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IXV : un véhicule spatial européen pour quoi faire ?

La première mission d’IXV de l’Esa s’est conclue avec succès par le retour sur Terre du véhicule expérimental. Une avancée pour le secteur spatial européen, même si le vol habité demeure une perspective très lointaine.

Le 11 février dernier, le véhicule expérimental européen IXV (pour Intermediate eXperimental Vehicle) est rentré sur Terre sans encombre, achevant ainsi avec succès sa première mission dans l’espace.

Lancé le jour même de la base de Kourou en Guyane à bord d'un lanceur Vega, IXV a été lâché à une altitude de 340 kilomètres. Pourtant, contrairement à la plupart des engins envoyés dans l’espace, celui-ci n’a pas été placé en orbite. Car à travers cette mission, l’Agence spatiale européenne (Esa) entend tester la capacité de son véhicule expérimental à effectuer une rentrée dans l’atmosphère sans dommage : une étape indispensable dans la perspective d’un vol habité ou du retour sur Terre d’échantillons prélevés dans l’espace. 

Après avoir atteint l’altitude de 412 kilomètres, IXV a ainsi amorcé sa descente. Les quelque 300 capteurs dont il est doté ont enregistré un volume considérable de données. Outre celles transmises par les instruments embarqués, il a reçu des consignes de vol provenant de l’ensemble du réseau au sol – notamment des stations de Libreville, au Gabon et de Malindi, au Kenya – ainsi que de la station installée sur le navire chargé de récupérer l’IXV après son amerrissage. Sa vitesse de pénétration dans l’atmosphère a atteint 7,5 km/s à l’altitude de 120 km, des conditions identiques à celles d’un véhicule spatial revenant d’une orbite terrestre. Il a ensuite amerri dans le Pacifique sans se désintégrer, ses trois parachutes ayant permis de freiner la descente et ainsi d’amortir le choc.

Un avion sans ailes

IXV est innovant de par sa forme. Ressemblant à un petit avion sans ailes, un « corps portant » selon le lexique technique des ingénieurs de l’aéronautique, IXV mesure cinq mètres de long pour un poids de deux tonnes. Son système de protection thermique a été élaboré afin de lui permettre une rentrée optimale dans l’atmosphère, grâce, notamment, à son matériau en céramique – matériau qui semble avoir très bien enduré l’épreuve du retour dans l’atmosphère.

IXV bénéficie d’une plus grande flexibilité lors du retour sur Terre qu’une capsule ordinaire. Il peut ajuster sa trajectoire pour atterrir en un point précis et s’incliner pour réduire la chaleur et l’accélération subies lors de l’entrée dans l’atmosphère.

Dans la lignée d'Hermès

Ce projet n’est pas le premier du genre. Hermès, le projet de navette spatiale européenne conçu à partir de 1975 par le Centre national d'études spatiales français (Cnes) et repris par l’Esa en 1985, devait être lancé par une fusée Ariane 5 et desservir la station autonome européenne Columbus MTFF. Il a été abandonné en 1992. Un autre projet a été abandonné faute de moyens, l’ARD, après un premier succès initial en 1998. Il s’agissait de valider certaines technologies clés de ce domaine de vol en vue de préparer un futur véhicule de transport spatial. Ces données ont sans doute servi à la réussite du projet IXV.

C’est désormais le Programme de démonstrateur orbital réutilisable européen (Pride) qui prendra la relève d’IXV. L’Esa souhaite en faire une plate-forme orbitale, qui restera un temps dans l'espace pour effectuer des opérations avant de revenir sur Terre. Son retour se fera cette fois sur la terre ferme et non pas dans l’eau. L'un des objectifs de Pride sera la réutilisation effective du véhicule dans un intervalle de temps de deux mois maximum.

Quant aux vols habités, on en est encore loin. D’ailleurs, le lanceur Ariane 6, qui devrait être opérationnel à l'horizon 2020, n'est pas conçu à cet effet. En outre, les coûts associés et la complexité technique des systèmes nécessaires (nécessité de triple redondance pour assurer la sécurité des astronautes) sont beaucoup plus importants. À moyen terme, un véhicule tel que IXV aurait donc plutôt pour mission le retour sur Terre d'échantillons prélevés dans l'espace.

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