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Iter à Cadarache : avenir assuré pour la fusion ?

C'est finalement la France qui accueillera le futur réacteur expérimental international Iter. Objectif annoncé : trouver, avec la fusion nucléaire, une source d'énergie propre et durable. Certains scientifiques émettent pourtant des réserves quant à la mise en place d'un projet aussi coûteux et sans succès assuré.

La fin d'un interminable feuilleton

Iter à Cadarache (vue d'artiste) © CEA

C'est désormais officiel, le futur réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter sera construit dans le sud de la France, à Cadarache. Cette décision, prise le 28 juin 2005 par les six partenaires du projet, met fin à une compétition acharnée qui oppose depuis plusieurs mois le Japon à l'Union européenne, chacun voulant accueillir sur son territoire ce projet de 10 milliards d'euros étalé sur trente ans.

Mais si le Japon, pourtant soutenu par les États-Unis et la Corée du sud, n'a pas obtenu gain de cause, difficile d'affirmer qu'il est sorti perdant de cette affaire : le pays a en effet pu obtenir de substantielles compensations... Un accord conclu le 5 mai 2005 entre l'Europe et le Japon stipule en effet que ce dernier obtiendra 20% des contrats industriels liés à la construction du réacteur, ainsi que 20% du millier de postes permanents qui vont être créés pour ce projet.

De plus, Bruxelles s'est engagé à soutenir la candidature japonaise pour le poste de directeur général d'Iter. Enfin, le Japon devrait également bénéficier d'un programme de recherche complémentaire d'environ 700 millions d'euros cofinancé par Bruxelles et Tokyo.

Un projet malgré tout controversé

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</video> Sébastien Balibar, directeur de recherches au CNRS, Ecole Nationale Supérieure © Science Actualités (CSI) 2005

Reste qu'Iter et la fusion nucléaire, souvent présentés comme une source d'énergie propre et illimitée, ne font pas l'unanimité. Certains scientifiques émettent des doutes quant à l'utilité d'un tel projet. Parmi eux, Sébastien Balibar qui, en octobre dernier avait publié un premier manifeste dans le Monde* en compagnie d'Yves Pomeau et Jacques Treiner, a bien voulu nous présenter ses arguments.

Pour le chercheur, Iter est un projet prématuré : les matériaux de confinement capables de résister à la réaction de fusion n'existent toujours pas ; et l'on n'a toujours pas résolu le problème du « combustible », le tritium, dont les ressources sont infimes. « Résolvons d'abord ces deux problèmes avant de nous lancer dans un projet comme Iter », avance ainsi le physicien.

La France et l'énergie des étoiles, Le Monde, 24 octobre 2004

Du côté des anti-nucléaires...

Les critiques fusent du côté des associations anti-nucléaires et de certains partis politiques comme les Verts. Le réseau Sortir du nucléaire rappelle ainsi que Cadarache est situé dans une zone sismique et qu'un risque d'accident n'est pas à exclure (même si une réaction en chaîne ne peut avoir lieu comme dans un réacteur à fission). Greenpeace fait remarquer que la fusion n'est pas un procédé aussi propre qu'on veut bien le dire et que de nombreuses parties du réacteur – en particulier l'enceinte de confinement – devront être gérées comme des déchets nucléaires dès qu'ils seront remplacés. Greenpeace insiste également sur l'énorme gouffre énergétique que représente le projet : « Pour démarrer ITER, il faudra disposer de 500MW, soit plus de la moitié de la capacité d'une centrale nucléaire. De façon permanente, l'installation aura besoin d'environ 120MW ».

« Il faut replacer la fusion dans son contexte historique »

Michel Châtelier, responsable du département de recherche sur la fusion contrôlée à la direction des sciences de la matière du CEA, a bien voulu commenter pour nous les propos de Sébastien Balibar :

Michel Châtelier Responsable du département de recherche sur la fusion contrôlée à la direction des sciences de la matière du CEA © DR

« Il faut replacer la fusion dans son contexte historique. La fusion a commencé sur des machines modestes dans lesquelles le principal problème à résoudre était de maintenir de façon stable un plasma en équilibre et essayer d'atteindre des températures suffisantes pour atteindre les conditions de fusion. Ceci a duré assez longtemps puisqu'il a fallu vingt-trente ans pour arriver à la conclusion qu'il fallait construire un Tokamak de grande taille : Iter. Nous sommes donc actuellement dans ce contexte historique qui place la problématique principale sur l'option des conditions physiques de fusion. Nous n'ignorons pourtant pas les problèmes soulevés par M. Balibar : ceux-ci sont en effet apparus dans les années 90, lorsque des études d'option de réacteur, des études socio-économiques ont été demandées par l'Union européenne.

Michel Châtelier présentant le projet Iter à Jacques Chirac en visite à Cadarache, le 30 juin 2005. © CEA

Concernant le combustible, il existe des pistes permettant la production de tritium à partir de lithium directement au sein du réacteur. Ce ne sont pour l'instant que des modélisations numériques mais c'est déjà encourageant. Des modules de couverture permettant de confirmer ces modèles seront éprouvés à l'intérieur d'Iter. Concernant les matériaux, Iter fonctionnera de manière intermittente, il produira peu de neutrons de haute énergie et n'est donc pas concerné par cette problématique.

En revanche, ce problème se pose pour les réacteurs futurs. En fonction de leurs résistances, les matériaux de confinement devront être renouvelés plus ou moins souvent, conditionnant en partie la rentabilité économique de la fusion. Mais je crois qu'il faut présenter le problème de manière plus général. Iter permet de tester la maitrise de la réaction de fusion. C'est un pas très important dans lequel il aurait été peut-être un peu aventureux de rajouter d'autres contraintes. N'oublions pas que c'était le but de la machine de 1998, le « grand Iter », de démontrer également le cycle du combustible, c'est-à-dire la régénération du tritium, qui a été jugé trop cher et qui n'a pas fait l'objet d'une décision politique. »

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