janvier

Anticoagulant

Question

Dans divers écrits sur internet, il est dit que certaines épices (gingembre, curcuma , ..) et plantes (dont harpagophytum) sont contre indiquées avec la prise d'anticoagulants sans préciser lesquels (je suppose qu'il s'agit des AVK les plus anciennement utilisés). Est-ce bien le cas ? si oui, en est-il de même avec les nouveaux anticoagulants dont le PRADAXA ? (si oui quels sont les épices concernés) Merci de votre réponse.

Réponse

Bonjour,

Vous souhaitez connaitre les contre-indications alimentaires lors d’un traitement anticoagulant et notamment les interactions possibles avec certaines épices.

Nous vous proposons la lecture de plusieurs documents et notamment :

Deux extraits d’articles issus de la Revue de l’infirmière :

- Alimentation et anti-vitamine K / Magali Neveur
In La Revue de l'infirmière (Vol 61, N° 186 - décembre 2012, pp. 49-50)
« Aliments riches en vitamine K
Certains aliments contiennent de la vitamine K en grande quantité et peuvent modifier l’INR du patient : brocolis, laitue, épinards, choux, choux fleurs, choux de Bruxelles… En règle générale, plus les plantes sont vertes, plus elles sont riches en vitamine K. En cas d’alimentation déséquilibrée, ces aliments peuvent modifier l’efficacité du traitement. Cependant ils ne sont pas interdits, à condition de les répartir dans les menus de manière régulière et modérée. Les recommandations de l’infirmière permettent d’éviter de diminuer de façon sévère sa consommation de légumes verts, sources de précieux micronutriments protecteurs.
Les règles d’or au quotidien
Cinq règles d’or sont à retenir :
– ne pas jeûner, cela augmente l’effet anticoagulant ;
– ne pas consommer plus d’une portion par jour des légumes suivants : épinards, choux rouges, frisés ou de Bruxelles (attention à la choucroute aussi) et brocolis ;
– éviter de prendre en grande quantité du thé vert ou du persil ;
– ne pas modifier l’alimentation habituelle par l’exclusion ou l’apport massif de légumes verts, soja, lentilles ou foie.
– ne pas consommer d’alcool, ou en consommer régulièrement à une dose inférieure à deux verres par jour (En cas d’intoxication aiguë par l’alcool, l’effet anticoagulant est augmenté ; en cas d’intoxication chronique, l’effet est diminué).
Le choix alimentaire aide à obtenir un équilibre du traitement (tableau 1).
Devant tout effet inattendu suite à la prise d’AVK, l’infirmière devra s’informer des habitudes alimentaires et de la consommation d’alcool de son patient. »
https://www.em-consulte.com/article/772758/alimentation-et-antihvitamine-k

- L’éducation thérapeutique des patients sous anti-vitamines K / Éric Benziane , Laëtitia Joubert Boitat, France Olivero, Dominique Lallemand
In La Revue de l'infirmière (Vol 60, N° 173  - août-septembre 2011 pp. 24-26)
« Règles hygiéno-diététiques
[…]
•  Les aliments peuvent avoir un retentissement sur l’équilibre du traitement par AVK. Il n’est pas nécessaire d’avoir un régime alimentaire strict mais certains aliments doivent être consommés de façon régulière et sans excès.
– Exemples d’aliments potentialisateurs d’AVK (augmentation de l’effet anticoagulant) : alcool (augmente l’effet anticoagulant en cas de consommation excessive, mais diminue l’effet anticoagulant en cas de consommation chronique), canneberge (cranberry), compléments alimentaires, etc.
– Exemples d’aliments inhibiteurs d’AVK (diminution de l’effet anticoagulant) : asperges, cresson, choux, fenouil, graines de soja, haricots verts, pois verts, laitue, avocats, épinard, thé vert, etc.
•  De nombreux médicaments peuvent également interagir avec les AVK, tels l’aspirine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, corticoïdes par voie orale, certains somnifères, certains antifongiques (liste non exhaustive).
Pour cette raison, le patient ne devra pas prendre d’autre médicament sans avis médical préalable. L’usage de la phytothérapie en automédication (beaucoup de plantes interagissent avec les AVK) est également à bannir. »
https://www.em-consulte.com/article/305005/leducation-therapeutique-des-patients-sous-antihvi

- Un extrait d’un document de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) intitulé « Vous et votre traitement anticoagulant par AVK (antivitamine K) » : Ayez une alimentation équilibrée et ne consommez de l’alcool que modérément.
Certains aliments contiennent de la vitamine K en grande quantité et peuvent modifier votre INR (brocolis, asperges, épinards, choux, choux-fleurs, choux de Bruxelles).
Ces aliments ne sont pas interdits, à condition de les répartir dans votre alimentation de manière régulière et sans excès »
https://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/08415377cc531f333b3791c50ac722c6.pdf

Les épices ne sont pas mentionnées explicitement dans ces articles. En revanche le site canadien Passeport santé explique dans ses fiches sur le curcuma et le gingembre, pour quelle raison ces aliments sont à limiter en présence d’un traitement aux anticoagulants :

- Curcuma :
« Précautions
Il est bien démontré que certains composés contenus dans le curcuma possèdent un effet antiplaquettaire in vitro. Ainsi, même si cela n’a pas été évalué chez l’humain, la consommation de grandes quantités de curcuma avec la prise de médicaments pour le sang (tels l’héparine, le coumadin ou l’aspirine) pourrait avoir un effet anticoagulant additionnel et augmenter les risques de saignement. Il est fortement conseillé aux personnes sous anticoagulothérapie de consulter un professionnel de la santé pour connaître les interactions possibles entre leurs médicaments et certaines épices. […] »
https://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/EncyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=curcuma_nu

- Gingembre
« Interactions
- Avec des plantes ou des suppléments
   -Bien qu'aucun cas n'ait été signalé, il est théoriquement possible que le gingembre contribue à augmenter l'effet d'autres plantes ou suppléments qui éclaircissent le sang et inhibent la coagulation (oignon et ail, par exemple).
- Avec des médicaments
    Bien qu'aucun cas n'ait été signalé, il est théoriquement possible que le gingembre contribue à augmenter l'effet des médicaments anticoagulants (warfarine et acide acétylsalicylique, par exemple). Au cours d’un essai publié en 2006, la prise de gingembre n’a cependant pas interagi avec la warfarine chez des sujets en bonne santé. »
https://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/Fiche.aspx?doc=gingembre_ps

Enfin, dans un document destiné aux professionnels de santé pour l’accompagnement des patients, voici les informations que nous avons trouvées et qui mentionnent notamment le médicament que vous prenez :
« Pourquoi accompagner les patients sous AOD ?
Après plus de 40 ans d’utilisation, les AVK constituent le traitement anticoagulant de référence dans la fibrillation auriculaire, notamment. Depuis 2012, de nouveaux médicaments sont remboursables dans cette indication et ont désormais une place importante dans la prise en charge de cette pathologie.
À ce jour, il s’agit de Xarelto® (rivaroxaban), Pradaxa® (dabigatran) et Eliquis® (apixaban). Ils sont préconisés en 2nde intention par la HAS dans cette indication au long cours, en raison de l’absence de mesure de surveillance du degré d’anticoagulation induit en routine, de la brièveté de leur demi-vie plus courte que celle des AVK qui rend leur action très sensible à l’oubli d’une prise et de l’absence d’antidote.
[…] L’alimentation et les compléments alimentaires
Aucun aliment n’est interdit. Il n’y a pas d’interaction avec l’alimentation.
Attirer l’attention du patient sur les compléments alimentaires, les produits de phytothérapie et aromathérapie,
notamment ceux contenant du millepertuis : le millepertuis est déconseillé avec le dabigatran et à prendre en compte avec le rivaroxaban et l’apixaban. Le rivaroxaban 15 mg et 20 mg doit être pris avec des aliments. »
https://www.ameli.fr/sites/default/files/Documents/5435/document/aod-guide-accompagnement_assurance-maladie.pdf

En tant que service de documentation sur la santé nous ne pouvons aller plus loin dans notre réponse. Nous vous recommandons de demander l’avis du médecin qui vous suit. Connaissant vos antécédents médicaux, il reste la personne la plus à même de vous apporter une réponse adaptée à votre situation.

Nous espérons que ces éléments d’information vous aideront à enrichir le dialogue que vous aurez avec votre médecin et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé       

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)

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