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Démographie : la planète des vieux ?

L’espérance de vie n'en finit pas d'augmenter, surtout dans les pays occidentaux. C'est ce que confirme le dernier bilan de l'OCDE. Le “vieillissement” de la population qui en résulte est-il aussi catastrophique qu'on l'annonce parfois ? Quels en sont les véritables enjeux ?

Bouleversements démographiques

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</video> La pyramide des âges. Durée : 5 minutes Comment comprendre et interpréter cette représentation graphique de la population qui, au cours du temps, a de moins en moins l'allure d'une pyramide ? © CSI / Science actualités

La fin du vingtième siècle correspond à la prise de conscience de phénomènes entamés depuis près de deux cents ans, qui se sont considérablement accélérés au cours des cinquante dernières années. Ils se manifestent par de profondes modifications de la pyramide des âges, c’est-à-dire de la répartition des classes d’âge à l’intérieur de la population.

Bilan de l'OCDE en octobre 2003

L’OCDE (organisation de coopération et de développement économique) a présenté en octobre 2003 son Panorama de la santé qui étudie, entre autres paramètres, l’évolution de l’espérance de vie sur les quarante années écoulées entre 1960 et 2000.

En moyenne sur les 30 pays de l’OCDE, l’espérance de vie à la naissance a augmenté de 8,7 années, passant de 68,5 en 1960 à 77,2 ans en 2000 (80,1 ans pour les femmes et 74,2 ans pour les hommes).

L’espérance de vie à 65 ans a elle aussi progressé pour s’établir à 18,9 ans pour les femmes et 15,4 ans pour les hommes, soit des augmentations respectives de 3,4 et 2,8 années entre 1970 et 2000.

Les données par pays font apparaître des augmentations encore plus spectaculaires. Ainsi, en Corée du Sud, l’espérance de vie a fait un bond de 23,1 ans au cours des quarante dernières années. Cette augmentation est de 20 ans en Turquie et 16,6 ans au Mexique.

Il s’agit là d’une évolution fondamentale de la structure de la société, qu’on résume en général sous le terme de transition démographique.

Cette transition a de multiples conséquences que l’on peut constater en s’intéressant à divers indicateurs démographiques. Par exemple, on peut remarquer la “rectangularisation” de la fonction de survie ou mesurer l’accroissement de l’espérance de vie.

L’espérance de vie, une notion globale

Espérance de vie à 60 et 80ans Evolution de l'espérance de vie à 60 et 80 ans au cours du vingtième siècle. © Science actualités (CSI)

Il s’agit probablement de l’indicateur démographique le plus couramment utilisé et le plus parlant. Il risque pourtant d’induire certaines confusions et son augmentation régulière au cours des siècles ne doit pas être prise pour un accroissement de la longévité humaine maximale.

Par exemple, en 1750, l’espérance de vie à la naissance pour un homme était de 27 ans, ce qui n’empêchait pas certains hommes de vivre très vieux. Mais ils étaient très peu nombreux. Seuls 21% des hommes atteignaient l’âge de 60 ans. Deux siècles plus tard, en 1950, ils sont 70% à pouvoir fêter cet anniversaire.

La deuxième moitié du vingtième siècle a vu une augmentation spectaculaire de l’espérance de vie aux âges élevés, c’est-à-dire le nombre d’années que l’on peut s’attendre à vivre encore lorsqu’on a déjà atteint l’âge de 60 ou 80 ans.

Le changement qui s’est opéré en un siècle peut se résumer ainsi : en 1900, quelqu’un qui était arrivé à l’âge de 60 ans avait environ une chance sur quatre de souffler ses 80 bougies. Aujourd’hui, cette probabilité est de trois chances sur quatre.

Mais encore une fois, il ne s’agit là que d’un indicateur statistique, qui prend son sens dans l’observation de l’ensemble d’une population et ne doit pas s’appliquer à des individus.

L'âge de la planète

Champion du monde de la longévité : le Japon, avec une espérance de vie à la naissance de 77 ans pour les hommes et 84 ans pour les femmes.
Et parmi les pays où l'on vit le moins vieux : Haïti (47 ans pour les hommes et 51 pour les femmes), le Niger (41 ans pour les deux sexes) et l'Afghanistan, un des seuls pays où l'espérance de vie des hommes est supérieure à celles des femmes (46 ans contre 44).
La plus basse espérance de vie recensée sur la planète se trouve en Zambie : 37 ans pour les hommes et 38 ans pour les femmes.
Entre ces extrêmes, l'espérance de vie moyenne des citoyens du monde s'établit à 67 ans.

Tous ces chiffres sont extraits de la revue Population et Sociétés, publiée par l'Institut national d'études démographiques dans son numéro spécial de l'été 2001.
Ils doivent être relativisés en fonction de la facilité d'accès aux données démographiques et à leur fiabilité, qui ne sont pas identiques dans tous les pays.

Symboliques centenaires

Les centenaires en France Evolution de leur nombre entre 1901 et 2001. © CSI / Science actualités

Bien que très fréquemment évoquée, la notion de vieillissement d’une population reste parfois quelque peu abstraite. Elle s’applique en effet à l’ensemble d’une société en décrivant les proportions relatives des groupes d’âges, ce qui est très différent de la mesure de l’âge d’un individu.

Ce vieillissement “sociétal” s’accompagne de l’augmentation de certaines catégories de la population. Par exemple, les centenaires. Leur nombre suit une croissance spectaculaire et cette tendance devrait logiquement se confirmer à l’avenir. Leur nombre pourrait etre de 150 000 en 2100, ce qui représenterait une colonne quinze fois plus haute que celle de l’année 2001 sur le graphique ci-dessous.

Un grand besoin de recherches

Ces profondes modifications démographiques posent aux sociétés de nombreuses questions, notamment sur leur capacité à intégrer les diverses classes d’âge et à tirer parti de la “révolution de la longévité” actuellement en marche. Pour s’y préparer et donner aux responsables politiques les moyens de prendre les décisions qui s’imposent, de nombreux scientifiques insistent sur la nécessité de développer des programmes de recherches dans des domaines liés au vieillissement : biologie et médecine, bien sûr, mais aussi sciences humaines et sociales.

Des médicaments pour les seniors ?

Les essais cliniques de l’immense majorité des médicaments n’incluent pas de personnes de plus de 70 ans. Il est donc très difficile de prévoir l’effet de ces molécules sur des patients âgés. Cette lacune est particulièrement regrettable dans certains domaines de la médecine, comme la lutte contre les cancers, qui surviennent dans 60% des cas chez les plus de 65 ans. De plus, près de 10% des hospitalisations de personnes de plus de 70 ans sont dues à des effets médicamenteux indésirables, ce qui amène parfois à retirer certains médicaments du marché.

Quelques réponses et beaucoup de questions

C’est à cette urgence de développer des recherches que répond en partie la création le 26 mars 2002 de l' Institut de la longévité. Cette institution sans murs, doté de 3,20 millions d’euros pour sa première année, travaille autour de quatre axes prioritaires de recherche définis pour son démarrage.

Il s’agira tout d’abord de s’intéresser à des facteurs de susceptibilité génétique, notamment en s’associant à l’étude ''3C'' (pour 3 Cités), qui porte sur près de 10 000 personnes de plus de 65 ans. Un effort sera porté sur l’élevage d’animaux utiles à l’étude du vieillissement et de la longévité. Une autre direction de recherche concernera les handicaps sensoriels liés à l’âge, avec un accent particulier sur la dégénérescence maculaire liée à l’âge et la perte progressive de l’acuité auditive. Enfin, une thématique de recherche sera consacrée à l’aide que peuvent apporter les nouvelles technologies aux personnes âgées en perte d’autonomie (création d’ “appartements intelligents”).

La “guerre des générations” aura-t-elle lieu ?

Dernière interrogation, et non des moindres : Comment les différents groupes d’âges parviendront-ils à cohabiter dans la société de demain ? Les changements démographiques en route sont susceptibles de modifier radicalement les rapports de force entre générations et personne ne peut réellement savoir ce qu’il en adviendra, cette situation n’ayant pas de précédent historique.

Aujourd’hui déjà, un Français sur dix a plus de 75 ans. De 1950 à 2050, on s’attend à voir tripler le nombre des plus de 65 ans dans les pays développés. Et dès 2010, en France, les plus de 60 ans seront plus nombreux que les moins de 20 ans. Cette évolution s’accompagne de changements dans la structure des familles, où le nombre de générations vivantes au même moment atteint parfois cinq.

Une étude a été réalisée sur ces familles pentagénérationnelles par la Fondation nationale de gérontologie et le laboratoire Novartis. Elle a porté sur 3 382 familles qui s’étaient spontanément fait connaître et a permis de repérer les rôles de chaque génération ainsi que les stratégies de collaboration qui existent entre elles.

Cette présence d’un grand nombre de familles à cinq générations pourrait toutefois n’être qu’un phénomène provisoire. En effet, l’âge des parents à la naissance du premier enfant a tendance à augmenter, ce qui accroît d’autant l’écart entre les générations.

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