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Cœur artificiel : « un court-circuit » selon le professeur Carpentier

Quinze jours après le décès du premier patient porteur du cœur artificiel, le professeur Carpentier estime que le problème est dû à un arrêt soudain de la prothèse. Malgré tout, les essais cliniques autorisés sur trois autres patients doivent se poursuivre.

Quinze jours après le décès du premier patient porteur du cœur artificiel Carmat, le professeur Carpentier, concepteur de la bioprothèse, a confié au Journal du Dimanche quelques éléments d’explication : « Il y a eu un "court-circuit". Cela a entraîné un arrêt cardiaque identique à celui que peut présenter un cœur naturel pathologique. Les chercheurs veulent maintenant comprendre l’origine de ce problème électronique ».

« On ne connaît pas encore les causes exactes du décès », reconnaît-il. Les premières analyses ont permis d’en écarter certaines : « La mort n’est pas liée à une complication du malade ni au principe fondamental de cette prothèse qu’est l’emploi de matériaux biocompatibles pour limiter la formation de caillots et le risque de thrombose ». Dans un premier temps, l’hôpital avait précisé que « les causes du décès ne pourraient être connues qu’après l’analyse approfondie de nombreuses données médicales et techniques enregistrées ».

Un enjeu médical et financier

Mis au point par la société Carmat, ce cœur autonome artificiel avait été implanté pour la première fois le 18 décembre 2013 chez un patient âgé de 75 ans souffrant d’une insuffisance cardiaque au stade terminal. La société française avait reçu l’autorisation de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) en septembre pour un essai clinique sur quatre patients.

Le premier brevet de cette bioprothèse inédite, qui reproduit le fonctionnement du cœur, a été déposé par le professeur Alain Carpentier il y a 25 ans. Elle est destinée aux malades souffrant d’une insuffisance cardiaque en phase terminale, ayant une espérance de vie très courte. Ce cœur artificiel se veut une alternative à la greffe qui fait face à une pénurie importante de donneurs : aux États-Unis et en Europe, 100.000 patients souffrent d’une insuffisance cardiaque importante, alors que 4.000 greffons seulement sont disponibles chaque année. L’enjeu commercial est donc de taille. Carmat estime le potentiel du marché à plus de 16 milliards d’euros : un chiffre qui explique en partie pourquoi la communication autour de ce cœur artificiel est à ce point contrôlée.

L’intervention, risquée, s’était déroulée dans de bonnes conditions pour le malade. Le mois dernier, malgré une évolution postopératoire « longue et difficile», l’état du patient restait satisfaisant, selon les médecins. Néanmoins, il est difficile de tirer des conclusions à partir d’un seul patient. Du point de vue de la société Carmat, « la première implantation dans un essai où le critère de succès était 30 jours est probante, avec 74 jours de survie ». L’évaluation des prochains patients de l’essai clinique est en cours. Une nouvelle implantation est annoncée par Carmat dans quelques semaines, une fois l’analyse des données du premier cœur implanté terminée.

L'action Carmat chute en bourse

Les propos du Pr Carpentier n'ont pas rassuré les investisseurs : l'action Carmat a reculé de 7%, à 83,60 euros. En décembre dernier, lors de l'implantation, son cours s’était envolé pour atteindre 130 euros, alors qu’il n’était que de 18,75 euros lors de son introduction en Bourse, en juillet 2010.

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