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Les grands singes peuvent comprendre nos intentions

Les primates seraient capables d'anticiper les réactions d'êtres humains en se mettant à leur place, y compris lorsque ces réactions reposent sur des informations erronées. C'est ce que montre une étude récente.

Plusieurs saynètes ont été projetées devant les singes. À chaque fois, ceux-ci ont anticipé les intentions des humains. © Science

Se mettre à la place de l’autre n’est peut-être pas le propre de l’Homme. Les grands singes, tels que les chimpanzés, les bonobos et les orangs-outans, sont eux aussi capables d’anticiper les intentions des humains. C’est ce que vient de démontrer une équipe du Centre de recherche sur les primates d’Atlanta aux États-Unis, en menant une recherche sur 41 primates. 

Devant l’écran, un primate et une pipette d'eau sucrée pour maintenir son attention en éveil. Derrière l’écran, deux protagonistes : un homme tenant un bâton et un autre, déguisé en singe, qu’on surnommera King-Kong. Des capteurs installés sur l’écran permettent de savoir précisément où le primate pose son regard. Par exemple, quand King-Kong se cache dans une botte de foin, le primate la regarde attentivement avant même que l’homme ne lève le bâton. Il sait que l’humain va taper sur cette botte de foin car il sait que King-Kong s’y trouve.

Cette expérience est la première à obtenir des résultats significativement positifs chez les grands singes.

Mais c'est dans la phase suivante que l'exercice devient intéressant. L'homme déguisé en singe (ici baptisé King-Kong) s’enfuit quand l'autre homme a le dos tourné. Le primate observateur a vu King-Kong s’enfuir. Mais le tracé du regard du primate indique qu’il effectue des allers-retours entre l’homme et la botte de foin désormais vide : le singe pose son regard là où il pense que l’humain va chercher. Il est donc capable de prêter une intention à l’autre, alors même qu’il sait que cette intention est erronée, puisque King-Kong s'est enfui.

Ces singes si proches

L’attribution de fausses croyances est une aptitude complexe. Chez l'Homme, il faut attendre l'âge de 4 ans pour qu'elle soit définitivement acquise. Quant aux grands singes, aucune étude n'avait réussi à démontrer qu'ils puissent la posséder. Selon Frans de Waal, professeur en éthologie des primates à l'université Emory d'Atlanta, cette capacité à se projeter dans la tête des autres était, parmi les diverses hypothèses sur le propre de l'Homme, celle qui avait « le statut le plus prééminent ».

« Ironiquement, c'est un retour à la case départ », estime F. de Waal dans un commentaire publié dans le magazine Science. À la fin des années 1960, le primatologue Emil Menzel, en effet, réalise une expérience à l'origine de la « théorie de l’esprit », c'est-à-dire la capacité à comprendre les intentions d'autrui, qui montre que les chimpanzés ne saisissent pas le savoir d'un autre, si ce savoir diffère du leur. Grâce aux nouvelles technologies, notamment les capteurs de regards, c'est l'inverse qui a donc été démontré... 50 ans plus tard. 

Pour Frans de Waal, auteur d'un livre récent au titre éloquent, Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l'intelligence des animaux (Les Liens qui libèrent, 2016), cette étude est « une leçon pour ceux qui, à l'égard des capacités mentales des animaux, concluent trop vite à l'unicité (distinctivness) de l'Homme ».

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