Après de rudes batailles, la contraception a été acceptée par la société, ce qui a contribué à affranchir la sexualité de la procréation. Expression de nouvelles libertés, la contraception a encouragé l'idée que la procréation pouvait être maitrisée à volonté. Plus récemment l'assistance médicale à la procréation a ouvert de nouvelles perspectives au désir d'enfant. Ces interventions médicales peuvent modifier les normes sociales de la parentalité, voire transgresser les règles de la reproduction sexuée. Elles émergent à une époque où le mariage est souvent remis en cause en tant que lien symbolique et sociale dominant qui, dans notre culture, fondait à la fois le couple, la famille et la filiation. Faut-il inscrire ces évolutions dans un cadre plus large marqué par la fin du monopole du couple parental hétérosexuel sur la reproduction, pour laisser la place à un système mobile de personnes autour de l'enfant où les rôles, les sexes et les filiations biologiques et culturelles ne seraient plus ni fixes ni liés entre eux?

Ce séminaire cherche à discuter les convergences et les divergences existant entre procréation, sexualité et filiation et à cerner la place de la médecine et des médecins dans leur approche individuelle ou collective.

Dans les sociétés sans États: regards anthropologiques

Françoise Héritier, anthropologue, professeure au Collège de France

Maurice Bloch, anthropologue, professeur à London School of Economics