Nourrir le monde en 2050 : le défi de la sécurité alimentaire
Aujourd’hui 1 individu sur 7 dans le monde, soit environ 1 milliard, souffre de faim chronique. A l’horizon 2050, les prévisions sont d’environ 9 milliards d’humains sur Terre, dans un contexte de tension énergétique, de forte dégradation environnementale, et à une période où les conséquences du réchauffement climatique devraient être encore plus prégnantes : phénomènes climatiques violents, terres immergées, sécheresse...
Alors quel modèle agricole permettrait de nourrir les êtres humains que compte et comptera la Terre en 2050, de leur apporter la sécurité alimentaire en doublant la production agricole tout en préservant la planète ? Des chercheurs et des spécialistes (économistes, agronomes, biologistes…) analysent des scénarios, alimentent les réflexions et proposent des pistes de solutions pour relever ces défis.
4 notions pour comprendre
Alimentation, agriculture : point sur la situation actuelle
A ce jour plus d’1 milliard de personnes sont sous-alimentées, la situation résulte de plusieurs facteurs : production et rendement insuffisant dans plusieurs parties du monde ; inégale répartition des ressources alimentaires entre les individus de même ou de différentes nations; guerres et conflits civils ; augmentation de la part de l’alimentation d’origine animale ; concurrence de l’alimentation avec la production de biocarburants…
Marchés et alimentation : des rouages complexes
Une denrée alimentaire est traitée comme une matière première au même titre que le pétrole, le bois ou le charbon. Riz, huile, soja sont des valeurs monnayables, ouvertes au marché mondial, sur lesquelles on peut spéculer. L’évolution des prix sur les marchés des denrées alimentaires (notamment céréales, huiles, produits laitiers, viandes et sucres) est suivie par des instances nationales et internationales (telle la FAO : Food and Agriculture Organization) car cette évolution a une incidence sur la sécurité alimentaire mondiale.
Un nouveau système agricole responsable ?
En 2050, il faudra produire deux fois plus pour assurer un approvisionnement mondial suffisant et d’autre part, il faut dès maintenant réduire les effets nocifs de l’agriculture sur la planète.
Pour configurer un nouveau système agricole responsable, des chercheurs et spécialistes de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), du CIRAD (Centre de recherche agronomique pour le développement), ainsi qu’une équipe internationale dirigée par Jonathan Foley (directeur de l'Institut sur l'environnement de l'Université du Minnesota), l’Académie des sciences proposent des solutions concordantes et interdépendantes à ces défis.
- ralentir et stopper l’extension des terres agricoles, qui sont limitées, et ont des répercussions sur l’équilibre des écosystèmes.
- faire remonter les rendements les plus faibles particulièrement dans les pays d’Afrique subsaharienne et d’Amérique du sud tout en protégeant leurs marchés locaux des nécessaires échanges internationaux.
- mieux utiliser les ressources au niveau mondial, c'est-à-dire limiter la consommation d’eau, d’engrais et d’énergie tout en maintenant les rendements et en réduisant les impacts environnementaux de l’agriculture
- Nourrir et préserver la planète par Jonathan Foley- Pour la science-no 411-Janvier 2012
- Démographie, climat et alimentation mondiale dir. par Henri Leridon et Ghislain de Marsilly- Rapport RST no 32, Académie des sciences, 2011
- Agrimonde. Agricultures et alimentations du monde en 2050 : scénarios et défis pour un développement durable/ CIRAD-INRA - Note de synthèse, 2ème édition, décembre 2009
Manger autrement et de façon durable
Aujourd’hui, une approche globale de l’alimentation et de l’environnement, associée à une nouvelle façon de penser l’organisation et la production agricole mondiale, est nécessaire. En cumulant la production, la transformation, le transport, la consommation et les déchets induits la chaine alimentaire pèse de manière significative sur l’environnement. Elle représenterait, selon les travaux publiés par l’Institut français de l’environnement (IFEN), plus de 30% des émissions à des gaz à effet de serre (GES) des français …
Les pistes suivantes permettraient d’augmenter qualitativement mais aussi quantitativement la nourriture disponible pour tous les êtres humains tout en limitant les conséquences néfastes liées au réchauffement climatique, et à la pollution de la Terre :
- modifier nos habitudes alimentaires en mangeant moins de protéines animales, et en acceptant de nouveaux types d’aliments dans notre assiette,
- limiter la perte et le gaspillage de la nourriture produite,
- mais aussi imaginer des solutions innovantes permettant de produire « localement » et de façon durable comme l’illustre le mouvement des fermes urbaines.
- Pour une alimentation durable et responsable- article Ademe et vous - no 52, février 2012
- L'agriculture en ville et si cétait possible ?- Zegreenweb.com
- Fermes urbaines- Dossier innovation - supplément Le monde
- Insectes, algues et viande artificielle vont-ils nourrir la planète ? blog d'Audrey Garric
Carte interactive
La crise mondiale des prix alimentaires et ses effets réels : carte des zones de tension. Oxfam
Vidéos
Découvrez une sélection de films :
- Extraits de l'émission Complément d'enquête "Alimentation : main basse sur la Terre " de Benoît Duquesne.- France 2 , 2009. -7 parties
"Et si demain, on n’arrivait plus à nourrir la planète ?
Où trouver de la terre nourricière ? Voilà l’enjeu pour des pays entiers qui n’hésitent plus à acheter ou louer des terres d’autres Etats.... "
- Extrait du film 'Entomophages' de C. Cousin. - Via découvertes production, 2010 . - www.viadecouvertes.fr
"Au Laos, tout ce qui bouge se mange, sauf les bicyclettes ! Scorpions d’eau, punaises géantes, araignées, larves et cafards. Tout y passe. Les Laos sont entomophages..."
Questions/réponses
Rapports sur la sécurité alimentaire
L’économie politique de la faim – Les leçons inaugurales du Groupe ESA. 2010
Leçon inaugurale 2010 prononcée par Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation : L’économie politique de la faim, garantir le droit à l’alimentation dans un monde de ressources rares.
Les femmes, clé de la sécurité alimentaire
La brochure "La FAO au travail" se penche sur le bond que ferait la production vivrière si seulement les agricultrices avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, comme la terre et le crédit – et qui permettrait de nourrir 100 à 150 millions de personnes. La publication examine en outre l'évolution du programme de terrain de la FAO d'1,5 milliard de dollars en soulignant les principaux événements et réalisations de la période.
Agroécologie et sécurité alimentaire : rapport du Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter
S’appuyant sur un examen approfondi des publications scientifiques qui ont vu le jour
au cours des cinq dernières années, le Rapporteur spécial présente l’agroécologie comme un
mode de développement agricole qui n’entretient pas seulement des liens conceptuels solides
avec le droit à l’alimentation mais qui a aussi produit des résultats avérés, permettant
d’accomplir des progrès rapides dans la concrétisation de ce droit fondamental pour de
nombreux groupes vulnérables dans différents pays et environnements.
Crédits
© Bibliothèque des Sciences et de l'Industrie/universcience. Paris
Mise en ligne : mai 2012