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Mon frère Arnaud était non seulement un grand sportif
mais aussi un visionnaire et un explorateur. Un visionnaire des modes de
vie et des tendances de demain et un explorateur de notre planète
ainsi que des futurs possibles. Vingt ans avant tout le monde il avait
compris l’extraordinaire développement des sports de glisse en contribuant,
notamment, à la promotion du surf, du windsurf, du Hobie Cat et
du speed-sail.
Avant tout le monde il avait su utiliser les outils nomades de la communication.
Il est la première personne que j’aie vue utiliser le prototype
d’un walkman avant sa commercialisation. Muni de cet appareil beaucoup
plus encombrant que ceux d’aujourd’hui, il descendait à ski les
pentes de Davos au rythme des Rolling Stones.
Arnaud avait compris que la communication passe par l’émotion
et les expériences partagées. D’où sa passion et ses
reportages sur les maharadjas, les diamants, les requins et, surtout, sur
les détroits qui le fascinaient et dont il réalisait les
traversées sur sa planche à voile. Behring, Cuba, Sakhaline,
sans oublier Gibraltar et la Manche, ainsi que le détroit de Taïwan
qui devait lui être fatal. Il soutenait que les détroits éloignent
et rapprochent à la fois par la géographie et la politique.
Il se voulait être un pont entre les incompréhensions politiques
et culturelles en réalisant ses célèbres traversées
sportives mais, pour lui, particulièrement symboliques.
Arnaud était un vrai « pro ». Minutieux, rigoureux,
efficace dans la préparation de ses équipements. Il passait
des journées entières à discuter avec les fabricants
pour adapter le matériel à ses besoins, à ses contraintes.
C’est ainsi qu’il a inventé, avec Michel Barland, une planche à
voile habitable grâce à un dinghy étanche fixé
sur la planche et dont se sont inspiré par la suite plusieurs sportifs
de l’extrême dans leurs traversées de l’Atlantique ou du Pacifique.
Avec des ingénieurs de la NASA, il a mis au point le cerf-volant
qui l’a propulsé lors de sa traversée des îles Marquises
à Ahé. On peut donc considérer qu’Arnaud est l’un
des inventeurs du kite-surfing.
Qui serait Arnaud aujourd’hui, à près de soixante ans
! Je pense que son enthousiasme serait aussi neuf, ainsi que sa volonté
de convaincre. Encore explorateur et toujours sportif, je l’imagine comme
une sorte de Jacques Cousteau ou de Paul-Emile Victor des sports de glisse,
communiquant dans des magazines et à la télévision,
tout en pratiquant ses sports favoris et sans oublier sa famille et ses
amis. Car Arnaud était un dur en compétition mais un homme
au cœur particulièrement tendre. C’est pourquoi on n’oubliera jamais
le parcours et la personnalité d’Arnaud de Rosnay.
Site d'Arnaud de Rosnay : http://arnaud.derosnay.com
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