus de Copernic, en 1543, et qui traverse le XVIIe siècle est-elle le théâtre d’une « Révolution Scientifique » ?


 

La révolution scientifique en question


La question a contribué à alimenter un débat philosophique et historiographique qui s’ouvre dés le XVIIIe siècle. On peut, pour en donner quelques éléments, citer les historiens des sciences du début du XXe siècle que furent Pierre Duhem (1861-1916) et Alexandre Koyré (1892-1964.)



Pierre Duhem considère en effet que la physique de Galilée est dans la continuité des philosophes parisiens du XIVe siècle. Il réfute ainsi l’idée d’une « révolution scientifique » en tant que changement brutal et qui serait l’œuvre d’un ou de plusieurs génies sans précurseurs. Pour Alexandre Koyré, en revanche, il y a bien une « révolution » (au sens de rupture) qui se produit avec Galilée et Descartes, mais qui avait certes était préparée « par un long effort de pensée ». Cette « révolution » se traduit notamment par la fusion entre physique terrestre et physique céleste.


 Depuis Thomas Kuhn (1962), les historiens ont pensé autrement qu’en terme de rupture, mais davantage en termes de changement de paradigme, qui peut être conçu comme un ensemble de règles admises par une communauté savante et permettant de résoudre des énigmes scientifiques. Par ailleurs, dès le XVIIIe siècle, l’idée d’une « révolution scientifique » a largement été associée à un cadre géographique précis, l’Europe occidentale, et à une discipline, la physique et plus particulièrement la mécanique. Or, si l’on prend en compte d’autres lieux et d’autres disciplines, comme les sciences de plein air (la botanique qui se pratique à travers l’ensemble du globe et notamment l’Asie, ou encore la cartographie), la notion de « révolution scientifique » peut s’en trouver modifiée.


La question reste ouverte.


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