SCIENCE ACTUALITÉS.fr

Le magazine qui se visite aussi à la Cité des Sciences

Actualités
Innovation & Technologie

Détecteur automatique de bombes humaines

Les acteurs de la sécurité nationale étaient au rendez-vous de l’édition 2014 du Secure Day, organisé par le CEA. Le projet Standex de l’Otan, et le logiciel Target Locker sur lequel il s’appuie, figuraient parmi les technologies présentées. Leur objectif : repérer avec certitude, à distance et en temps réel, les porteurs d’explosifs dans les lieux publics.

Interface de visualisation du logiciel. L’opérateur reçoit un signal d’alerte si une menace est détectée.© Otan

Le risque d’une attaque terroriste dans le pays paraît aujourd’hui aux Français plus élevé qu’au moment du 11 septembre 2001, d’après une étude réalisée par l’institut Ifop en septembre dernier. Une crainte semble-t-il partagée par les pouvoirs publics qui ont modifié le plan Vigipirate en février 2014, instituant un niveau de vigilance renforcé permanent. C’est dans ce contexte que le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) organisait, le 25 novembre 2014 à Paris, la deuxième édition du Secure Day. Cette journée réunissait les acteurs de la défense et de la sécurité nationale. De nombreux chercheurs, souvent en quête d’industriels, étaient venus présenter des dispositifs innovants pour faire face aux menaces terroristes de tous types : biologique, nucléaire, chimique, explosif…

Symoprep est, par exemple, un outil de collecte de particules micrométriques d’explosifs reposant sur un procédé mécanique d’aspiration par air comprimé et adaptable à différents appareils d’analyse et d’identification. En matière de confinement, la mousse élastique Confoam, une fois déposée sur une surface, peut éviter la propagation d’agents contaminants ou isoler un objet explosif, et est entièrement biodégradable. Le projet Standex, initié par l’Otan en février 2010 et auquel la Russie a participé, propose, lui, une solution pour la détection des bombes humaines dans les lieux publics, à distance et en temps réel.

Croiser les données de l’ensemble des capteurs

À Madrid en 2004, à Londres en 2005 ou à Santiago du Chili en 2014, des bombes ont explosé dans les métros de ces grandes villes. Comment améliorer la prévention de ces attaques ? Une question dont se sont apparemment emparées la Russie et l’Otan.

« L’enjeu était de réduire le nombre de fausses alarmes tout en développant un système performant », raconte Pierre Charrue, directeur du projet Standex (CEA). Ainsi, une série de détecteurs, utilisant diverses technologies, sont placés le long d’une zone de passage – comme un couloir de métro par exemple. Les données enregistrées sont transmises à un logiciel qui centralise l’ensemble des informations. Par couplage, il peut détecter si une personne est porteuse de produits explosifs et envoie alors un signal d’alerte. L’identification de l’individu peut ensuite être précisée grâce aux caméras de surveillance reliées au dispositif.

Les capteurs identifient à distance une substance potentiellement explosive, même cachée sous les vêtements d’un individu.© Otan

Ce recoupement des données permet de cibler précisément le porteur d’explosifs de façon à ce que la personne ensuite interceptée par les services de sécurité soit bien celle que le détecteur a identifiée comme suspecte et non quelqu’un d’autre, passant au même moment à proximité des capteurs.

« Pour que les mesures de sécurité soient acceptées par tout le monde, elles ne doivent pas importuner les gens, souligne Pierre Charrue. Aujourd’hui, il faut s’arrêter pour passer les contrôles dans les aéroports. Avec notre système, les utilisateurs circulent normalement. » C’est l’intérêt de la détection en temps réel et à distance. Ce dispositif pourrait être utilisé aussi bien dans les transports en commun que dans les cinémas.

Éviter les critères de détection subjectifs

« C’est un système très républicain. Il n’y a pas de délits de faciès », estime le directeur du projet. Tout le monde passe sous les détecteurs, programmés pour identifier les substances potentiellement explosives. Il ne s’agit pas d’observer et de juger le comportement des individus. De plus, l’interface principale du logiciel représente les passants sous la forme d’une boîte. Celle-ci est blanche en situation normale. Elle devient orange puis rouge au fur et à mesure des détections positives. Au bout de la troisième, un signal d’alerte sonore retentit pour prévenir l’opérateur. Les caméras n’entrent en jeu qu’à ce stade.

Association des images prises par les caméras et de la simulation de la passerelle de métro sur laquelle ont été faits les essais en juin 2013. Les personnes passant devant les capteurs apparaissent sous forme de boîtes.© Egidium Technologies

Croiser les données issues des capteurs et des caméras doit-il faire craindre des dérives ? Ce dispositif n’est-il pas trop intrusif ? « Ce programme s’est engagé à respecter la vie privée », assure Pierre Charrue. Les fichiers ne devraient pas rester en mémoire plus de quelques heures. « On ne voulait pas non plus de strip-tease virtuel ». Les instruments employés ne permettent d’ailleurs pas d’obtenir ce genre d’images. Ils apportent, néanmoins, des informations assez complètes pour déterminer la quantité et la nature des explosifs transportés à partir des matériaux repérés.

Une plateforme logicielle essentielle

L’application utilisée pour la fusion de données a été développée dans le cadre d’une collaboration entre l’Otan et la société Egidium Technologies. « On a appelé cette plateforme logicielle de base Target Locker. Elle peut être déclinée en fonction du type de données à associer, explique Marc Plantive, directeur de projet chez Egidium Technologies. Elle est déjà commercialisée, notamment pour de la protection de sites. » Un des atouts de ce programme est de permettre la gestion simultanée d’une multitude de capteurs différents. Il est aussi modulable, et facile à faire évoluer. Si une nouvelle technologie de détection apparaît, il suffit de la brancher au dispositif et de l’intégrer comme un paramètre supplémentaire.

Un exemple de partenariat international

Le projet Standex est le fruit d’une collaboration internationale, impliquant des pays membres de l’Otan et la Russie. Les différentes nations ont pu participer aussi bien sur l’aspect recherche et développement que sur l’aspect financier. Toutes ont pu apporter une expertise particulière.

Le système analyse les composants chimiques à distance et détecte les traces d'explosifs.© Otan

Chacun des capteurs du système a été conçu sur un territoire différent. Au bout de trois ans, encadrés par des revues de projets, ils ont été raccordés les uns aux autres, pour un test d’ensemble en juin 2013. Des essais ont été effectués pendant quinze jours, en situation, dans une grande station de métro parisienne et se sont avérés satisfaisants pour les équipes concernées.

« C’est un exemple de partenariat réussi. Pendant ces trois années, tout le monde a poussé dans le même sens et ça s’est ressenti sur l’efficacité du programme, s’enthousiasme Pierre Charrue du CEA. Les actes de terrorisme dans les lieux publics sont une problématique commune. » Chercheurs, ingénieurs, mais également politiques ont soutenu le développement de Standex.

Maintenant, chaque pays contributeur doit transférer ses technologies à l’échelle industrielle pour que l’application puisse être commercialisée, dans son ensemble, dans un futur proche.

Simulation de la passerelle du métro parisien sur laquelle a été testé le dispositif.© Egidium Technologies
Retour en haut