(image avec légende)
©Universcience. Photo : E. Laurent

Pourquoi les contraires ? Eclairage pédagogique. 


Des mots pour structurer un foisonnement de perceptions

Les contraires jouent un rôle structurant dans le développement du langage. Plongé dans un bain bouillonnant d’expériences sensorimotrices et d’émotions, l’enfant commence par organiser certaines de ses perceptions autour des mots contraires. Il est tôt/il est tard, c’est permis/c’est interdit, c’est doux/ça pique, tu es là/tu t’en vas, il est méchant/gentil…. Ces mots « repères » sont des premiers outils lui permettant de formuler ses observations, de nommer ses sensations et de s’approprier le monde qui l’entoure. Ils constituent également des éléments précieux pour l’aider à se repérer dans l’espace et le temps. 

Faire l’expérience du contraste entre deux choses se révèle souvent indispensable pour qu’un enfant parvienne à se représenter un objet conceptuel. Comprendre ce qu’est le volume sonore reste abstrait sans avoir fait l’expérience de chuchoter puis de crier. Saisir ce qu’est la température paraît impensable sans avoir ressenti le chaud et le froid. 

Tout en nuances

Dans l’intervalle entre deux pôles, les enfants découvrent progressivement qu’il est possible d’introduire des sensations et des émotions de plus en plus fines et nuancées. Si certains contraires mettent en jeu un basculement (comme le oui et le non, l’envers et l’endroit), d’autres laissent place à une forme de continuité, de linéarité. Entre le sombre et le clair, le grave et l’aigu, le proche et le lointain se déclinent une palette de nuances, de degrés, de variations qui ne relèvent pas d’une logique binaire.  Accompagnés par des adultes dans cette découverte, les enfants ajoutent bientôt à leur capacité de construire des catégories, celle d’en questionner les contours. Quand cesse-t-on d’être petit pour devenir grand ?  Jeune pour devenir vieux ? A la soif intarissable de questionnements des enfants peut alors répondre l’initiation à la pratique philosophique, maîtresse dans l’art de questionner les oppositions strictes (le juste/l’injuste, le vrai/le faux…) pour faire état de la complexité du monde.

De la relativité !

Dialoguer avec les petits sur la thématique des contraires est une occasion de penser avec eux la relativité des perceptions et des mots. Les adjectifs grand/petit, lourd/léger, fort/faible ne désignent pas une réalité en soi mais sont de précieux outils de comparaison. Une miette de pain est légère pour l’homme et lourde pour la fourmi. Invités à changer de point de vue, les enfants renforcent leur capacité à se mettre à la place de l’autre et à développer leur sens de l’empathie.

A moitié vide ou à moitié plein ?

Les êtres humains ont tout intérêt à prendre conscience de la subjectivité de leurs perceptions et des mots qu’ils emploient pour en faire la traduction. « Dirais-tu que ce verre est à moitié vide ou à moitié plein ? » ; « Ah, tu trouves cette peinture laide ? Moi je la trouve si belle ». Ils peuvent alors se considérer comme des êtres dont les expériences façonnent une sensibilité unique en perpétuel mouvement et s’ouvrir aux singularités de chacun. Comme l’écrit la didacticienne des sciences Cora Cohen Azria, « travailler sur la construction de catégories objectives et subjectives aide à se situer, à réfléchir, à comprendre ». En étant soutenus dans cette démarche par des adultes, les enfants pourront découvrir le goût d’une communication vivante dépassant la question de savoir qui a tort ou qui a raison.