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En avant Galileo !

Les ministres des Transports de l'Union européenne ont débloqué, le 26 mars, les 450 millions d'euros nécessaires au développement de « Galileo », le système européen de positionnement et de navigation par satellites conçu pour des besoins civils. Plus performant et plus fiable, selon eux, que son c

nouveau media © CE DG TREN

Les ministres des Transports des Quinze ont décidé le mardi 26 mars 2002 à l'unanimité, après des années d'hésitations, de lancer le projet européen de navigation par satellite Galileo, une décision stratégique pour les Européens qui ne veulent plus dépendre du système américain GPS, en situation de monopole.

Loyola de Palacio, qui s'est longtemps battue pour défendre le projet face aux réticences de certains des Quinze, a estimé que 140 000 emplois hautement qualifiés devrait être créés par le projet Galileo, dont le coût est évalué à entre 3,2 et 3,6 milliards d'euros jusqu'au début du fonctionnement du système, en 2008.

« C'est une décision tout à fait historique, tout à fait considérable pour l'identité de l'Europe », a renchéri le ministre français Jean-Claude Gayssot, en se félicitant que les Européens aient su résister aux « Etats-Unis qui ont mis la pression maximum pour que cette décision ne soit pas prise ».

La navigation par satellite, qui permet aux utilisateurs de se positionner géographiquement de manière extrêment précise, représente, selon la Commission, une « révolution technologique équivalente à celle engendrée par la téléphonie mobile ».

« Tous les segments de la société seront dans les années à venir dépendants d'un service de positionnement précis, par exemple les transports, mais aussi les secteurs des télécommunications, de l'énergie, le monde financier, la santé, l'agriculture et la pêche », estime la Commission.

La Grande-Bretagne et les Pays-Bas, les deux pays les plus réticents au projet, se sont finalement ralliés au projet au dernier sommet européen de Barcelone, les 15 et 16 mars, quelques semaines après le feu vert de l'Allemagne, autre pays longtemps réticent.

Les dernières discussions ont surtout porté sur le rôle du financement privé, les pays du Nord de l'Europe voulant à tout prix éviter un dérapage budgétaire sur ce projet sur lequel ils n'ont jamais été très enthousiastes.

Finalement, les Quinze ont décidé de couper la poire en deux. Au début du programme, jusqu'à la fin 2005, le projet sera porté par une société entièrement publique, financée à parité par le budget communautaire et par l'Agence spatiale européenne, pour un coût de 1,1 milliard d'euros.
Constituée pour quatre ans, la société publique aura pour but de concevoir le système et de le tester, notamment en envoyant des satellites expérimentaux.

À partir de début 2006, un consortium privé doit prendre le relais pour piloter le lancement des trente satellites, puis l'exploitation du système à partir de 2008.

Les Quinze se sont fixés pour objectif que la phase de déploiement du système, la plus coûteuse (au moins 2,1 milliards d'euros), soit financée à hauteur des deux tiers par le secteur privé, et « au maximum un tiers » par le budget communautaire.

L'appel d'offres pour désigner le consortium sera organisé par la société publique. Il devra être bouc

La navigation par satellite, un procédé aux multiples applications

Les systèmes de navigation par satellite comme Galileo, que les Quinze ont décidé de construire, sont appelés à être de plus en plus utilisés dans la vie quotidienne des particuliers comme des entreprises.

Dans l'automobile, l'insertion de puces de navigation par satellite dans les véhicules permet de proposer des services de guidage au conducteur, d'assistance en cas de panne, de recherche de véhicules volés ou d'aide d'urgence à ceux accidentés.

Galileo, à l'instar de son rival américain GPS, pourrait aussi ouvrir la voie à des systèmes de péage automatique (le paiement est déclenché dès que le véhicule passe dans une certaine zone géographique).

Dans le domaine de la logistique, des puces Galileo pourront aider au suivi de colis ou de chargement de frets, de gestion de flotte de camions. Galileo doit aussi trouver des applications dans l'aviation civile et commerciale, le transport ferroviaire et maritime, ou encore la pêche.

La navigation par satellite doit également trouver de nombreuses applications dans toutes les activités nécessitant une topographie extrêmement précise : l'exploration minière, l'installation de pipe-lines, l'électrification en zone rurale, le placement de tours de télécommunications.

De petits récepteurs portables pourraient également équiper les randonneurs, chasseurs, pêcheurs et les skieurs, tous les pratiquants de sports en pleine nature.

Intégré dans un téléphone portable, une puce Galileo peut ouvrir la voie à de multiples autres applications : afficher par téléphone l'adresse des hôtels, des restaurants les plus proches, localiser immédiatement un usager ayant lancé un appel de détresse sur son téléphone portable, etc.

Les militaires sont aussi de grands consommateurs de navigation par satellite, pour repérer et guider leurs avions, leurs navires ou leurs troupes, mais aussi munitions et missiles.

Les activités militaires ne font pas partie pour l'instant du programme de Galileo, système civil géré par des civils. Mais de telles activités militaires pourront venir se greffer à n'importe quel moment sur le programme, soulignent les experts.

Galileo, un projet constamment combattu par les Américains

Les Etats-Unis n'ont pas ménagé les pressions sur leurs alliés européens pour obtenir le retrait du projet de navigation par satellite Galileo, qui s'attaque au monopole de leur propre système, le GPS.

Ces pressions ont été dénoncées en décembre 2001 par la commissaire européenne aux Transports, Loyola de Palacio.

Argument choc des Américains : leur GPS est suffisamment puissant pour couvrir les besoins mondiaux, gratuitement qui plus est. Réponse des partisans de l'indépendance de l'UE en la matière : le GPS gratuit n'offre aucune garantie de continuité et peut être brouillé à tout moment par les Américains pour des raisons d'ordre militaire, comme cela s'est produit pendant la guerre du Golfe.

Alors que la Commission européenne tentait une fois de plus d'arracher le feu vert des Quinze, le numéro 2 de la Défense aux Etats-Unis, Paul Wolfowitz, avait écrit à plusieurs ministres européens de la Défense pour mettre en avant un nouvel argument : Galileo va utiliser, pour son signal le plus performant, une fréquence voisine de celle du prochain GPS américain.

Si, par exemple, une puissance ennemie utilisait le signal de Galileo pour guider des attaques contre les Etats-Unis ou un de leurs alliés, il serait impossible de brouiller ce signal, sans en même temps perturber les fréquences du GPS américain, s'alarmait M. Wolfowitz.

Inexact, a répliqué la Commission européenne, en estimant tout à fait possible de résoudre techniquement le problème de proximité des fréquences.

De plus, la Commission a affirmé être prête à négocier avec les Etats-Unis sur les conditions d'un arrêt éventuel du signal de Galileo en cas d'utilisation par une puissance ennemie.

En réalité, affirme-t-on à Bruxelles, les Américains ont surtout essayé de faire capoter le projet en raison de ses implications stratégiques et commerciales.

Sur le plan stratégique, assure la Commission, « dans vingt ans, toutes les composantes de la défense européenne (air, terre et mer) impliqueront l'utilisation de la navigation par satellite ». Bref, Galileo est un outil essentiel pour l'autonomie des armées européennes face à l'allié américain même si, pour l'instant, aucune application militaire de Galileo n'est explicitement prévue.

Sur le plan commercial, le monopole actuel du GPS donne un avantage aux Américains pour la vente de tous les équipements qui utilisent la radio-navigation, dans le secteur de l'armement ou dans l'aéronautique, par exemple. Sans Galileo, estime encore la Commission, toute l'industrie européenne de l'aéronautique (Airbus, par exemple) aurait été menacée par ce monopole américain.

BRUXELLES, 26 mars (AFP)

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