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Les manchots royaux à l’épreuve du changement climatique

Une équipe de chercheurs a pu mettre en évidence des liens entre le changement climatique et l'évolution des comportements de manchots royaux appartenant à une colonie nichée dans les îles Crozet.

Manchots royaux équipés de balises Argos.© M. H. Burle, C.A. Bost

Depuis plus de vingt ans, une colonie de manchots royaux de l’île de la Possession (archipel de Crozet), située dans les Terres australes et antarctiques françaises, est sous l’œil de biologistes français. En associant des données recueillies sur cette colonie de plus de 20 000 couples aux variations de température de la surface de l’océan mesurées au fil des ans, une équipe de chercheurs a pu établir des liens entre les perturbations climatiques, le comportement des oiseaux en quête de nourriture et la démographie de la colonie.

C’est en équipant chaque été jusqu’à une dizaine d’oiseaux adultes de balises Argos qu’ils ont obtenu des informations particulièrement précises. Ils ont ainsi mesuré durant 16 saisons de reproduction le temps passé par ces oiseaux à pêcher en mer, les distances parcourues et l’itinéraire emprunté à la recherche de nourriture pour eux-mêmes et leurs poussins. D’autres oiseaux ont été équipés de capteurs permettant de mesurer la pression et la température de l’eau ou le nombre de poissons capturés lors de chaque déplacement en mer.

Le constat des chercheurs est sans ambiguïté : lorsque des anomalies climatiques se conjuguent, comme en 1997 lorsque El Niño a réchauffé la surface des océans, les eaux froides et poissonneuses liées au front polaire antarctique sont repoussées à plusieurs centaines de kilomètres des îles Crozet. Les manchots sont alors contraints de parcourir une distance deux fois supérieure, ce qui les met en péril, eux et leurs poussins. En 1997, 10 % des couples de la colonie à peine ont pu élever leur progéniture.

Si cette corrélation climatique reste exceptionnelle, elle augure de ce qui pourrait être la norme d’ici 2100 avec la hausse globale des températures. Les eaux froides de l’océan Antarctique s’éloigneront en effet de l’archipel de Crozet, lequel rassemble à lui seul près de 700 000 couples de manchots royaux, soit plus de la moitié de la population mondiale de ce prédateur marin.

Source : Nature communications, 27 octobre 2015

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