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En période de réchauffement, il fait bon avoir des tentacules

En ces temps de changement climatique, et alors que les océans subissent des bouleversements liés à l’activité humaine, une classe d’animaux marins semble prospérer, et même s’épanouir : les céphalopodes.

© Andrew David, NOAA / NMFS/SEFSC, Panama City ; Lande Horn, UNCW/NURC- Phantom II Rov Operator

Une étude récemment menée sur les populations de céphalopodes, et publiée dans la revue Current Biology, affiche des résultats plutôt étonnants : au cours des six dernières décennies, calamars, pieuvres et seiches ont vu leur population augmenter à travers le monde. Alors que la biodiversité marine dans son ensemble décline – elle aurait même enregistré une régression de 49 % entre 1970 et 2012, selon un rapport de l’organisation de défense de l’environnement WWF daté de septembre 2015 –, les céphalopodes, eux, semblent nager à contre-courant.

Des animaux capables de tirer profit de l’adversité ?

Réputés pour leurs capacités d’adaptation, les céphalopodes sont considérés comme les plus évolués des mollusques. Prédateurs opportunistes, ils ont un comportement alimentaire très souple et peuvent se nourrir aussi bien de poissons que de crustacés et de crabes. En outre, ce ne sont pas des animaux territoriaux, ils se déplacent en fonction de la température. Se pourrait-il que leurs aptitudes leur aient permis non seulement de supporter les changements environnementaux, qu’ils soient d’origine humaine ou pas, mais aussi d’en bénéficier ? C’est en tout cas ce que suggère l’équipe de chercheurs à l’origine de l’étude.

Pour en arriver à cette conclusion, l’équipe de Zoë A. Doubleday, chercheuse en biologie marine et co-auteure principale de l’étude, a enquêté sur l’évolution des populations de ces animaux marins sur une période de plusieurs décennies. En combinant les données issues de la pêche commerciale et des campagnes scientifiques, l’étude démontre une tendance générale à la hausse sur les six dernières décennies, et cela de manière relativement uniforme pour un très grand nombre de familles de céphalopodes. « Qu’ils soient capables de s’adapter, j’y crois, commente Anne-Sophie Darmaillacq, chercheuse en biologie du comportement, notamment chez les céphalopodes, à l’université de Caen. Les tests comportementaux montrent clairement qu’ils sont capables de modifier leur conduite en fonction des situations. »

Prudence

Jean-Paul Robin, chercheur spécialisé dans les populations de céphalopodes de la Manche dans la même université, porte un regard prudent sur ces résultats : « De mon point de vue, les choses ne sont pas aussi claires qu’elles y paraissent dans la synthèse de l’étude. Attention à la simplification. Tout d’abord, certaines régions ne connaissent pas cette hausse. Par exemple, de 2007 à 2013, l’abondance de céphalopodes dans la Manche a connu une légère diminution ».

Quant à l’origine de cette augmentation de population – en tout cas dans certaines régions de la planète –, le chercheur veut, là aussi, insister sur le fait qu’elle n’est pas encore tout à fait claire : « L’hypothèse sous-jacente selon laquelle il s’agirait d’une conséquence du changement global est intéressante. Pour l’instant, nous manquons d’informations pour savoir s’il s’agit davantage du résultat du réchauffement climatique ou de la surexploitation des écosystèmes marins par l’Homme. »

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