Mars 2015

Si les serpents venimeux représentent un danger, ils peuvent aussi  se révéler utiles, voire précieux pour la médecine ! Le Musée australien de Melbourne qui s’apprête à ouvrir une banque de venins l’a bien compris, de même que toutes les équipes scientifiques qui les étudient dans le but de fabriquer des antidotes contre ces poisons, mais aussi pour concocter de nouveaux médicaments.

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Viper cobra snake © Alejandro Arciga - Thinkstock
Des millions de personnes utilisent déjà un médicament élaboré à partir d’un venin

La recherche s’intéresse déjà depuis plusieurs années aux venins de serpents (ainsi qu’à d’autres venins d’animaux) pour comprendre leurs mécanismes d’action et mettre au point des anti-venins et divers médicaments. Un médicament a déjà été produit contre l’hypertension artérielle à partir du venin de cobra jararaca - qui tue ses proies en réduisant leur pression artérielle. Aujourd’hui, des millions de personnes utilisent ce remède.

À l’université du Delaware (États-Unis), des chercheurs étudient un des composants du venin d’une vipère originaire du Moyen Orient, qui pourrait soigner certains cancers de la peau. En France, une équipe travaille à la mise au point d’un antalgique (remède qui atténue la douleur) en utilisant des protéines issues du venin du mamba noir, un serpent d’Afrique de l’Est. La fabrication d’un nouveau médicament antidouleur pourrait remplacer la morphine - qui comporte beaucoup d’effets secondaires gênants, et constituerait une réelle avancée pour les patients.

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Serpent corail ©beastsoflegends.kazeo.com

L’actualité récente nous apprend qu’après 10 ans de travaux, des chercheurs viennent d’établir la composition du venin du serpent corail. Cette découverte pourrait aider la médecine à mieux comprendre certaines maladies du système nerveux comme l’épilepsie, la schizophrénie ou les douleurs chroniques.

Bien que peu toxique pour l’homme, les couleuvres ont aussi du venin. Avec le venin de ces couleuvres et celui des lézards, le champ d’étude s’est beaucoup agrandi et l’on passe à 4 900 espèces intéressantes du point de vue pharmacologique. Le travail de recherche pour analyser ces venins, les synthétiser et aboutir à des remèdes réclame bien sûr beaucoup de temps et de moyens, mais la richesse d’un tel panel laisse beaucoup d’espoir pour aboutir à de nouveaux traitements.

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Couleuvre © Charente libre
Passer du venin qui tue aux médicaments qui soignent

Les toxines présentes dans le venin servent à neutraliser rapidement les fonctions vitales d’un animal, à savoir la coagulation du sang, la pression artérielle, la transmission de l’influx nerveux (qui agit sur la locomotion). On peut utiliser ces toxines pour en faire des alliés pharmaceutiques avec des molécules capables de fluidifier ou de coaguler le sang, de diminuer la tension, de combattre les bactéries et les cancers. Une fois ces molécules trouvées,  il faut ensuite les synthétiser pour fabriquer des médicaments efficaces et sans danger, ce qui nécessite des essais très longs avant leur mise sur le marché.

Pourquoi certains serpents n’ont-ils pas de venin ou un venin très peu toxique ?

La perte du venin chez les serpents s’explique par leur régime alimentaire : ils sont tous carnivores, mais ceux qui se nourrissent d’escargots, de mollusques ou d’œufs de poissons ou de lézards ont perdu leur venin. En revanche, ceux qui s’attaquent à des proies mouvantes ou plus grandes, ont besoin de venin pour les ralentir et les stopper.

Il y a aussi bien sûr les serpents constricteurs, comme les boas et les pythons, qui grâce à leur taille, leur poids et leur force peuvent immobiliser une proie, s’enrouler autour de son corps et l’étouffer avant de l’ingérer.

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Python réticulé © Wikipédia
Que faire en cas de morsure de serpent ?

On compte chaque année près de 2 millions de morsures de serpents et le nombre de morts dans le monde, plus important dans les pays tropicaux, pourrait s’élever à 100 000. En France, on recense environ 1 000 morsures de vipères avec une moyenne d’un mort et demi par an, car on bénéficie de très bons sérums qu’on sait utiliser, et qui ne provoquent pas d’allergie.

S’il arrive qu’un jour tu te fasses mordre par une vipère au cours d’une promenade, il faut appeler le Samu en composant le 15 ou te faire transporter à l’hôpital. En attendant l’arrivée des secours, il est important de rester calme et de ne pas bouger car l’agitation accélère la diffusion du venin. Si tu disposes d’un antiseptique pour désinfecter la plaie, n’hésite pas à le faire et retire tout ce qui pourrait serrer la zone mordue (bague, bracelet, chaussure…) car les morsures de vipères provoquent un œdème (c’est-à-dire un gonflement autour de la région mordue).

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Vipère aspis © Werner Seiler - Wikipédia

Contrairement aux nombreuses idées reçues, il ne faut ni sucer la plaie, ni l’inciser, ni poser de garrot, ni utiliser de kit anti-venins dont l’efficacité est nulle. En cas de douleur,  tu peux prendre du paracétamol, mais surtout pas d’aspirine ni d’anti-inflammatoire qui favorisent les saignements. Une fois à l’hôpital, les médecins observeront la progression de l’œdème et t’injecteront  un sérum s’ils le jugent nécessaire.

Voici quelques conseils pour te prémunir des morsures de serpents dans la nature :
  • évite de partir seul-e en promenade et munis-toi d’un téléphone portable ;
  • porte des vêtements qui te couvrent bien le corps (pantalon et manches longues), ainsi que chaussures fermées et montantes ou des bottes ;
  •  regarde bien où tu poses les pieds et les mains et ne touche pas un serpent qui te semble mort ;
  • si tu croises un serpent sur ton chemin, n’essaye pas de l’attraper ou de le tuer, évite-le sans paniquer ni crier car il aura sans doute aussi peur que toi et fuira ;
  • et même si tu n’apprécies pas ces petites bêtes, ne leur fait pas de mal car beaucoup sont déjà en voie de disparition, alors qu’elles peuvent nous rendre de vrais services !
Pour aller plus loin…

Un article rédigé par la Tomate bleue, à partir des sources suivantes :

France inter : Nouvel Obs ; CNRS ; Société chimique de France ; ConsoGlobe ; Maxisciences ; VoilaSydney ; Ameli-santé