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Le lac Vostok va-t-il enfin livrer ses secrets ?

Après un forage de plus de vingt ans, des scientifiques russes sont parvenus à atteindre le lac sous-glaciaire de Vostok, à plus de 3750 mètres sous la surface du continent Antarctique. L’objectif : découvrir d’éventuelles formes de vie inédites.

La station antarctique russe de Vostok © AFP

Voilà plus de vingt ans qu’ils attendaient ce moment. Il est 22h25, ce dimanche 5 février 2012, lorsqu’enfin, la tête de forage pénètre dans de l’eau liquide à 3769 mètres de profondeur. Une visite pour le moins incongrue pour cet immense lac sous-glaciaire, isolé du reste du monde depuis probablement 15 millions d’années, depuis que l’Antarctique est recouvert de glace. L’équipe scientifique russe explose de joie. Et pour cause : débuté en 1989, ce forage leur aura donné bien du fil à retorde. Entre les blocages techniques, financiers et administratifs, il s’en est fallu de peu pour que ce projet pharaonique soit abandonné avant d’atteindre le lac. C’était sans compter sur la persévérance de quelques chercheurs russes, persuadés qu’il y avait là un trésor à atteindre.

Un précieux échantillon

L’objectif de ce forage sans précédent ? Découvrir d’éventuelles formes de vie inédites dans cet environnement extrême, l’un des derniers endroits vierges de la planète, indemne de toutes pollutions humaines. Entre 30 à 40 litres d’eau ont ainsi été prélevés à l’intérieur du puits de forage. Le haut de cette colonne sera certainement contaminé par les bactéries vivant naturellement dans le fluide de forage, mais le bas sera propre, estiment les scientifiques. En outre, en gelant quasi instantanément, cette colonne d’eau a naturellement refermé le puits de forage, limitant toutes nouvelles contaminations. L’année prochaine, des engins stériles viendront faire les prélèvements nécessaires aux analyses. D’ici là, un petit échantillon ramené en surface aura peut-être déjà dévoilé quelques informations. Censé être analysé en juin 2012 au laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble (LGGE), il pourrait toutefois, pour des raisons politiques, rester en Russie.

De la vie dans Vostok ?

Absence de lumière, pression abyssale, froides températures, fortes teneurs en oxygène… Peut-on réellement trouver âme qui vive dans l’eau de Vostok ? « Je ne m’attends pas à découvrir grand-chose dans cette eau, admet Sergey Bulat, le biologiste de l’équipe russe. Mais qui sait, selon la circulation de l’eau, la stratification du lac, peut-être existe-t-il des poches de vie ? ».

De fait, dans les vallées sèches d’Antarctique de l’ouest, certains petits lacs recouverts d’une faible épaisseur de glace montrent d’importantes stratifications, avec de très fortes concentrations en sel et des températures allant jusqu’à +24°C ! Des bactéries, provenant de la mer et transportées par les embruns et les aérosols, y ont été découvertes. « Pour le lac de Vostok, je pense que nous avons plus de chances de découvrir des formes de vie au fond du lac, où se trouvent les minéraux et les sédiments », poursuit le biologiste russe. En outre, ces sédiments pourraient également dévoiler des informations sur l’histoire de l’englacement de l’Antarctique, commencée il y a 30 millions d’années. D’où la prochaine étape imaginée par les Russes pour la saison 2013 : envoyer un mini-robot explorer toutes les couches du lac, jusqu’au socle rocheux.

Quid d’une pollution dans le lac ?

Plus de soixante tonnes de kérosène et de substitut de fréon remplisse le puits de forage afin de le maintenir ouvert. La communauté internationale craignait qu’en débouchant dans le lac, un déversement n’ait lieu, contaminant irrémédiablement ce lac préservé jusqu’ici de la pollution humaine. En réalité, d’après le communiqué de l’équipe russe, la pression à l’intérieur du lac était telle, qu’au lieu d’un déversement, il y a eu une expulsion en surface d’environ 1,5m3 de liquide de forage.

Après Vostok, à qui le tour ?

Depuis la découverte du lac de Vostok dans les années 70, plus de 200 autres lacs sous-glaciaires ont été détectés en Antarctique. En effet, grâce au flux thermique terrestre et à l’épaisse couverture de neige, le socle rocheux accumule par endroit suffisamment de chaleur pour que de l’eau liquide s’y trouve. Ces lacs intéressent particulièrement les scientifiques, soit pour des recherches biologiques, soit pour mieux comprendre le fonctionnement de ces poches d’eau sur l’ensemble de la calotte. Deux autres missions vers les lacs sous-glaciaires Ellsworth et Whillans en Antarctique de l’ouest doivent démarrer à la prochaine saison estivale, en novembre 2012. La course aux lacs cachés est lancée !

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