janvier

DHEA ou pas?

Question

Bonjour, J'ai fait un examen hormonal il y a 6 mois et mon gynécologue a trouvé que mon taux de dhea était trop bas pour mon âge et il m'a prescrit 25 mg par jour ; en pré ménopause mes bouffées de chaleur ont disparu grâce à ce traitement, j'en étais très contente ! Mon gynécologue m'a rassuré qu'il n'y avait aucun risque de cancer. Pus tard en allant voir mon généraliste en discutant avec lui à ce sujet, celui ci m'a informé qu'il était absolument contre la dhea (risque de cancer etc...) pas question de me fournir une ordonnance en passant par lui!! Je ne sais plus quoi penser? Dois-je arrêter le traitement? Qu'en pensez-vous?

Réponse

Bonjour,

Votre gynécologue vous a prescrit de la DHEA que votre médecin généraliste ne veut pas  prolonger par crainte de risque de cancer. Vous souhaitez savoir qu’en penser.

Nous vous proposons tout d’abord, un article sur la DHEA proposé par le site Eureka santé, site des éditions Vidal (l’une des références dans l’information sur les produits de santé) :
« La déhydroépiandrostérone (DHEA) est une hormone naturellement présente dans l’organisme où elle sert à la synthèse des hormones sexuelles, testostérone et estrogènes. Hormis cette fonction d’hormone « mère », elle ne semble pas avoir de rôle physiologique particulier. Sa concentration très élevée dans le sang tend à diminuer avec l’âge ; à l’âge de soixante ans, elle représente 10 à 20 % de sa valeur à l’âge de vingt ans.
[…]
Précautions à prendre avec la DHEA
Parce que la DHEA est le précurseur chimique des hormones sexuelles, il est probable que son administration provoque une augmentation de leur taux sanguin. En conséquence, son usage est déconseillé chez les personnes qui souffrent ou ont souffert de cancers sensibles à ces hormones : ovaires, utérus, sein, testicule et prostate, ainsi que celles qui ont des antécédents familiaux concernant ces cancers.
[…] »
http://www.eurekasante.fr/parapharmacie/complements-alimentaires/dehydroepiandrosterone-dhea.html

Le site canadien Passeport santé confirme ce risque de développement de cancer chez certaines personnes :
« Précautions
Attention
-   Les effets à long terme d'une supplémentation en DHEA supérieure à 50 mg par jour sont inconnus, car les études cliniques sur des doses supérieures ont duré 1 an ou moins. À la lumière des connaissances actuelles, il serait préférable de n'entreprendre un traitement que sur les conseils d'un médecin qui devrait vérifier régulièrement les taux sanguins de cholestérol et de stéroïdes, la tolérance au glucose, et la possible apparition de cellules cancéreuses.
-   On a comparé le taux sanguin de DHEA de femmes atteintes de cancer du sein et de femmes non atteintes : Les résultats indiquent qu’un taux élevé est associé à un risque de cancer du sein accru, tant chez les femmes préménopausées que chez celles qui sont en post-ménopause.
Contre-indications
    Grossesse ou allaitement.
    Puisqu'il s'agit d'une hormone qui peut se transformer en oestrogène ou en testostérone, les personnes à risque de cancer hormonodépendant (cancer du sein, de l’utérus, des ovaires, de la prostate) devraient s'abstenir. Cependant, plusieurs essais in vitro et sur des animaux pointent, au contraire, vers de possibles propriétés anticancéreuses de la DHEA.
    Insuffisance hépatique ou rénale. »
http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/Fiche.aspx?doc=dhea_ps#precautions

Un article de la Revue Médicale Suisse  (N° 104, 28/03/2007), Déficit en androgènes chez la femme : indications et risques d’un traitement par la testostérone ou la DHEA de  R. Martin-Du Pan, minimise un peu ces informations en indiquant qu’aucune étude n’a confirmé le risque de cancer.
« […]
 Effets sur le cancer du sein
Les androgènes antagonisent l'effet prolifératif des œstrogènes sur des cellules provenant de cancer du sein, et de nombreuses études montrent que les androgènes ont un effet protecteur sur le risque de cancer du sein.47 Toutefois, on observe une augmentation de l'activité de l'aromatase au niveau de lésions précancéreuses, qui pourraient transformer la T en œstrogènes et augmenter le risque de cancer du sein. De plus, une étude prospective entre 1978 et 2002 (Nurse health study), qui a permis d'identifier 4610 femmes ayant un cancer du sein, a montré que celles qui prenaient des androgènes avaient un risque augmenté de 2,5 fois par rapport aux femmes ne prenant que des œstrogènes, soit un risque légèrement plus élevé que sous traitement d'œstrogènes et progestatifs.
Il n'y a aucune donnée sur les éventuels effets de la DHEA sur le cancer du sein mais vu qu'elle se transforme en T et en œstrogènes, il y a un risque théorique augmenté.
Conclusion
Il nous semble qu'il faut éviter deux attitudes extrêmes dans l'approche du syndrome de déficit en androgènes. La première serait de céder au chant des sirènes de l'industrie pharmaceutique qui, à la suite d'une définition très exagérée de la dysfonction sexuelle chez la femme, (elle concernerait 50% d'entre elles !), met cette dysfonction en corrélation avec la baisse de la fraction libre de T (en partie induite par la prise d'œstrogènes !) et propose un traitement de T (efficace sur la libido et l'activité sexuelle, de façon bien démontrée après ovariectomie). Or, comme on l'a vu, le dosage de la T est délicat, la définition de la dysfonction sexuelle devrait être beaucoup plus restrictive et elle est d'origine multifactorielle. Elle ne peut en aucun cas être réduite à une baisse des taux de T. De plus, la plupart des femmes ne présentent pas de dysfonction sexuelle après ovariectomie.
L'autre attitude serait de ne pas faire bénéficier d'une androgénothérapie des femmes qui souffrent profondément d'une baisse de leur libido à la suite par exemple d'une ovariectomie et pour qui une amélioration même modeste de leur activité sexuelle retentit positivement sur leur estime personnelle et leur vie de couple.
On ne peut pour l'instant recommander de traitement par la T pour une durée excédant six mois vu les risques possibles d'augmentation de cancer du sein et les inconnues quant au risque CV d'une thérapie prolongée. Actuellement, la Société américaine d'endocrinologie ne recommande pas l'administration d'androgènes tant que des études au long cours n'auront pas montré leur innocuité.3 Quant à la Société de ménopause nord-américaine,2 elle recommande en association aux œstrogènes le traitement de T par voie transcutanée pour une durée maximum de six mois, en cas de baisse du désir et de dysfonction sexuelle entraînant une souffrance, chez des femmes postménopausées. Ce traitement est contre-indiqué en cas d'antécédents cardiovasculaires, de maladie hépatique et de cancer du sein.
Quant à la DHEA, elle pourrait être utile chez des femmes présentant une insuffisance surrénalienne mais pas en cas de baisse de DHEA liée au vieillissement. Elle n'est pas recommandée par la Société américaine d'endocrinologie. »
http://titan.medhyg.ch/mh/formation/article.php3?sid=32157

En tant que service de documentation nous ne pouvons aller plus loin dans notre réponse et vous conseillons d’avoir un dialogue approfondi avec votre médecin traitant afin de voir avec lui les raisons qui motivent son refus. Nous espérons que les informations ci-dessus pourront contribuer au dialogue.

Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

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