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Et la meilleure illusion est ...

Une nouvelle moisson d’illusions d’optique toutes plus étranges les unes que les autres a été présentée au onzième concours d’illusions d’optique organisé par la société de neurosciences américaine, the Neural Correlate Society. Le vainqueur, Mark Vergeer, vous en fait voir de toutes les couleurs avec « Splitting Colors ».

Vous aimez les illusions d’optique ? Voilà de quoi vous faire des nœuds dans les yeux et dans la tête. La Neural Correlate Society, qui regroupe un laboratoire de neurosciences intégrées et un laboratoire de neurophysiologie comportementale, est célèbre pour son concours annuel, The best illusion of the year. Dix travaux scientifiques récents ont d’abord été sélectionnés par un premier jury parmi des dizaines de candidats du monde entier. Puis un vote public a eu lieu le 12 juin, en ligne sur internet et en direct lors d’un grand gala où les finalistes présentaient leurs illusions. Les résultats viennent tout juste d’être annoncés.

Premier prix : la séparation des couleurs

Le vainqueur de cette année, qui a remporté le premier prix de 3 000 dollars, est Mark Vergeer, du laboratoire de psychologie expérimentale de l’université catholique de Louvain, en Belgique. Sa surprenante illusion, « Splitting Colors », a conquis le public. Deux bandes arc-en-ciel animées et identiques sont placées entre deux autres bandes plus larges, également animées ; l’une rouge et cyan, l’autre bleu électrique et jaune. Soudainement, par contraste, les couleurs des bandes centrales changent, ainsi que leur sens de défilement !

Une même image peut être perçue tout à fait différemment si l'on modifie ce qui l'entoure, surtout lorsqu'il s'agit de couleurs.

Deuxième prix : le toit de garage ambigu

Kokichi Sugihara, professeur d’études avancées des sciences mathématiques à l’université de Meiji, au Japon, a remporté la deuxième place avec son toit de garage ambigu. Cette construction, réalisable par n’importe qui grâce au patron ci-dessous, utilise la géométrie dans l’espace et les surfaces cylindriques pour troubler la perception visuelle. Le toit, d’allure banale au premier abord, présente des formes différentes selon qu’il est observé de face ou de dos. L’ambiguïté de cette image vient de deux éléments : une image unique ne peut pas donner d'informations sur la profondeur, et le cerveau humain a une préférence pour les angles droits, ce qui le conduit parfois à mal interpréter certains angles.

Le cerveau interprète à tort le bord incurvé du toit comme une intersection du toit avec un plan perpendiculaire à son axe principal.

Patron pour construire le toit de garage ambigu© Kokichi Sugihara, Université de Meiji (Japon)

Troisième prix : le jour où il a plu sur Lowry

La troisième place a été attribuée à Michael Pickard pour l’illusion « The Day it Rained on Lowry ». Son illusion utilise un célèbre tableau de Laurence Stephen Lowry, Le Retour du travail (Returning from work, 1929), retravaillé pour donner une illusion de mouvement circulaire, qui n’est en fait qu’une juxtaposition d’images « en avant » et « en arrière », à partir desquelles nous extrapolons le mouvement général. Michael Pickard travaille pour une entreprise anglaise appelée VisuallyDirectedDesign qui utilise des études scientifiques sur la cognition et la perception pour créer des dispositifs visuels notamment destinés à renforcer la sécurité.

Notre cerveau perçoit préférentiellement le mouvement le plus logique : vers l'avant, ce qui nous donne l'impression d'un mouvement de déambulation continue en vue d'ensemble, alors que l'image n'est qu'une succession d'allers-retours.

Non primé mais qui vaut le coup d'oeil : la neige qui tombe

Parmi les finalistes qui n’ont malheureusement pas décroché de récompense, il y avait la jolie illusion de la neige qui tombe sur le mont Fuji : « Snow blind illusion ». La chute de la neige, vue à travers des stores, semble accélérer lorsque les stores sont quasiment fermés, alors qu’elle paraît ralentir lorsqu’ils sont complètement ouverts. Cette illusion a été présentée par Masashi Atarashi, professeur de physique à la Aichi Prefectural Gojo Senior High School au Japon.

Les flocons restent moins longtemps visibles du fait des stores qui masquent une partie de l'image, ce que nous interprétons comme une accélération.

Plus que de simples tours

Les scientifiques du Neural Correlate Institute travaillent sur les bases neurologiques de la perception, notamment visuelle. En effet, les illusions d’optique ne sont pas seulement d’amusants tours de magie. Des études basées sur des mesures à partir d’imagerie cérébrale, de tests comportementaux ou d’enregistrements électriques de neurones, permettent d’analyser les phénomènes générés par ces illusions. Chacune révèle des mécanismes spécifiques de notre cerveau et apporte une meilleure compréhension de la façon dont nous percevons notre environnement, des cellules de notre rétine jusqu’aux étapes d’intégration complexe des cortex associatifs.

Pour découvrir tous les finalistes de cette année et ceux des années précédentes, rendez-vous sur le site internet « The best illusion of the year contest ».

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