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Bioéthique : demain les clones ?

Même si aucune preuve scientifique n’a encore été apportée, l’annonce, le 26 décembre 2002, de la naissance du premier clone humain par le Mouvement des raéliens a provoqué une avalanche de réactions. A ce jour, bien que cette technique soit condamnée par toutes les instances de bioéthique au monde, aucune convention internationale ne l’interdit.

En France, une annonce qui indigne

Après l'annonce de la naissance du premier bébé cloné... Malgré l'absence de preuve, l'annonce de la naissance du premier bébé cloné par les raéliens a été reprise par quasiment toute la presse française. © CSI


« On peut se demander si le clonage n’est pas un symptôme de la folie du monde occidental, où toutes les manipulations et toutes les transgressions sont banalisées. »
Monette Vacquin, psychanalyste
(Le Figaro, 28 décembre 2002)

« Le clonage reproductif est un acte d’arrogance sans nécessité médicale. »
René Frydman, gynécologue-obstétricien
(Le Nouvel Observateur, 19-25 décembre 2002)

« Fabriquer un être humain génétiquement prédéterminé est une atteinte à sa liberté. »
Bertrand Jordan, biologiste
(Le Journal du Dimanche, 29 décembre 2002)

« Même si le clonage devenait médicalement aussi sûr que l’on pourrait l’espérer, il n’en demeurerait pas moins immoral. »
Axel Kahn, généticien
(L'Humanité, 30 décembre 2002)

« Je suis partisan, dans des cadres restant à élaborer, d’une autorisation très restrictive et rigoureusement encadrée du clonage reproductif… comme la seule façon responsable de promouvoir la dignité et le respect de ces enfants qui seront bien, à part entière, les enfants de cette humanité étrange, un peu monstrueuse parfois mais aussi douée de génie, dont chacun d’entre nous fait partie. »
Louise L. Lambrichs, écrivain
(Le Nouvel Observateur, 19-25 décembre 2002)

« Renoncer à faire des lois [pour interdire le clonage reproductif] au prétexte qu’elles seront transgressées constituerait une importante régression. Ainsi le viol comme arme de guerre est devenu, grâce au TPI, un crime contre l’humanité. […] Le respect de la dignité humaine […] impose à la France, au travers des institutions internationales, de promouvoir le classement du clonage reproductif comme crime contre l’humanité, poursuivi et puni, sans prescription possible, par un tribunal pénal international. […Sinon, ce] serait en quelque sorte une figure politique moderne de la complicité. »
Israël Nisand, gynécologue-obstétricien
(Le Monde, 1er janvier 2003)

Clonage reproductif et clonage thérapeutique

Plus de trois Français sur quatre (77%) se disent scandalisés ou choqués par le clonage reproductif (sondage téléphonique CSA réalisé auprès d’un échantillon de 1002 personnes et publié vendredi 10 janvier par Le Parisien / Aujourd’hui en France).

En quoi consistent le clonage reproductif et le clonage thérapeutique ?

Le clonage reproductif a pour but de produire des organismes complets (animaux, plantes…) génétiquement identiques. Le clonage thérapeutique, lui, vise principalement à cloner des cellules embryonnaires en vue de produire des tissus, voire des organes destinés à être greffés. Dans les deux cas, la première étape nécessite l’obtention d’embryons par la méthode de transfert de noyaux (comme pour Dolly). Pour le clonage reproductif, on transplante ensuite l’embryon dans un utérus de mère porteuse pour qu’il poursuive son développement. Le clonage thérapeutique, lui, consisterait à maintenir en culture in vitro les cellules embryonnaires, puis à leur donner l’ordre de se différencier dans le tissu cellulaire désiré.

Cependant, 69% des Français sont favorables à l’utilisation du clonage ou des manipulations génétiques pour soigner une maladie.

Comment Dolly a-t-elle été créée ?

La brebis Dolly, premier clone de mammifère obtenu à partir d’une cellule adulte, a vu le jour le 5 juillet 1996. Pour la créer, les chercheurs écossais Ian Wilmut et Keith Campbell ont remplacé le noyau d’un ovocyte par celui d’une cellule de brebis adulte. L’œuf ainsi formé a commencé à se diviser en 2, 4, 8… cellules, toutes identiques, comme un œuf issu d’une fécondation. L’embryon a ensuite été placé dans l’utérus d’une autre brebis, qui a joué le rôle de mère porteuse. Ainsi, Dolly a hérité de la totalité du patrimoine génétique d’un seul individu -la brebis d’origine- et non des chromosomes amenés pour moitié par un spermatozoïde et pour l’autre par un ovocyte, comme une cellule résultant d’une fécondation. La technique du clonage permet donc de créer des animaux sans rencontre de gamètes : c’est une reproduction asexuée.

Aux Etats-Unis, une procédure judiciaire en cours

Aux États-Unis, Maître Bernard Siegel, avocat à Miami, a demandé à un tribunal de Floride – État où a été annoncée la naissance du premier clone présumé – de retirer la garde de l’enfant à la femme qui lui a donné le jour et à son mari stérile, et de le placer sous tutelle judiciaire. Pour Me Siegel, qui affirme agir en son nom propre, le nourrisson est une forme de « cobaye humain », il est le fruit « d’une dangereuse expérience médicale » et est utilisé à des fins mercantiles par la société Clonaid qui facture 200 000 dollars la tentative de clonage reproductif.

Suite à cette plainte, les parents du clone présumé et Thomas Kaenzig, vice-président de Clonaid, ont été cités à comparaître le 29 janvier 2003 devant le tribunal de Fort Lauderdale. Lors d’une audience préliminaire, le 22 janvier, à laquelle il participait par audio-conférence, Thomas Kaenzig n’a donné aucune précision sur le bébé malgré les questions du juge John Frusciante. Compte tenu de la menace de mise sous tutelle, les responsables du mouvement Raélien ont décidé de retarder la publication des preuves scientifiques qu’ils avaient prévu de diffuser les jours suivants la naissance pour, disent-ils, protéger l’enfant et les parents. Le couple, la présidente de Clonaid, Brigitte Boisselier et Raël, le gourou de la secte des raéliens, étaient convoqués à l’audience mais ne s’y sont pas présentés.

Par ailleurs, la secte a annoncé deux nouvelles naissances de clones : une autre fille serait née le 3 janvier d’un couple d’homosexuelles néerlandaises et un garçon aurait vu le jour le 22 janvier au Japon. La communauté scientifique attend toujours les preuves.

La preuve par l’ADN

Authentifier l’acte de clonage ne pose aucune difficulté technique. Il suffit qu’un laboratoire capable de réaliser une empreinte génétique fasse un prélèvement biologique sur la mère et sur l’enfant (un échantillon de sang ou de la muqueuse buccale, par exemple). Ensuite, les généticiens doivent comparer les deux ADN. S’ils étaient identiques, l’enfant serait bien le clone de sa mère.

Au plan international, un vide juridique

À ce jour, aucune convention internationale n’interdit le clonage. Seul le Conseil de l’Europe a adopté, en 1998, un texte bannissant « la création d’un être humain génétiquement identique à un autre être humain ». Quels que soient les doutes sur la réalité du clonage revendiqué par les raéliens, Jacques Chirac a appelé à une interdiction universelle du clonage reproductif et George W. Bush à une interdiction totale de cette pratique, qu’elle soit reproductive ou thérapeutique. En effet, d’autres naissances d’enfants clonés sont d’ores et déjà annoncées, par Clonaid mais aussi par le sulfureux gynécologue italien Severino Antinori ou encore par l’Américain Panos Zavos. D’où la nécessité de légiférer au plus vite.

En France, le révision des lois de bioéthique par le Sénat s'est terminée le 30 janvier 2003. Le clonage reproductif a été qualifié de « crime contre l’espèce humaine », et toute transgression devra être puni de trente ans de prison. Le délai de prescription sera de trente ans à partir de la majorité (18 ans) de l’enfant cloné. Le clonage thérapeutique reste aussi interdit, comme les députés l’avaient décidé lors de la discussion en première lecture en janvier 2002.

En Italie, une loi interdisant tout type de clonage est passée devant la Chambre des députés en juin 2002. Elle doit être définitivement adoptée en février 2003 par le Sénat. Elle punira d’amendes et d’interdiction d’exercer les scientifiques qui clonent des êtres humains.

Aux États-Unis, une proposition de loi interdisant à la fois le clonage reproductif et le clonage thérapeutique a été déposée conjointement devant la Chambre des représentants par des élus démocrates et républicains. Si elle est adoptée, les “cloneurs“ risqueront une amende d’un million de dollars et jusqu’à dix ans de prison.

Mais c’est vers les Nations Unies que se tournent les espoirs d’un texte international condamnant le clonage. Malgré l’échec de la dernière assemblée générale, attribué aux États-Unis et au Vatican, la proposition franco-allemande de convention mondiale contre le clonage sera réexaminée en septembre 2003.

Les dates clés du clonage humain

12 janvier 1998
Signature à Paris du protocole additionnel à la Convention d’Oviedo du Conseil de l’Europe, interdisant le clonage reproductif. Seulement 13 des 44 pays membres de l’institution l’ont ratifié à ce jour.

25 novembre 2001
Advanced Cell Technology (ACT) annonce avoir créé un embryon humain par clonage à des fins thérapeutiques. En fait l'embryon est mort au stade six cellules.

12 juillet 2002
Le controversé gynécologue italien, Severino Antinori, affirme qu’il a obtenu une grossesse par clonage avant de se rétracter.

27 septembre 2002
La commission de l’Onu chargée d’élaborer un texte international interdisant le clonage reproductif échoue. De nouvelles discussions sont prévues lors de la prochaine assemblée générale en septembre 2003.

26 décembre 2002
Sans avancer aucune preuve scientifique, Brigitte Boisselier, présidente de la société Clonaid, créée par la secte des raéliens, annonce la naissance d’Eve, premier bébé cloné.

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