Cité de la santé

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Questions-santé 2012 - novembre

Titre de la question Incompatibilité rhésus grossesse
Question Je suis la troisième grossesse de ma mère o- et de mon père a+, ma mère a fait une fausse couche pour sa première grossesse, mon frère, ensuite moi et mes deux sœurs sommes arrivés à terme. Pour plus de précision nos années de naissance sont respectivement 1963/1964/1966 et 1968 et sommes tous 4 de rhésus a+. Aucun de nous quatre, et ce malgré les rhésus "incompatibles"; de nos parents n'a eu de problèmes, nous ne sommes d'ailleurs pas nés à l’hôpital mais dans une poussinière, n’étions pas prématurés et n'avons eu ni jaunisse ni transfusion sanguine. A ma connaissance le sérum anti-corps n'existait pas encore. Ma mère n'a eu aucun suivi médical ni pendant ni après sa grossesse, ma mère nous dit d'ailleurs n'avoir été suivie que par des sages-femmes et accouchée par des sages-femmes. Je n'ai trouvé sur aucun site une explication au fait que nous n'ayons eu aucun problème à la naissance (ce qui doit d'ailleurs nous réjouir). Avez-vous entendu parler de cas semblable ?
Réponse

Bonjour,

Vos parents présentent une incompatibilité Rhésus (mère de Rhésus négatif et père de Rhésus positif) et ont eu 4 enfants de Rhésus positif après que votre mère ait fait une fausse couche. Vous vous étonnez, à juste titre, du fait que, malgré une absence de prévention par injection d’immunoglobulines anti-Rhésus (appelées également anti-D), aucun des enfants n’a présenté de problème de santé (anémie sévère) lié à la présence d’anticorps anti-Rhésus dans le sang maternel.

Nous vous proposons tout d’abord un dossier sur cette incompatibilité Rhésus entre père et mère avec la définition du facteur rhésus et les mécanismes de l’immunisation foeto-maternelle sur le site Périnatalité dont les objectifs sont « de développer une information-communication commune en santé publique périnatale en direction des professionnels et des usagers et d'informer et sensibiliser les familles et en particulier les femmes à " ce qu'il faut savoir ", avant, pendant et après la naissance".
www.perinat-france.org/portail-grand-public/grossesse/grossesse/grossesse-sous-surveillance/l-incompatibilite-rhesus-entre-pere-et-mere-62-723.html

Revenons par ailleurs sur l’historique de la prévention de l’allo-immunisation Rhésus par les immunoglobulines. Dans un mémoire de sage-femme, nous avons pu lire effectivement que cette prévention a été mise en place en France à partir de 1970 :
« Les balbutiements de la prévention
Entre 1960 et 1962, certains médecins nord-américains (Finn et Clarke à Liverpool, ainsi que Gordman, Freda et Pollack à New York) présentent leurs premiers essais de prévention de l’allo immunisation foeto-maternelle par l’injection d’immunoglobulines spécifiques anti- D.
En France, c’est à partir de 1970 que cette prévention va commencer à se mettre en place. »
In « La prophylaxie systématique de l’allo-immunisation rhésus par injection d’immunoglobulines au troisième trimestre de la grossesse : audit clinique cible des pratiques des professionnels de santé du réseau périnatal lorrain »
Mémoire présenté et soutenu par Aurély DUREAU (2009)
École de Sages-femmes Albert Fruhinsholz
Université Henri Poincaré, Nancy I
Voir p. 17 du document :
www.scd.uhp-nancy.fr/docnum/SCDMED_MESF_2009_DUREAU_AURELY.pdf

Votre frère, vos sœurs et vous-même êtes donc nés avant que cette prophylaxie existe. Il faut donc chercher une autre explication.

Nous avons pris conseil auprès de médecins conseillers àla Cité de la santé qui nous ont précisé que la mère ne développe pas systématiquement des anticorps anti-Rhésus dans ce cas. Un document sur l’incompatibilité foeto-maternelle sur le site de la Faculté de biologie de Jussieu (Paris) abonde également dans ce sens. Nous avons relevé notamment deux pistes qui pourraient peut-être expliquer ce phénomène : d’une part le contexte immunologique particulier de la grossesse et d’autre part, l’existence ou non de passage transplacentaire de globules rouges fœtaux dans le sang maternel.
« Tolérance immunitaire du fœtus au cours de la grossesse
Un enfant a une identité antigénique portée par ses antigènes tissulaires (groupe tissulaire ou HLA, mais aussi ABO) et érythrocytaires (groupe sanguin) a priori différente de celle de sa mère. Les cellules fœtales sont donc susceptibles d’être reconnues comme étrangères (non-soi) par l’organisme maternel. Au cours de la grossesse, des mécanismes immunologiques spécifiques entre autres de l’interface placentaire assurent la tolérance du fœtus par le système immunitaire de la mère qui ne le rejette pas. En particulier, les anticorps naturels réguliers dirigés contre les antigènes du système ABO et qui sont des IgM ne traversent pas le placenta et ne sont jamais en eux mêmes responsables de destruction de globules rouges fœtaux.
Passage transplacentaire de globules rouges fœtaux et réponse immunitaire maternelle

Au sein du placenta où s’effectuent les échanges nécessaires au développement du fœtus, les circulations sanguines maternelle et fœtale sont en contact intime. Cependant, il n’y a pas de contact direct entre le sang maternel et le sang fœtal qui ne se mélangent pas. A l’occasion de petits traumatismes du placenta ou des membranes placentaires (choc, ponction de liquide amniotique, etc) et surtout lors de l’accouchement, des globules rouges fœtaux sont susceptibles de passer dans la circulation générale maternelle. Une réaction immunitaire maternelle dirigée contre les antigènes érythrocytaires fœtaux n’appartenant pas au groupe sanguin maternel peut alors se déclencher et conduire à la production d’hémolysines spécifiques de ces antigènes. Cette réaction est d’autant plus forte et fréquente que la quantité de globules rouges fœtaux passée dans la circulation maternelle est importante mais aussi que les antigènes qui diffèrent entre la mère et le fœtus sont puissamment immunogènes. Cette quantité peut être appréciée par le test de KLEIHAUER qui exploite la plus grande résistance des érythrocytes fœtaux aux acides pour les visualiser sur une lame de frottis (étalement de sang).
[…]
Immunisation maternelle contre le rhésus D ou alloimmunisation rhésus D

En pratique, l’antigène qui pose le plus de problème est le Rhésus D (présent chez les individus Rh+). En effet, il s’agit un antigène très immunogène qui déclenche à faible dose des réactions immunitaires importantes responsables d’hémolyse potentiellement massive. Une femme Rh- et un homme Rh+ ont une probabilité de 0,5 de concevoir un enfant Rh+. La première grossesse d’un enfant Rh+ chez une femme Rh- ne pose qu’exceptionnellement un problème immunologique. Au terme d’une deuxième grossesse d’un enfant Rh+, environ 15% des femmes Rh- sont porteuses d’une IgG anti-Rhésus D.
www.snv.jussieu.fr/vie/dossiers/gpes-sanguins/03merefoetus.htm

Nous espérons que ces informations vous aideront à mieux comprendre les mécanismes de l’incompatibilité foeto-maternelle et restons à votre disposition pour tout complément.

Bien cordialement,

L’Equipe de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)

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