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Biologie & Santé

Baclofène, le verre à moitié plein ?

Les résultats de plusieurs études confirment l’effet positif du baclofène sur le manque mais des résultats sur les effets secondaires sont encore attendus.

Le baclofène est un médicament qui agit sur l’envie irrépressible de boire, ce que l’on appelle le craving en anglais. C’est « LE point fondamental des pathologies addictives », selon le docteur Xavier Laqueille, chef du service d’addictologie à l’hôpital Sainte-Anne. À l’origine de son succès, le témoignage d’Olivier Ameisen, un cardiologue qui s’est lui-même administré ce relaxant musculaire pour soigner son alcoolisme. Le baclofène permet aux patients alcooliques d’observer une abstinence partielle de l’alcool sans retomber dans l’alcoolisme. Sous la pression des associations de patients qui y ont vu un intérêt certain, le baclofène bénéficie d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) depuis 2014. 

Mais jusqu’à présent, aucune étude clinique fiable n’avait mis en évidence son efficacité. Le 3 septembre dernier, au Congrès mondial sur l’alcool et l’alcoolisme, les résultats de deux études françaises ont été présentés. Si le baclofène n’est pas le médicament miracle attendu par certains, son efficacité est désormais avérée scientifiquement.

Efficace à haute dose

La première étude française, Alpadir, présente des résultats nuls pour l’abstinence et non significatifs pour la réduction de l’alcool, à l’exception des patients ayant une consommation à risque élevé, à savoir l’équivalent de 12 verres de vin par jour. Toutefois, la dose maximale quotidienne de baclofène prescrite plafonnait à 180 g par jour, une dose jugée trop faible par les spécialistes.

En revanche, l’étude Bacloville — plus longue, plus exhaustive et donc plus attendue — a dévoilé des premiers résultats très encourageants. Soutenue par le programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) et l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (APHP), cette étude a été menée auprès de 320 patients suivis par 60 médecins généralistes pendant un an. Au 12e mois de l’étude, 56,8 % des patients sous baclofène et 36,5 % de ceux du groupe placebo sont parvenus à arrêter ou réduire leur consommation d’alcool à une consommation médicalement correcte, environ 2 verres de vin pour une femme et 4 pour un homme. La posologie maximale quotidienne était cette fois de 300 g par jour — soit la dose utilisée par le cardiologue Olivier Ameisen pour se soigner.

« 90 % des patients souffrent d'effets secondaires »

Un patient sur deux en situation de succès au 12e mois, c’est bien plus que le chiffre de 25 % obtenu par les stratégies existantes. Un médicament miracle ? Les résultats secondaires de l’étude Bacloville et une enquête en cours au CHU de Lille sur les réactions au traitement pourraient atténuer cet enthousiasme. En effet, dans l’étude Alpadir « 90 % des patients souffraient d’effets secondaires tels que somnolence, asthénie, pertes d’équilibre ou insomnies" indique le Pr Michel Reynaud, responsable de l’étude. Mais aucun effet secondaire important n’a été constaté », tempère-t-il. Une autre étude conduite par l’Inserm a démontré que le baclofène pouvait entraîner des apnées du sommeil sévère, invitant les prescripteurs à être vigilants. Pris à haute dose, le médicament comporte aussi des risques psychologiques. « Je ne prescris pas de baclofène aux patients bipolaires ou avec des antécédents de toxicomanie », explique le Dr Xavier Laqueille.  

En attendant les résultats définitifs, une nouvelle version de la RTU (Recommandation temporaire d'utilisation)  sera à l’étude à partir de novembre puisque l’autorisation s’achève en mars 2017.

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