Cité de la santé

Information conseil et documentation

Questions-santé 2013 - mai

Titre de la question Les souvenirs de la mémoire
Question Je voudrais savoir comment peut-on faire la différence entre les souvenirs de notre passé et l'invention d'un passé que notre cerveau aurait pu créer. Principalement pendant la période de 5 à 9 ans. J'ai des images, des odeurs qui me viennent mais je ne sais pas si c'est de l'imagination ou si ça c'est réellement passé. D'autant plus que je ne me rappelle très peu de choses jusqu'à l'âge de mes 9 ou 10 ans. Merci d'avance pour votre réponse.
Réponse

Bonjour,

Vous vous intéressez à la mémoire, notamment aux souvenirs d’enfance et vous vous demandez s’il est possible de faire la distinction entre un vrai souvenir et l’invention d’un passé imaginé par le cerveau ?

Nous vous proposons tout d’abord de revoir le fonctionnement des différents types de mémoire et les mécanismes qui les génèrent, en consultant le site Le cerveau à tous les niveaux (site financé par l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies, l'un des 13 instituts de recherche en santé du Canada).
En liant mémoire et apprentissage, il souligne que la plupart de nos souvenirs sont en fait des reconstructions :
« MEMOIRE ET APPRENTISSAGE
L'apprentissage est une modification relativement permanente du comportement qui marque un gain de connaissance, de compréhension ou de compétence grâce aux souvenirs mémorisés. La mémoire est le fruit de cet apprentissage, la trace concrète qui en est conservé dans nos réseaux de neurones.
Notre mémoire est fondamentalement associative : on retient mieux lorsqu'on peut relier la nouvelle information à des connaissances déjà acquises et solidement ancrées dans notre mémoire. Et ce lien sera d'autant plus efficace qu'il a une signification pour nous. Donc prendre le temps de trouver ce lien peut être payant en bout de ligne.
Et contrairement à l'image classique d'une vaste collection de données archivées, la plupart de nos souvenirs sont des reconstructions. En effet, les souvenirs n'étant pas stockées dans le cerveau comme des livres dans une bibliothèque, leur rappel exige à chaque fois une reconstruction à partir d'éléments épars dans différentes aires cérébrales. »
lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_07/i_07_p/i_07_p_tra/i_07_p_tra.html

Par ailleurs, le site d’une clinique parisienne souligne la fragilité de la mémoire et en liste les faiblesses :
« Chez tout un chacun la mémoire est fragile et sujette à distorsion. Ces faiblesses sont nombreuses et ont pour nom : la fugacité, l’absence, le blocage, la méprise, la suggestibilité, le biais et la persistance.
- La fugacité : On se souvient souvent très bien de se que l’on a fait ce matin mais beaucoup moins de ce que l’on faisait ce même matin il y a une semaine et encore sûrement moins, ou pas du tout, il y a un mois ou un an.
- L’absence : On oublie où l’on a posé ses lunettes quelques minute plus tôt parce que l’on a été distrait par un coup de téléphone ou un souci.
- Le blocage : Souvent on oublie de se rappeler le nom d’une personne que l’on connaît ou d’un numéro de téléphone dont on a l’usage. Et puis un moment après ce nom, ce numéro nous revienne à l’esprit.
- La méprise : Où l’on croit à tort qu’un ami a raconté une histoire que l’on vient en fait de lire dans le journal.
- La suggestibilité : Les souvenirs des enfants sont particulièrement sensibles aux questions orientées, les adultes aussi.
- Le biais : Nous avons coutume de réécrire totalement nos expériences passées pour les faire concorder avec nos connaissances ou convictions présentes.
- La persistance : Où l’on se souvient de chose que l’on voudrait oublier.
Ces sept péchés de la mémoire, comme les appelle Daniel Schacter, apparaissent, à y regarder de plus prés, comme autant de qualités dont on oublie les bénéfices (Science de la Mémoire - Oublier et se souvenir, Schacter D., ed. Odile Jacob, 2003) »
www.clinique-memoire.com/memoire_faiblesses.htm

Dans ce dernier ouvrage, l’aspect psychologique de la conservation ou non des souvenirs est également évoqué par l’auteur :
« La persistance est si étroitement liée à nos vies émotionnelles qu’il est impossible de comprendre ce septième péché [péché de persistance] sans traiter des rapports qui existent entre les émotions et la mémoire. Les comportements quotidiens tout autant que les expériences de laboratoires révèlent que les événements marquants sont mieux retenus que les événements dépourvus de connotation émotionnelle : la pression de l’émotion s’exerce dès la naissance du souvenir, phase où l’attention et l’élaboration influent puissamment sur la remémoration ou l’oubli des expériences précédemment vécues ; et les épisodes d’absence attestent que, moins on est attentif à une information entrante ou plus on néglige de la soumettre à un codage élaboré, moins on a des chances de se la rappeler par la suite » (p.211)
« La stimulation émotionnelle est aussi propice à la mémorisation des événements positifs qu’à celle des événements négatifs : nous nous souvenons mieux des bons et des mauvais moments de notre existence que des moments plus ordinaires de notre vie » (p.213)

Nous espérons que ces éléments vous seront utiles pour mieux comprendre le fonctionnement de la mémoire et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)

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