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Des requins âgés de 400 ans !

Septembre 2016

Le requin du Groenland pourrait vivre jusqu’à 400 ans, battant ainsi tous les records de longévité parmi les animaux vertébrés ! C’est ce que révèle une étude scientifique internationale menée par l’université de Copenhague (Danemark) et publiée très récemment dans la revue Science. Faisons connaissance avec cet animal très imposant et mystérieux.

Requin du Groenland ©The Higher Learning
Un grand requin qui aime l’eau froide et voit très mal

Le requin du Groenland - appelé également laimargue atlantique, et Somniosus microcephalus de son nom scientifique - est l’un des plus gros requins de la planète et une des deux seules espèces de requins à vivre dans les eaux glaciales de l’océan Arctique. Avec un poids de 900 kg et une taille moyenne de 5 m, pouvant parfois atteindre 7 m, il se situe juste après le grand requin blanc, un des plus grands prédateurs vivant aujourd’hui dans les océans.

Comme tous les requins, c’est un poisson cartilagineux : il n’a ni os (pas d’arrête) ni écailles. On le rencontre le plus souvent dans les eaux polaires de l’Atlantique et du Pacifique Nord, à une profondeur comprise entre 200 et 400 m, avec une préférence pour l’eau bien fraîche, de 2 à 7° Celsius.

Presque tous les requins du Groenland sont parasités par un petit crustacé (un copépode) qui se fixe sur ses yeux, entraînant des lésions de la cornée, ce qui au fil du temps endommage gravement sa vue. Cependant, comme il passe la plupart de son temps à des profondeurs où la lumière ne pénètre pas, il utilise peu ses yeux et compense par d’autres sens, notamment  l’audition, l’olfaction, la perception des vibrations et la détection électromagnétique. Ce parasite pourrait toutefois lui être utile car étant de couleur vive, il peut jouer le rôle d’appât pour attirer des proies.

Parasite copépode accroché à un œil de requin du Groenland © Doug Perrine / Arkive.org
Une croissance lente, des mouvements amorphes et un appétit d’ogre

Contrairement à beaucoup d’autres espèces de requins rapides et très vifs, ce dernier, avec son corps pesant et ses mouvements lents, semble plutôt amorphe. Il n’en reste pas moins un redoutable prédateur muni de dents très effilées qui s’attaque à toutes sortes de proies : poissons de toutes tailles, phoques, cétacés, calmars, crustacés, mollusques, oiseaux de mer et charognes : bizarrement, on a même retrouvé des parties de chevaux et un renne entier dans l’estomac d’un requin du Groenland !

Cette espèce est ovovivipare, c’est-à-dire que la femelle donne naissance à des petits requins (environ 10 par portée) après que les œufs ont éclos dans son ventre. Des petits pas si petits d’ailleurs, car ils mesurent 90 cm à la naissance !

Des études ont montré que ce requin a une croissance très lente (d’un cm par an maximum) et une maturité tardive puisqu'il doit attendre d’avoir 150 ans pour se reproduire ! Ce qui explique en partie que cette espèce soit classée quasi menacée sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). S’ajoute à cette reproduction tardive le fait que les requins sont pêchés massivement et trop souvent exterminés par l’homme.

Requin du Groenland pêché accidentellement par des Inuits © Susan Dennard
Comment les chercheurs déterminent-ils l’âge d’un poisson ?

Pour évaluer l’âge d’un poisson osseux, les chercheurs font un examen des otolithes, c'est-à-dire des petites concrétions situées dans l’oreille interne. En effet, tout au long de la vie, des couches concentriques de carbonate de calcium se déposent sur les otolithes et permettent d’estimer l’âge d’un poisson, un peu comme les anneaux de croissance d’un arbre coupé nous renseigne sur son âge.

Mais les requins sont des poissons cartilagineux et non osseux, ils n’ont donc pas d’otolithes ! Les chercheurs se sont intéressés au cristallin des yeux de 28 spécimens pêchés, car cette lentille naturelle composée de couches de cellules sans noyau, a la particularité de conserver tous les éléments depuis l’état fœtal du requin. Après analyse de leurs cristallins au carbone 14 (une méthode de datation radiométrique), ils ont pu mettre en rapport la taille des requins et leur âge. Ils ont ainsi estimé que le plus grand des requins pêché, d’une longueur de 5,02 m, était âgé de 392 ans !

Denticules de la peau d’un requin du Groenland © Doug Perrine / Arkive.org

On sait désormais que le requin du Groenland dépasse largement le record de longévité des animaux vertébrés qui jusque-là était attribué aux 211 ans de la baleine boréale. Et si l’on considère que plus la taille d’un spécimen est grand, plus il est âgé, on se dit qu’une laimargue de 7 m doit avoir atteint un âge encore plus avancé !

Sur les raisons d’une telle longévité, les chercheurs avancent l’hypothèse d’une croissance très lente (1 cm par an) et d’un âge très tardif pour pouvoir se reproduire. Certains imaginent aussi que l’eau froide de l’Arctique pourrait jouer un rôle sur leur durée de vie.

Pourquoi il importe de protéger les requins

Il reste donc encore beaucoup de choses à découvrir sur ces requins du Groenland et sur les 500 autres espèces de requins qui peuplent les océans. Alors, si nous voulons percer tous leurs secrets, il faut changer notre regard sur ces mal-aimés et arrêter de les exterminer. Aujourd’hui, un grand nombre d’espèces sont menacées, ce qui fragilise la biodiversité et tout l’écosystème marin.

Ces animaux sont en effet des superprédateurs qui se placent au sommet des chaînes alimentaires et régulent la quantité de poissons et d’animaux marins. Leur disparition a des répercussions sur toute la chaîne. On constate ainsi que la baisse du nombre de requins au large de la Floride a entraîné une forte augmentation du nombre de raies, que les requins consommaient. Or, l’accroissement de ces raies, qui se nourrissent de coquillages et notamment de coquilles Saint-Jacques, devient un réel problème pour les pêcheurs qui observent le déclin de celles-ci.

Alors, même si les requins nous effraient et que nous ne les portons pas dans nos cœurs, nous devons cesser de les exterminer car leur disparition ne peut qu’avoir des conséquences néfastes et bien plus graves que leur seule disparition.

Pour aller plus loin…

Un article rédigé par le Radis vert, à partir des sources suivantes :

Radio-canada.ca ; passeurdescience ; letemps.ch ; requins.eu ; wwf.ca ; geerg.ca ; wikipédia.org ; arkive.org

 

 

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