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Des tomates dans le désert

Une société australienne parvient à faire pousser des légumes dans le désert en utilisant... de l’eau de mer et du soleil !

© Sundrop

Du soleil et de l’eau de mer, c’est tout ce qu’il faut à la société australienne Sundrop Farms pour produire dans le désert 15 000 tonnes de tomates par an. Sa ferme de 20 hectares, située dans la région aride de Port Augusta, dans le sud du pays, a été inaugurée le 6 octobre 2016. Elle représente une véritable prouesse technique : pour la première fois dans le monde, des légumes sont cultivés à grande échelle dans le désert et de façon durable.

Situé dans la brousse, le complexe bénéficie d’un ensoleillement de 300 jours par an. Le golfe Spencer, à environ cinq kilomètres, permet son approvisionnement en eau salée. Pas tout à fait les conditions idéales pour cultiver des légumes ? Sauf si ces caractéristiques deviennent des atouts. Au terme de plus de six ans de recherches et de tâtonnements, l’équipe de scientifiques et d’ingénieurs de la société a mis au point un immense complexe de serres en associant, de façon inédite, des solutions technologiques existantes.

Rien que de l’eau de mer et du soleil

L’eau douce nécessaire à la ferme est fournie grâce au dessalement de l’eau de mer effectuée dans une unité de distillation. Elle irrigue 180 000 plants de tomates et circule dans les serres, une fois chauffée grâce aux panneaux solaires, en hiver et durant les nuits plus froides.

Le dessalement est produit par évaporation de l’eau de mer. L’énergie solaire chauffe l’eau de mer dans un échangeur à plaques en titane et une partie du flux de l’eau de mer est transformée en vapeur d’eau. C’est à partir de cette vapeur qu'est obtenue l’eau douce. Elle est principalement destinée à irriguer les cultures.© Sundrop

L’électricité, quant à elle, provient essentiellement de l’énergie solaire transformée par une centrale thermique à concentration. Elle est générée par 23 000 miroirs qui reflètent la lumière du soleil vers une tour haute de 127 mètres abritant un récepteur. Durant une journée ensoleillée, jusqu’à 39 mégawatts d’énergie peuvent être produits grâce à cette chaudière perfectionnée, ce qui est suffisant pour alimenter l’usine de dessalement et fournir l’électricité indispensable aux serres.

Les miroirs réfléchissent l’énergie rayonnante vers un récepteur situé dans la tour. Celui-ci est en fait une chaudière perfectionnée qui absorbe l’énergie rayonnante et la transforme en énergie thermique. Sur les 44 GWh d’énergie produits chaque année, 40 % sont utilisés pour produire de l’eau douce dans l’unité de dessalement. 50 % sont utilisés pour le chauffage et 10 % pour l’électricité.© Sundrop

Autre particularité : nul besoin de pesticides, puisque l’eau de mer est utilisée pour nettoyer et stériliser l’air. Les plantes poussent par hydroponie sur un substrat neutre à base de noix de coco. L’infrastructure est certes coûteuse - quelque 200 millions de dollars - mais les responsables du projet estiment qu’à long terme il sera rentable, d’autant qu’il n’utilise que très peu d’énergie fossile. Le fioul consommé ne représente en effet que 5 % environ de la production annuelle totale d'énergie.

Une solution pour l’agriculture du futur ?

Pour ses promoteurs, cette ferme répond parfaitement aux enjeux d’une nouvelle agriculture. Alors que les ressources en eau et en énergie sont de plus en plus limitées, ce système permet de cultiver durablement des terres arides et difficiles. Il constitue aussi une réponse à la demande mondiale croissante en produits agricoles, tout en étant rentable. Les premières tomates produites par Sundrop Farms sont, d’ores et déjà, commercialisées dans les supermarchés de la région. Mais l'entreprise envisage de construire des complexes identiques au Portugal et aux États-Unis. Dans des zones désertiques d’Oman, du Qatar et des Émirats arabes unis, des essais sont déjà en cours.

Agronome écologue à l’université de la Nouvelle-Angleterre (Australie), Paul Kristiansen, interrogé par la revue New Scientist, s'interroge toutefois sur la nécessité d’un tel projet en Australie, alors que d’autres régions offrent des conditions idéales à la culture de la tomate. Il relève aussi que la technique de dessalement est un procédé coûteux et énergétivore. « Néanmoins, tempère-t-il, une technologie pareille peut probablement être utile dans les régions manquant d’eau ou autrefois fertiles, mais souffrant d'une sécheresse provoquée par le réchauffement climatique ». 

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