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Dernières analyses de l'Ifen : l'eau malade des pesticides?

À la veille de l’entrée en vigueur de la nouvelle politique agricole commune (PAC), le 1er janvier 2005, l’Ifen dresse un bilan inquiétant de l’état de santé des cours d’eau français.

Une « contamination généralisée »

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</video> “Poissons en Seine“, un reportage de Jacques-Olivier Baruch (8'30) - 1999 De récentes analyses ont mis en évidence des mutations chromosomiques, à l'origine d'anomalies dans la répartition des sexes, sur certains poissons du fleuve à proximité de Paris. Enquête sur le réel état de la pollution de la Seine.

Réalisation : Jacques-Olivier Baruch
Image : François Gentil
Son : Mohamed Chekkoumy, Sylvain François
Montage : Cécile Fernandez
Moyens techniques : France 3 Ile-de-France
© CSI / Science Actualités

Les pesticides sont présents à grande échelle dans les cours d’eau et les lacs. Telle est la conclusion du dernier rapport annuel de l’Institut français de l’environnement (Ifen) sur les pesticides dans les eaux. Cette étude, qui synthétise des informations recueillies en 2002, montre que les eaux de surface sont les plus polluées (des pesticides ont été retrouvés dans 80 % des points étudiés, contre 57 % dans les eaux souterraines).

Globalement, un quart des points d'eau potable analysés nécessiterait un traitement spécifique d'élimination des pesticides.

La situation est particulièrement sérieuse dans des départements d’outre-mer comme la Martinique et la Guadeloupe, où l’on a retrouvé dans l’eau des insecticides interdits depuis plus de dix ans… Des résultats jugés « préoccupants » par le ministère de l’Environnement, qui évoque une « contamination généralisée des eaux de surface et littorales » par certains pesticides en France.

Point de repère : La réforme de la PAC en 2005

La réforme de la politique agricole commune (PAC), votée en juin 2003, entrera en vigueur le 1er janvier 2005. A travers 18 directives et règlements, cette réforme doit permettre notamment, une meilleure protection des cours d’eau et des nappes phréatiques.

Dès 2005, des milliers de kilomètres de bandes de terre se trouvant le long des cours d’eau, seront recouverts d’un « tapis » d’herbe. Ce système simple permet de piéger efficacement les pesticides contenus dans les eaux de ruissellement. D’autre part, les agriculteurs seront tenus de respecter un certain nombre de bonnes pratiques agricoles et environnementales, en particulier en ce qui concerne l’utilisation de produits phytosanitaires et de pesticides. En cas de non respect de ces règles, les agriculteurs seront sanctionnés par une diminution des aides financières.

Les pesticides, une grande famille

Les pesticides, généralement obtenus par synthèse chimique, servent à lutter contre des nuisibles tels que les insectes (on parle alors d’insecticides), les champignons microscopiques (fongicides) et les mauvaises herbes (herbicides). On compte plus de 6 000 produits de ce type commercialisés en France, composés à partir d’environ 400 molécules différentes. Les pesticides utilisés en agriculture peuvent contaminer les eaux souterraines en pénétrant dans le sol, ou se déverser directement dans les cours d’eau.

Les triazines, une famille d’herbicides, étaient les plus fréquemment retrouvées dans les eaux en 2001. Elles ont été interdites pour la plupart en 2003 (les autres le seront en 2004). Autres produits souvent présents dans les milieux aquatiques : le glyphosate (utilisé dans le célèbre herbicide Round’Up de Monsanto) et l’aminotriazole. Des substances interdites depuis plusieurs années comme le lindane, un insecticide à base de composés organochlorés, sont encore présentes aujourd’hui dans les eaux souterraines car celles-ci mettent longtemps à se renouveler.

Point de repère : l’agriculture friande de pesticides

Les agriculteurs sont les principaux consommateurs de pesticides, qu’ils emploient pour débarrasser leurs cultures des ravageurs et des mauvaises herbes. Autres utilisateurs : les services publics, pour l’entretien des espaces verts, et les particuliers.

En Europe, la France est le premier utilisateur de ces produits, avec environ 100 000 tonnes commercialisées chaque année. Toutefois, si on rapporte les quantités de pesticides utilisées aux surfaces cultivées, elle n’est que cinquième avec 4,4 kilos par hectare, loin derrière le n°1, les Pays-Bas (17,5 kg/ha).

Quels effets sur la santé ?

Les recherches menées depuis 30 ans sur les pesticides montrent que certains de ces produits sont dangereux pour l’homme. Une exposition prolongée à des doses excessives de pesticides dans l’eau peut en effet avoir de graves conséquences.

Certaines études épidémiologiques font état de cancers, de malformations génitales, de baisse de la fertilité masculine, de problèmes immunitaires ou d’effets néfastes sur le foie et le système nerveux. Les pesticides peuvent également contaminer les agriculteurs qui les emploient. Le réseau de « toxicovigilance » mis en place par la Mutualité Sociale Agricole en 1991 a permis de mettre au jour plusieurs centaines de cas d’intoxication aux pesticides, avec pour symptômes les plus fréquents des troubles des muqueuses, de la peau et du système digestif.

Point de repère : la réglementation

Avant d’être commercialisé, un pesticide doit obtenir une autorisation de mise sur le marché, délivrée par le ministère de l’Agriculture après une évaluation des risques pour la santé et l’environnement.

Certains produits comme l’atrazine (un herbicide) ou le lindane (un insecticide) ont été interdits ces dernières années en raison de leurs effets sanitaires.

La réglementation européenne prévoit par ailleurs des normes limitant la quantité de pesticides dans l’eau potable : le maximum autorisé est de 0,1 micro-gramme par litre pour chaque type de pesticide, et de 0,5 micro-gramme pour la concentration totale en pesticides. Objectif fixé par l’Union européenne : atteindre un « bon état écologique » pour l’ensemble des eaux européennes d’ici 2015.

D’autres polluants menacent l’eau

L'algue verte prolifère depuis trente ans sur certaines côtes bretonnes sous l'effet des nitrates La plage de la Granville à Hillion près de Saint-Brieuc. © Fred Tanneau / AFP

Les nitrates, présents dans les lisiers et certains engrais, peuvent contaminer les eaux de surface (par ruissellement) et souterraines (par infiltration).

En quantité excessive, ils sont potentiellement dangereux, particulièrement pour les nourrissons et les femmes enceintes. Les teneurs les plus fortes sont constatées dans les zones de culture et d’élevage intensif. La norme européenne prévoit une concentration maximale de 50 milligrammes par litre.

Les nitrates, comme les phosphates, sont également dangereux pour l’environnement : ils contribuent à l’eutrophisation (prolifération des algues dans les eaux). La mise en place de bandes enherbées le long des cours d'eau, prévues en 2005, devraient contribuer au piégeage de ces nitrates.

Reste le plomb, présent dans certaines canalisations anciennes (les tuyaux en plomb sont aujourd’hui interdits), lequel peut contaminer les réseaux d’eau potable. L’intoxication au plomb par l’eau est une des causes du saturnisme, une maladie qui peut se traduire par de graves atteintes du système nerveux. La législation européenne prévoit de diviser par cinq la quantité de plomb autorisée dans l’eau d’ici 2013.

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