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Toutes les questions-santé - juin

Titre de la question Mort tibétaine en milieu hospitalier
Question Chez les tibétains, l'usage fait qu'on laisse le corps décédé reposer dans la chambre pendant 3 jours sans y toucher, qu'en est-il d'un tibétain qui mourrait dans un hôpital québecois ?
Réponse

Bonjour,

Vous nous expliquez que les rites funéraires tibétains imposent de ne pas déplacer le corps du défunt pendant 3 jours. Vous vous interrogez sur la mise en pratique de cette contrainte dans une structure hospitalière au Québec.

Tout d’abord, nous n’avons pas trouvé d’informations formelles quant à la nécessité du strict respect de cette règle.
Voici ce qu’expliquent nos sources :
- Les rites autour de la mort. Fiche repère, nov. 2014 / Centre National de Ressources Soin Palliatif, rédaction Cécile Séjourné (psychologue) :
« Les rites bouddhistes du deuil
Toilette rituelle
Toilette  effectuée  par  les  soignants  sur  les  conseils  de  la  famille
:  eau parfumée, chaude puis froide. Souvent, le défunt est revêtu d’un habit blanc et recouvert d’un drap de même couleur. La tête est droite, légèrement fléchie sur la poitrine, les bras allongés le long du corps, les paumes des mains tournées vers le bas ou bien posées l’une au-dessus de l’autre au niveau de l’abdomen, les pieds orientés vers l’Ouest, direction de la mort.
Veillée funéraire
Durant les 3 jours qui précèdent la crémation.
Soins de conservation
Interdits.

Délai
Pas de funérailles avant trois jours. Une distinction est faite entre la mort clinique, marquée par l’arrêt de la «respiration extérieure» et la mort réelle qui implique l’arrêt de la «respiration intérieure». Entre les deux, le retour à la vie est considéré comme possible et le délai entre les deux peut aller jusqu’à trois jours. »
http://www.ac-rouen.fr/medias/fichier/reperes-rites-selon-religion-enligne_1416329174698-pdf

- Guide Enterrement Bouddhiste : cérémonie et rites sur le site AdVitam, entreprise spécialisée dans l’organisation de funérailles :
« L’importance de la présence des proches lors de l’enterrement bouddhiste
Les derniers instants du défunt sont essentiels car ses pensées ultimes vont conditionner sa renaissance. Aussi l’attitude de l’entourage proche du mourant est primordiale. Sa famille et ses proches doivent le rassurer et l’accompagner au mieux. Des textes contenus dans le Bardo Thödol, le Livre des Morts Tibétains peuvent être lus pour purifier le corps du défunt et aider la conscience à s’élever. Le calme, la sérénité et le recueillement sont de rigueur pour faciliter le départ de l’être cher vers une nouvelle existence.
Pour les bouddhistes, cet instant dans la vie d’un être humain est l’un des plus cruciales et va déterminer la suite de sa vie.
Les derniers instants de vie à privilégier
Au moment du dernier souffle, le corps est habillé préférentiellement d’une tenue de couleur blanche et doit adopter la position du Bouddha. A savoir : couché sur le côté droit avec la main droite sous la joue et la main gauche sur la cuisse gauche.
Le processus de mort se poursuit au-delà de l’arrêt du cœur jusqu’à la manifestation de la claire lumière. Cette étape essentielle peut prendre de quelques heures à quelques jours. Durant toute cette période, le défunt ne doit pas être déplacé.
Si pour une raison quelconque, il est nécessaire de bouger le corps alors des précautions s’imposent. Il est impératif de toucher dans un premier temps le sommet de la tête pour que l’esprit puisse s’échapper du crâne librement. 
»
https://advitam.fr/guides/enterrement-bouddhiste-ceremonie-rites/

Concernant la législation des hôpitaux au Québec, nous n’avons pas non plus trouvé d’informations précises.

Nous vous proposons donc de vous appuyer sur les règles appliquées en France.
Voici deux circulaires qui peuvent vous éclairer :
- CIRCULAIRE N°DHOS/E1/DGS/SD1B/SD1C/SD4A/2006/90 du 2 mars 2006 du 2 mars 2006 relative aux droits des personnes hospitalisées et comportant une charte de la personne hospitalisée.
« L’établissement de santé doit respecter les croyances et convictions des personnes accueillies.
Dans les établissements de santé publics, toute personne doit pouvoir être mise en mesure de participer à l'exercice de son culte (recueillement, présence d’un ministre du culte de sa religion, nourriture, liberté d’action et d’expression, rites funéraires…). Toutefois, l’expression des convictions religieuses ne doit porter atteinte ni au fonctionnement du service, ni à la qualité des soins, ni aux règles d’hygiène, ni à la tranquillité des autres personnes hospitalisées et de leurs proches. »
http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2009/04/cir_10571.pdf

- CIRCULAIRE N°DHOS/G/2005/57 du 2 février 2005 relative à la laïcité dans les établissements de santé :
« En matière mortuaire, les familles des malades en fin de vie et des défunts se voient garantir la possibilité de procéder aux rites et cérémonies prévus par la religion de leur choix :
[…]
- le décret n° 97-1039 du 14/11/97 relatif aux chambres mortuaires des établissements de santé précise que « dans toute la mesure du possible, la famille a accès auprès du défunt avant que le corps ne soit déposé dans la chambre mortuaire sans que ce dépôt ne soit différé, de ce fait, d’un délai supérieur à dix heures... » (art. 4).
- l’arrêté du 7 mai 2001 relatif aux prescriptions techniques applicables aux chambres mortuaires des établissements de santé spécifie, dans son article 2, que « la zone publique de la chambre mortuaire comprend, au minimum, un local de présentation du corps du défunt et un local d’accueil pour les familles.
Elle peut également comporter une salle d’attente pour les familles et une salle de cérémonie ».
http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2009/04/cir_7833.pdf

Nous vous recommandons la lecture du chapitre « Mourir bouddhiste à l’hôpital » de Pierre Lecompte, extrait de l’ouvrage La mort en questions : approches  anthropologiques de la mort et du mourir. Vous trouverez ci-dessous un résumé de ce chapitre :
https://www.cairn.info/la-mort-en-questions--9782749236469-p-178.htm

Enfin, si vous souhaitez avoir l’avis de compatriotes, vous pouvez contacter le comité des usagers du CHU de Laval à Québec qui pourra sans doute vous renseigner sur les pratiques funéraires au sein de l’hôpital et du cadre d’application des rites funéraires :
« Téléphone : 418 654-2271 (boîte vocale)
Courriel : comitedesusagers@chuq.qc.ca »
https://www.chudequebec.ca/visiteur/droits,-responsabilites-et-recours/droits-(comite-des-usagers).aspx

Nous espérons que ces éléments d’information vous seront utiles et nous tenons à votre disposition pour toute nouvelle recherche documentaire dans le domaine de la santé.

Comme vous nous interrogez depuis le Canada, peut-être nous avez-vous confondus avec l’Hôpital de la Cité de la santé de Laval dont nous sommes homonymes ?
Cela nous donne le plaisir de vous saluer depuis La Porte de La Villette à Paris où nous nous trouvons, à l’intérieur de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie.

L’Equipe de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)

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