SCIENCE ACTUALITÉS.fr

Le magazine qui se visite aussi à la Cité des Sciences

Actualités
Nature & Environnement

La morphologie des hippocampes élucidée grâce à leurs gènes

Des biologistes ont séquencé et analysé le génome d’un hippocampe pour mieux comprendre son évolution morphologique encore mal connue.

Le génome de l'hippocampe à queue tigrée (Hippocampus comes) a été séquencé et analysé.© Frank Schneidewind

Pour les biologistes qui s’intéressent à l’évolution des êtres vivants, l’hippocampe est un modèle captivant. D’où ce petit poisson si différent de ses congénères peut-il tenir ses formes étranges et fabuleuses ? N’ayant pas de nageoires caudales ou ventrales, mais juste une queue préhensile, il se déplace lentement, de façon verticale. Son corps est recouvert d’une armure osseuse pour se protéger des prédateurs, et son long museau avec une petite bouche tubulaire ne possède pas de dents, chose rare chez un poisson. Particularité encore plus étonnante : ce sont les mâles qui portent leurs progénitures dans une poche incubatrice.

Pour mieux comprendre d’où viennent ces caractéristiques uniques, une équipe internationale associant des chercheurs chinois, singapouriens et allemands, a décidé de séquencer et d’analyser le génome d’une espèce de cheval de mer : l’hippocampe à queue tigrée (Hippocampus comes). Ce spécimen rare, long en moyenne d’une quinzaine de centimètres, vit dans les massifs coralliens de la mer d’Andaman et du détroit de Malacca jusqu’en mer de Chine et de Java. Les résultats de leurs études sont parus dans la revue Nature du 15 décembre.

Un hippocampe rayé (Hippocampus erectus) mâle enceint recherche un substrat pour s'accrocher.

Ils ont pu vérifier tout d’abord que l’absence de dents était corrélée à celle de gènes spécifiques. Ceux-ci correspondent au développement des dents chez les poissons, les mêmes gènes que chez les Humains. L’animal pallie cette absence en aspirant ses proies, ce qui est aussi facilité par la forme de son museau. Même observation pour l’odorat dont ils sont dépourvus. Une vue particulièrement performante leur permet de compenser ce manque lors de la chasse. Cependant, le caractère le plus étonnant est le défaut d’un gène présent chez tous les vertébrés : le TbX4, qui génère les jambes chez l’être humain ou bien les nageoires ventrales chez les poissons.

Quant à la grossesse des mâles, elle serait induite, non par la perte, mais par la duplication de gènes pendant l’évolution relativement courte des hippocampes (le plus ancien fossile retrouvé date de 5 à 7 millions d’années). Lorsqu’un gène est dupliqué, une nouvelle fonction peut être attribuée à sa copie. Ce processus pourrait en être à l’origine, car, expliquent les chercheurs, parmi les six gènes dupliqués, cinq sont fortement exprimés dans la poche à couvain du mâle, suggérant ainsi leur implication dans la grossesse masculine.

Retour en haut