Livre numérique : le livre se met à la page
En France, le marché du livre numérique en 2010 représente, au mieux, 1,5 % du total du marché du livre mais une dynamique est amorcée : innovations technologiques, nouveaux acteurs, marché en expansion, développement de l’offre, changement dans les habitudes de lecture...
La technologie, d’abord, a beaucoup progressé. Les appareils à encre électronique offrent une lecture confortable, des écrans de qualité, une autonomie record, un faible poids, pour un prix raisonnable. S’ajoutent les tablettes hybrides et les smartphones qui deviennent - avec leurs applications - de véritables supports de lecture numérique.
Au-delà de la technologie, c’est l’entrée en scène de grands acteurs qui a permis l'essor aux Etats-Unis du marché du livre numérique : Amazon depuis quelques années, Apple avec l’iBookStore, Google et le lancement fin 2010 de sa librairie numérique. En France, la présence de ces acteurs, pousse les éditeurs à étendre leur offre éditoriale - encore limitée et méconnue - en particulier sur les plateformes comme ePagine, Immatériel, Numilog… Mais, les éditeurs attendent des garanties notamment sur le prix du livre numérique - baisse de la TVA, prix unique - pour se lancer pleinement dans ce marché naissant.
Reste la question des comportements de lecture : les études ne prévoient pas de rupture brutale. L’attachement au livre papier reste fort. Ecouter de la musique ou voir un film s’effectue sans contact avec le support physique, au contraire de la lecture, encore intimement liée à l’objet livre. Cependant, le public - en particulier le jeune public - est déjà habitué à lire sur écran, en particulier avec internet...
5 notions pour comprendre
Le papier et l'encre électroniques révolutionnent l'édition
Le papier électronique, (e-paper en anglais) c'est avant tout de l'encre électronique (e-ink) incluse entre deux feuilles plastiques souples et transparentes, imitation moderne d'une feuille imprimée.
L’encre électronique est constituée de minuscules capsules contenant des microparticules noires et blanches chargées électriquement (négativement pour les noires, positivement pour les blanches). Les capsules sont disposées entre deux feuilles transparentes chacune dotée d’un circuit imprimé semi-conducteur. A l’application d’un champ électrique positif à la surface de la feuille, les particules noires migrent vers la surface et deviennent visibles (Idem pour les particules blanches lorsqu’un champ négatif est appliqué). On peut produire des niveaux de gris en faisant migrer simultanément les particules blanches et noires de part et d’autre de la capsule.
Contrairement aux écrans classiques rétro-éclairés, l'encre électronique ne nécessite pas d’énergie pour laisser un texte - ou une image - affiché. La source d’énergie n’est utilisée que lors du changement de pages. De plus, elle utilise la lumière ambiante de la même manière que le papier, pour un confort visuel optimal.
Outre le marché du livre électronique, le papier électronique intéresse énormément la presse écrite. Avec un coût de fabrication de quelques dizaines d’euros par feuille, réduit à une quinzaine d’euros en cas de production en grande série, peu gourmand en énergie et particulièrement souple, il va bouleverser tout le secteur "papier". L’encre électronique peut également révolutionner l’industrie de l’emballage, avec des packaging intelligents dans les grandes surfaces ou encore devenir la star des téléviseurs de poche et des téléphones mobiles à écrans flexibles.
Les supports de lecture numérique évoluent et se diversifient
Fin 2010, l’offre comme la demande s’orientent vers des tablettes qui proposeront non seulement la lecture d’ebooks, mais aussi d'autres usages (Internet, musique, vidéos, jeux). Le rapide succès de l'iPad est là pour le prouver. Tous les acteurs du livre numérique - Amazon, Sony, Apple, etc. - ont développé des applications de lecture qui permettent de lire sur un smartphone, une tablette, un ordinateur, bref, tout ce qui comporte un écran LCD. Certes, l’écran n’est pas idéal pour lire en extérieur, mais cela change rapidement. Des technologies comme celles proposées par Pixel Qi, Mirasol, Liquavista vont permettre courant 2011 de commercialiser des écrans couleur gérant les animations, avec un confort de lecture identique à l’encre électronique, utilisables en extérieur sans reflets.
Dans ce contexte, les appareils à encre électronique - historiquement les premiers supports pour lire des ebooks - ont eux aussi évolué. Dix ans après leur premier lancement, les lecteurs d'ebooks - aussi appelés e-readers ou liseuses - s’appuient sur leurs spécificités : un confort de lecture proche de celui du papier, des écrans de très haute qualité, une autonomie record, une taille, un poids et un encombrement minimum. Autre avantage, leur prix : entre 150 et 300 €. Moins chers que les tablettes hybrides, les lecteurs à encre électronique devraient séduire un plus large public. De même, l'arrivée de l'encre électronique couleur permettrait d’élargir la lecture aux magazines et à la bande dessinée...
Formats et DRM : difficiles de s'y retrouver
L'ePub "electronic publication", format le plus fréquent, rencontre un succès de plus en plus grand. Ouvert et standardisé, l'ePub est conçu pour faciliter la mise en page du contenu, le texte affiché étant ajusté pour le type d'appareil de lecture. Créé par Adobe, le PDF "Portable Document Format", format plus ancien, s'est imposé aujourd'hui comme un standard international. Il est lisible sur tous les supports de lecture numérique. Cependant, l'avantage du format ePub est de laisser la liseuse recomposer les pages en changeant la taille des caractères, la police, l'interlignage. Autant de choses impossibles avec le PDF, qui est aussi "flexible" qu'une image... La société française Mobipocket a mis au point deux autres formats assez fréquents : le Mobi et le Prc, tous deux dérivés du format ePub. La plupart des modèles de livres électroniques sont compatibles avec tous ces formats, avec une exception de taille : le Kindle d'Amazon ne supporte pas le format ePub et dispose d'un format propriétaire, Azw !
Difficile de parler des différents formats, sans parler de la gestion des droits numériques. Les DRM "Digital Right Management" permettent de contrôler l'utilisation des œuvres numériques et donc d’empêcher toute copie illicite. Les fichiers payants des livres numériques sont verrouillés avec des DRM. Il s’agit la plupart du temps de fichiers sur lesquels a été apposé un cadenas limitant le nombre de copies. Différents systèmes de DRM existent. Amazon verrouille ses fichiers avec un système propriétaire. Ils ne sont alors lisibles que sur ses propres tablettes, les Kindle. Apple a lui aussi créé un univers fermé avec un DRM propriétaire dont il affuble les fichiers qu’il vend dans son iBookStore. Seuls les iPad et les iPhone sont capables de les déchiffrer. Les éditeurs et les distributeurs qui, à l’inverse, ne maîtrisent pas l’intégralité de la chaîne de distribution des livres numériques - Numilog, Fnac.com, etc. - optent pour des formats verrouillés avec les DRM Adobe ou Mobipocket.
Évidemment, ces différents systèmes ne sont pas compatibles entre eux ! Il est donc impossible de lire sur un Kindle un fichier acheté sur l’iBookStore d’Apple ou de lire un fichier acheté sur Fnac.com sur un iPad ou un iPhone... Mais les éditeurs, conscients de la complexité de ce système et sous la pression de plus en plus grande des lecteurs, commencent à proposer des ouvrages sans DRM.
Le prix du livre numérique fait débat
Comment déterminer le "bon" prix pour un livre numérique ? Pour les éditeurs, il doit répondre à plusieurs préoccupations qui peuvent s'avérer contradictoires : développer ce marché nouveau qui peut être prometteur, rentabiliser les investissements nécessaires à la numérisation et éviter l'expansion de la piraterie, qui a laminé l'industrie musicale et touche déjà les best-sellers. Les maisons d'édition ont compris que la clef du succès sur Internet était un prix bas pour le consommateur. Elles ont donc œuvré pour une baisse de la TVA appliquée au livre numérique. Le taux en sera donc ramené le 1er janvier 2012 de 19,6 % à 5,5 %, comme pour le livre papier. Mais jusqu'où descendre les prix ? Que faire au moment de la sortie de l'édition de poche en version imprimée, aujourd'hui source de profits essentiels pour les grandes maisons ? Faut-il proposer les oeuvres dématérialisées à moins de 5 € (soit l'équivalent d'un poche à prix cassé) ? Reste à déterminer le prix de vente des ouvrages en accès temporaire et ceux en propriété définitive...
Les maisons d’édition soutenues par les libraires, se sont mobilisées pour que le principe du prix unique, créé pour les ouvrages imprimés, soit transposé aux oeuvres dématérialisées. Leurs objectifs ? Préserver la création, protéger les marges des éditeurs pour rémunérer les auteurs et assurer la diversité de l'offre éditoriale. A cela s'ajoute une autre préoccupation : la survie des libraires. Des parlementaires se sont emparés du sujet et l'Assemblée nationale a adopté la loi sur le prix unique en février 2011 : les livres numériques seront vendus par les distributeurs français au prix fixé par l’éditeur. Cependant, il y a discussions pour savoir si la loi s'appliquera aux plateformes de diffusion établies hors de France...
Les attentes des lecteurs sont loin d'être comblées
Un Français sur deux a déjà entendu parler du livre numérique, mais seuls 5 % en lisent, et la plupart privilégient l'ordinateur comme support de lecture.
En effet, malgré l’intérêt affiché pour le livre numérique, les lecteurs potentiels présument que les readers n’offrent pas encore un confort de lecture optimal. Certes, cogniticiens, psychologues et ergonomes s’accordent à dire que lire à l’écran présente des inconvénients : chute de la vitesse de lecture, difficulté à repérer les mots, à mémoriser le sens du texte... Sur le web, la multiplicité des liens sollicite encore davantage le lecteur au point de le distraire d'une lecture en profondeur, voire d’engendrer un certain stress, si bien que notre cerveau doit s’adapter à ces nouveaux comportements de lecture. L'inconvénient majeur reste la fatigue visuelle. Cependant ces écueils concernent surtout les écrans classiques, et le papier électronique améliore la lisibilité et le confort de lecture.
Beaucoup estiment aussi que l’offre éditoriale française est limitée ; elle est en tout cas méconnue. Pour le moment, il est vrai que les éditeurs proposent surtout des livres numériques homothétiques du papier, et ce avec une qualité typographique moindre. Et peu d’auteurs tirent parti des possibilités du multimédia, même si on peut déjà trouver quelques livres dits "enrichis", ou "animés", qui proposent de la vidéo, du son, de l'interactivité, des liens internet…
Enfin, les lecteurs potentiels attendent un prix de 40% inférieur à celui du livre imprimé, et souhaitent garder le droit d’en conserver le contenu, d’en disposer aussi bien sur leur portable que sur leur liseuse, et de le partager aussi simplement qu’ils prêtent un livre papier.
Questions/réponses
Glossaire
Le vocabulaire, qui n'est pas encore fixé, suscite la confusion.
Voici les définitions proposées par le Syndicat national de l'édition :
Source : Syndicat national de l'édition (SNE)
De nouvelles formes de lecture ?
Film de 32 minutes réalisé en 2010 par Sylvie Allonneau (Production : Universcience)
Alain Giffard (Ars industrialis) et Sébastien Leplaideur (éditions Belin) débattent des nouvelles formes de lecture autour de trois thématiques : "L'internet a-t-il tout changé ?", "Livre électronique contre livre papier", "Et l'écriture dans tout ça ?".
Livre électronique : une bibliothèque dans la poche
Film de 8 minutes réalisé en 2009 par Laurent Orluc (Production : Cité des sciences et de l'industrie)
Apparu en France au tout début des années 2000, le livre électronique a connu un démarrage discret. Avec l’apparition de la troisième génération de livres électroniques, depuis 2009 le succès commercial semble enfin se dessiner...



