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Du pourquoi de votre accent so cute, so French!

Une équipe internationale vient de comprendre pourquoi les personnes devenues bilingues sur le tard peinent à se débarrasser de leur accent étranger. Tout serait une affaire de représentations mentales et de mémorisation des syllabes.

Sinking or thinking ?

Le monde est injuste. Spécialement pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'apprendre une langue étrangère avant l'âge de 12 ans. Pour eux, point de salut : ils auront beau se répéter encore et encore que leur « tailor is rich » ou leur « casa es su casa », jamais ils ne se débarrasseront du sceau hexagonal, de leur accent français. Même s'ils maîtrisent sur le bout de la langue, et la grammaire, et le vocabulaire d'une langue étrangère, ils pêcheront toujours sur la prononciation. Pourquoi ? Parce que bilingues tardifs et précoces ne mémorisent pas les syllabes de la même façon.

C'est ce que viennent de montrer (1) François-Xavier Alario de l'université de Marseille, Frank Guenther de l'université Harvard et Marina Laganaro de l'université de Neuchâtel, après avoir testé les capacités linguistiques d'une trentaine de bilingues tardifs ou précoces, pratiquant quotidiennement le français et l'espagnol. Un choix de langues que François-Xavier Alario explique en toute décontraction : « nous avions des bilingues français-espagnol sous la main... » Assez en tout cas pour que le chercheur, lui-même bilingue, se mette en devoir d'étudier un accent qui teinte encore légèrement son français.

Cheap or cheep ?

Les différentes aires du cerveau ? © DR

Pour ce faire, l'équipe a passé à la moulinette d'un logiciel la langue de Molière et celle de Cervantès, histoire d'obtenir la fréquence de toutes les syllabes prononcées dans chacune des langues. L'hypothèse sous-jacente, c'est que plus une syllabe est fréquente dans une langue, plus le locuteur a l'habitude de la prononcer et moins il mettra de temps pour la lire.

A partir de là, les chercheurs ont plongé les participants dans un environnement soit francophone soit hispanophone. Puis ils leur ont demandé de lire, à haute voix, une série de "pseudomots" tout spécialement créée à cet effet et correspondant à la langue d'ambiance. Tout cela pour mesurer le temps de latence entre la découverte du mot sur l'écran et la sortie du premier son de la bouche . Et c'est là que cela devient intéressant...

La maladie de l'accent étranger

Certaines lésions cérébrales ont des effets étonnants. Des atteintes au lobe frontal gauche médian, notamment près ou sur l'aire de Broca, la partie inférieure du cortex moteur, (l'aire où sont mentalement stockées les syllabes) peuvent ainsi donner un accent allemand. Tout du moins, c'est ainsi que la modification de la prononciation des syllabes associée à ce trouble est interprétée pour l'auditoire.

Tree or three ?

L'aire syllabique En marge de ce travail, les chercheurs ont identifié, grâce à l'IRM fonctionnelle, la zone (à l'intérieur du cercle rouge) où sont mémorisées les syllabes. © DR

Car les résultats montrent que les bilingues tardifs mettent plus de temps que prévu pour retrouver et prononcer les syllabes très fréquentes dans leur langue maternelle mais plus rares dans la seconde langue. En clair, en apprenant une nouvelle langue, le locuteur diminue ses performances dans sa langue natale. Un comble. Mais comment expliquer un tel phénomène ?

La réponse se trouve dans les temps de latence des bilingues précoces. Si on leur demande de lire la syllabe « ma », qui existe dans les deux langues, dans un pseudomot français ou espagnol, ils ne montreront pas le même temps de latence. Conclusion : les bilingues précoces stockent mentalement les syllabes dans des répertoires séparés là où les bilingues tardifs partagent le répertoire syllabique de la langue maternelle. A défaut de mieux et parce qu'il n'est plus assez "plastique" pour créer de nouveaux répertoires, le cerveau choisit la syllabe existante qui ressemble le plus à celle de la langue étrangère. D'où l'accent.

 

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