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La génétique nous mènera-t-elle vers des enfants à la carte ?

Juin 2015

La publication d'une étude révélant que des chercheurs chinois ont tenté de modifier le génome d’embryons humains pour corriger des gènes défectueux a vivement secoué le monde de la génétique. Cette technique est-elle risquée ? N’y a-t-il pas une menace d'aller vers une société eugéniste ?

Représentation d’un fragment d’ADN © RBFried / iStock by Getty Images

Il y a à peine 3 ans, personne ne pensait qu’on pourrait corriger des gènes aussi précisément, mais depuis l’invention de la méthode dite « CRISPR-Cas9 » utilisée sur des bactéries, puis sur des plantes et des animaux, on apprend que cette technique a été utilisée sur des humains !

Après avoir récupéré dans des cliniques, des embryons humains qui n’auraient pas pu aller au terme de leur développement, ces scientifiques ont testé sur eux une technique qui consiste à supprimer des gènes défectueux pour les remplacer par des gènes sains. Il s’agit en quelque sorte de couper des séquences d’ADN  grâce à des ciseaux moléculaires d’une incroyable précision.

Travail en laboratoire © AlexRaths / iStock by Getty Images
Cette technique est-elle fiable et maîtrisée?

Bien qu’expérimentée et testée depuis 2012, cette technique n’est pas parfaite et n’a pas montré de résultats probants lors de cette tentative par les chercheurs Chinois. Il y a en effet toujours le risque de se tromper de séquence d’ADN et de procéder à une modification hors de la cible visée.

De plus, quand on pratique une manipulation génétique, on touche à une très grande quantité d’informations que l’on ne connait pas nécessairement. Donc, lorsqu’on modifie un gène, cela ne change pas seulement l’information X, mais peut aussi altérer d’autres informations portées par un segment d’ADN. Dès lors, on ne maîtrise plus le résultat attendu car on ignore ce que peut entraîner le changement d’une information inconnue.

Et surtout, nous sommes ici dans un cas très différent d’une thérapie génique qui consiste à transférer des gènes « médicaments » dans les cellules d’une personne pour traiter une maladie. Cette technique ne concerne que la personne malade et n’agit que sur les cellules malades. Or, le fait de pratiquer des modifications génétiques sur un embryon conduit à une modification génétique irréversible de l’espèce humaine car toute modification embryonnaire est héréditaire et se transmet d’une génération à une autre.

Recherche génétique en laboratoire © Pgiam / iStock by Getty Images
Des enfants à la carte ?

Cette technique suscite de nombreuses réactions parce qu’elle va ouvrir la boîte de Pandore des manipulations génétiques. Aujourd’hui la loi française n’autorise pas de telles manipulations sur les embryons, mais celles-ci sont déjà expérimentées dans des pays soumis à d’autres législations. Si cette technique est encadrée et n’est utilisée que pour la guérison des maladies génétiques, on ne peut que s’en réjouir et considérer que c’est un progrès.

En revanche, si elle sert à modifier les gènes en manipulant l’embryon pour satisfaire le désir de parents qui veulent un enfant à la carte en choisissant la couleur de ses yeux, de sa peau, sa taille, il y a vraiment danger d’aller vers une société telle qu’imaginée par l’écrivain Aldous Huxley dans son roman « Le meilleur des mondes » où tous les bébés sont conçus en laboratoires et conditionnés génétiquement pour appartenir à une des cinq castes de la société.

© JRB / Fotolia.com
Le risque d’une société eugéniste ?

Cette idée du monde n’est pourtant plus de la science-fiction. Sous la pression de mouvements transhumanistes qui désirent accroître les capacités physiques et mentales des humains par l’emploi des sciences et techniques,  certains laboratoires ont même commencé à expérimenter des manipulations génétiques sur des cellules sexuelles (spermatozoïdes et ovules). Leur but est d’utiliser l’usage de la génétique pour fabriquer des êtres parfaits !

Ce but n’est autre qu’une théorie eugéniste qui cherche à sélectionner les « meilleurs individus », en éradiquant les caractères humains jugés non bénéfiques, pour tendre vers la perfection. Mais qu’est-ce donc qu’un être parfait ? Et qui décide qu’un être est parfait ou ne l’est pas ?

Ces théories déjà éprouvées dans le passé, se sont traduite par des horreurs innommables où des États n’ont pas hésité à supprimer et stériliser des personnes handicapées, homosexuelles, malades, alcooliques, toxicomanes, condamnées à des peines de prison, ou simplement de condition modeste…

Alors, pour ne pas tomber dans l'abomination de telles pratiques, gardons toujours en mémoire  la belle formule de Rabelais qui dit : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » et réfléchissons à la dimension humaine, que les sciences et techniques, toujours à l’affût d’innovation, peuvent vite oublier.

Pour aller plus loin…

Un article rédigé par la Tomate bleue, à partir des sources suivantes :

Le Monde.fr ; Atlantico.fr ; Le Figaro ; La recherche ; Industrie-techno.com

 

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