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L´ARN Interférent : une arme nouvelle contre les virus ?

Deux équipes américaines ont prouvé cet été que l'ARN pouvait prévenir l'infection de cellules humaines par les virus de la poliomyélite et du sida. Retour sur ces travaux très médiatisés, l'ARN interférent ayant été élu molécule de l'année 2002 par la revue Science.

Tout a commencé avec des pétunias…

Pétunia Le pétunia possède un gène qui joue le rôle d'agent colorant. En introduire une copie supplémentaire neutralise l'action du gène existant . © American Society of Plant Biologists - University of Arizona

En 1990, Richard Jorgensen, chercheur en sciences végétales à l'université de l'Arizona, incorpora le gène responsable de la coloration mauve dans des pétunias de cette couleur. Il s'attendait ainsi à la renforcer. Les fleurs éclosent…elles étaient blanches. Richard Jorgensen en conclut qu'introduire un exemplaire supplémentaire d'un gène déjà présent revenait à inhiber son expression. Restait à comprendre les mécanismes cellulaires à l'origine de cette découverte. La connaissance de la technique génétique employée pour modifier la lecture des gènes naturellement responsables de la coloration, dite « antisens », fut cependant insuffisante pour élucider le mystère.

Du végétal à l’animal

Deux champions des modèles génétiques animaux de laboratoire vinrent contribuer à l'enquête.

Caenorhabditis elegans Caenorhabditis elegans est un ver d'à peine 1 mm. Il est doté de 1090 cellules et de 19 000 gènes qui ont été entièrement séquençés. Il présente l'avantage d'être totalement transparent, ce qui permet de suivre le devenir de chaque cellule tout au long de son développement. © Patty Kuwabara / Welcome Trust Sanger

A la fin des années 1990, un ver d'à peine un millimètre de long, Caenorhabditis elegans, et la drosophile, plus connue sous le nom de « mouche du vinaigre », furent utilisés par l'équipe du professeur Andrew Fire, biologiste à l'Institut Carnegie de Washington, pour montrer que le phénomène observé sur des plantes par Richard Jorgensen se produisait aussi dans le règne animal.

On commençait ainsi à entrevoir le caractère universel d'un mécanisme dont il restait à percer le secret au niveau moléculaire. Dans la course à la découverte, l'équipe du professeur Sharp, chercheur à l'Institut de Technologie de Cambridge, observa, en 1998, que de courts fragments d'ARN (une vingtaine de nucléotides) étaient capables d'empêcher la lecture et la traduction en protéines du code génétique porté par l'ADN. Elle proposa alors le terme d'interférence.

Un nouveau champ de recherche

Depuis, le nombre de chercheurs travaillant sur l’interférence de l’ARN a considérablement augmenté. On a ainsi compris, grâce à l’expérimentation sur les souris notamment, que les fragments d’ARN dits interférents ne désactivent que les gènes dont ils sont complémentaires.

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